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Rétrospective sur les élections du 28 novembre 2011

RDC Election 2011- Logo-Rétrospective sur les élections du 28 novembre 2011:  26 novembre 2011 : la fête de la démocratie gâchée !

Le candidat n°3 Joseph Kabila Kabange et sa Majorité présidentielle (Mp) au stade des Martyrs, le candidat n°11 Etienne Tshisekedi wa Mulumba et l’Opposition aile Fatima à l’esplanade du Palais du Peuple (et non au stade Tata Raphaël comme le dit à Mbuji-Mayi le lider maximo ou au stade des Martyrs comme le prétend son staff) et le candidat n°5 Vital Kamerhe Iwa Kanyinginyi au stade Tata Raphaël, la clôture de la campagne électorale lancée un mois plus tôt, précisément le 28 octobre 2011, se veut la fête de la Démocratie ce samedi 26 novembre 2011…

 Les observateurs avertis ont encore à l’esprit la présence, à Goma, du candidat n°3 et du candidat n°11 le 14 novembre ; le second ayant précédé le premier de moins d’une heure. Et même celle de Butembo le 16 novembre, pour ne pas citer la présence du candidat n°3 et du candidat n°4 à Kisangani, le 18 novembre 2011.

Pour revenir à Goma, fait absolument à noter : en moins de deux heures, les deux candidats débarquent à l’aéroport dans deux Jets de même type. Deux oiseaux blancs sur le même tarmac. Chacun à son tour évidemment, ils empruntent la même avenue, de l’aéroport au quartier Birere.

Tshisekedi choisit le stade Volcans de Birere, Kabila un peu plus loin la place Onc.

Après les meetings respectifs, le candidat n°11 quitte Goma pour Bukavu tandis que le candidat n°3 s’enfonce dans le Nord-Kivu profond en se rendant successivement à Walikale, à Masisi, à Kitshanga et à Rutshuru.

La présence de ces deux candidats à Goma et à Butembo le même jour et à des endroits éloignés de moins d’un kilomètre ne suscite aucun incident. La Presse salue cet esprit de tolérance. Ce qui ne peut que rassurer les esprits le samedi 26 novembre, au lever du jour à Kinshasa.

Hélas ! De l’esplanade du Palais du Peuple où je me trouve aux environs de 7h30 pour me rendre à l’aéroport international de Ndjili en vue de couvrir l’arrivée du candidat n°3 en provenance du Bas-Congo, je perçois des signes de fébrilité non rassurants. La foule, qui s’amasse devant la tribune, est visiblement montée contre toute personne ou tout véhicule arborant tout matériel de campagne avec effigie de Joseph Kabila Kabange.

C’est particulièrement sur le boulevard Lumumba, à partir du croisement avec le boulevard Sendwe, que l’animosité redouble d’intensité. Plus l’on avance vers l’aéroport, plus s’accroît la menace.

Sur le tronçon pont Matete-camp Badara, on ne sait pas trop bien faire la différence entre, d’un côté, les partisans et les sympathisants de l’Opposition, particulièrement ceux d’Etienne Tshisekedi, et, de l’autre, les marcheurs qui envahissent chaque samedi la chaussée pour le jogging matinal auquel prennent part des adultes certes, mais aussi et surtout des enfants. On entend des chants et des cris alarmants. 

C’est à l’aéroport de Ndjili, dans les installations de la Rva attenantes au salon VIP, que je prends la mesure du péril : c’est en sang que partisans et sympathisants de Joseph Kabila Kabange débarquent des bus CityTrain aux vitres et phares cassés. Ils avouent avoir été attaqués par des Tshisekedistes, principalement à partir du lieu-dit « Eucalyptus de Ndjili ».

Sur ces entrefaites, Augustin Katumba (paix à son âme), André Kimbuta et bien d’autres personnalités de la Majoirté présidentielle, (Mp) présents au salon VIP pour accueillir le candidat n°3, se concertent. Deux décisions tombent. Primo, l’annulation de toutes les manifestations publiques à caractère politique prévues à cette date. Car la ville est effectivement en train de brûler. Secundo, la délocalisation de l’atterrissage du candidat n°3. Ce n’est plus à l’aéroport de Ndjili, mais à l’aérodrome de Ndolo, à une dizaine de kilomètres en direction du centre-ville.

C’est en cortège que la délégation du candidat n°3 quitte les lieux et s’engage sur le boulevard Lumumba avant de prendre l’avenue Funa pour déboucher sur l’aérodrome.

Du véhicule, j’aperçois des adultes, mais aussi des enfants caillaissant le cortège.

J’en viens à me demander si c’est bien les riverains des communes de Ndjili, de Masina et de  Kimbanseke qui se livrent à ces exactions, car cela ne leur ressemble pas. Depuis les événements du 2 août 1998, la Tshangu – contrairement à ce qui se dit – n’a jamais été anti-Kabila. On n’a qu’à se référer au bain de foule que Joseph Kabila s’offre sur le boulevard Lumumba chaque fois qu’il descend de son véhicule et fait les cent pas. On en veut pour preuve le bain de foule post-électoral qui va se produire en février 2012 alors qu’il revient de sa ferme de Kingakati. Parenthèse ouverte, parenthèse fermée. 

