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Ukraine : l’Union européenne avoue son impuissance

Drapeau-union-Europeenne-Les Européens veulent prendre Poutine au mot lorsqu’il promet de ramener les prorusses à la raison.

Correspondant à Bruxelles,

Surtout pas de vagues! L’Europe, déroutée par une tactique russe dont personne ne sait si elle mène l’Ukraine à l’apaisement ou au contraire à l’explosion, a décidé lundi d’appuyer sur le bouton «pause» dans l’espoir que l’élection présidentielle du 25 mai ouvrira une issue politique à la crise.

Pour la forme, les 28 ministres des Affaires étrangères 1ont dénié toute légitimité aux référendums séparatistes. Ils ont aussi resserré d’un cran les sanctions individuelles et ajouté treize noms et deux entreprises à la liste de responsables impliqués en Crimée, dans le reste de l’Ukraine et en Russie. Mais faute de certitude sur les intentions de Vladimir Poutine2, l’UE tente avant tout de stopper les pendules et de retarder un pourrissement accéléré sur le terrain.

L’accord de Genève, à la mi-avril, n’a mené nulle part et Moscou vient de rejeter l’idée d’un second rendez-vous à quatre. Un dernier fil à tirer est la mission de bons offices conduite à Kiev, au Kremlin et finalement à Bruxelles par un diplomate suisse, le président de l’OSCE3, Didier Burkhalter. Sa feuille de route, à l’avenir incertain, prévoit un désarmement progressif des frères ennemis ukrainiens et l’instauration de «tables rondes» au niveau local. L’UE, confrontée à l’impuissance, lui apporte désormais son soutien. Ce qu’il faut, c’est «la désescalade, le dialogue et la retenue de tous y compris à Kiev», explique le secrétaire d’État Harlem Désir.

Il y a urgence. D’abord pour éviter le bain de sang, peut-être imminent après les proclamations d’indépendance, voire de rattachement à la Russie entendues à Donetsk4 et à Louhansk. Les Européens veulent aussi prendre Poutine au mot lorsqu’il promet de ramener les prorusses à la raison. En dernier lieu, l’UE veut s’épargner une pénible épreuve de vérité: la question de sanctions contre le Kremlin, évoquée depuis deux mois, n’avance pas d’un pouce. «C’est un miracle que l’UE ait réussi à maintenir un front uni jusqu’à ce jour, lâche un ministre en marge du rendez-vous de Bruxelles. Tout le monde est d’accord pour dénoncer l’occupation de la Crimée et les référendums à l’est de l’Ukraine. Mais dès qu’on touche à la Russie, le consensus s’évapore.»

De nouvelles lézardes sont apparues lundi avec la confirmation que la France n’a nullement l’intention de suspendre la livraison à la marine russe de deux navires d’assaut Mistral, une commande qui pèse un millier d’emplois à Saint-Nazaire. «Le contrat est déjà signé et il n’est pas couvert par les sanctions», assure-t-on à Paris. L’Allemagne, principal partenaire commercial de la Russie, doute de l’utilité même de sanctions économiques: «Elles ne conduisent pas nécessairement au résultat escompté», prévient Michael Roth5, secrétaire d’État aux Affaires européennes. Le fossé continue de se creuser entre Paris et Berlin d’un côté et de l’autre des capitales comme Londres, Varsovie et surtout Washington qui voudraient que l’UE dresse un catalogue dissuasif pour amener le Kremlin à composer.

Le Figaro

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