 

Mort d’hommes au siège du Palu

 

En contre-sens, à partir de l’échangeur de Limete, je vois ce samedi 26 novembre 2011 des jeunes gens, manifestement pro-Tshisekedi, en train de remonter le boulevard Lumumba, en direction de l’aéroport de Ndjili, prêts à en découdre avec tout ce qui porte les symboles de l’Etat et les signes du régime Kabila.

A l’atterrissage du candidat n°3, ses partisans et ses sympathisants, partis du stade des Martyrs situé à près d’un kilomètre et demi, envahissent l’aérodrome et les parages. Le protocole est assuré au minimum. Joseph Kabila Kabange quitte Ndolo après le bain de foule, prend la direction du pont Kasa-Vubu (Cabu) par une avenue de la Funa envahie par les Kinois qui se reconnaissent en lui et rentre en sa résidence, en passant par l’esplanade du Palais du Peuple presque vidé des Tshisekedistes, tous en route pour l’aéroport de Ndjili.

C’est alors que nous apprenons l’atterrissage imminent, sur le même aérodrome de Ndolo, du candidat n°11 en provenance, lui aussi, du Bas-Congo ! Renseignements pris : son avion est dérouté sur cette piste pour éviter des affrontements, car les informations font déjà état des casses et d’éventualité de mort d’homme au siège du Parti lumumbiste unifié, Palu, du patriarche Antoine Gizenga, allié de Joseph Kabila. Ce siège est situé sur le boulevard Lumumba, quartier De Bonhomme, non loin du pont Matete. C’est le passage obligé pour se rendre à l’aéroport de Ndjili ou pour en revenir.

Vérification faite plus tard : il y a effectivement mort d’hommes au siège du Palu. Dans un premier temps, deux sur place ; dans un second temps, quatre des suites de blessures graves subies ! Violences dues à l’attaque du siège du parti par les partisans et les sympathisants de l’Udps.

Or, tout le monde sait que des affrontements entre l’Udps et le Palu à Kinshasa ne pourraient que dégénérer au Bandundu, au Kasaï Occidental et au Kasaï Oriental, peut-être avec débordements au Katanga.

Dans un pays encore fragilisé par une campagne électorale caractérisée par des provocations délibérées, tout peut arriver. Particulièrement le pire.

 

Mauvais perdants…

 

La Garde républicaine aurait-elle tiré à bout portant sur les passants, comme l’affirmeront plus tard l’Udps, l’Opposition-Fatima, les ONG de défense des droits de l’homme et les médias pro-Tshisekedi,  et même l’archevêque de Kinshasa, en conclusion de sa déclaration du 12 décembre 2011, lorsqu’il écrit, au point 4,  « Dix-huit morts pour des élections, c’est trop !» ? Si tel était le cas, ce serait un vrai carnage.

Fait étrange : l’unique photo de la Garde républicaine publiée par les anti-Kabila montre deux éléments tirant plutôt en l’air ! Oui, en l’air. Et, en plus, sans préciser quand, où et en quelles circonstances.

Ce que l’on sait, c’est que l’Anr (Agence nationale des renseignements) procédera dix semaines plus tard, précisément le mercredi 8 février 2012, à l’arrestation de Me Jacquemin Shabani en partance pour l’Allemagne. Dans le lap top du secrétaire général de l’Udps, déchu finalement de ses fonctions,  l’Agence trouve un bon nombre de photos dont l’une montre des agents de l’ordre braquant des armes sur un groupe d’hommes apeurés. Vérification faite : cette photo est de la Côte d’Ivoire !

Fait tout étrange : l’ONG Human Rights Watch, qui s’empresse de publier son rapport faisant état du décès de 18 personnes dont 14 membres de l’Udps tués à bout portant, se révèle jusqu’en ce mois d’avril 2013 incapable de produire les preuves réclamées par le Gouvernement. Elle est toujours attendue par la Haute cour militaire en qualité de renseignante.

Je continue par voie de conséquence de me poser cette question simple : rentré de sa campagne électorale revigoré par, d’un côté, la forte mobilisation de son électorat et, de l’autre, la confirmation des fissures au sein de l’Opposition partie en « désordre de bataille » (pour reprendre le titre d’un périodique), qu’est-ce que Joseph Kabila Kabange engrange comme dividendes des troubles « planifiés » pour le samedi 26 novembre 2011 alors que le scrutin à un tour lui est  favorable ?

Il sait, au 25 novembre 2011, ses chances de l’emporter accrues…

S’il se trouve, de ce fait, un candidat conscient de perdre, un candidat qui a tout intérêt à perturber les scrutins du 28 novembre 2011 en se servant des incidents du 26 novembre pour parvenir à ses fins, il est à chercher ailleurs. Naturellement dans le camp des 10 candidats Opposants. Après tout, les 10 candidats Opposants ne peuvent pas ne pas avoir conscience du fait que pour un scrutin à tour unique, leur « coalition » est certes de nature à réduire considérablement le potentiel électoral favorable à Joseph Kabila Kabange, selon le « triangle nucléaire » imaginé par Vital Kamerhe. Mais ils ne peuvent en ignorer l’effet boomerang sur eux-mêmes en ce que, en se partageant leur propre potentiel électoral, ils se tirent tous par le bas et que les voix obtenues par les 9 autres candidats sont des voix perdues puisque ne pouvant servir à quelque repositionnement !

Kinshasa, qui s’apprête le samedi 26 décembre 2011 à célébrer la fête de la Démocratie, voit celle-ci gâchée délibérément par des mauvais perdants. Ceux qui ne veulent pas d’élections en 2011 parce qu’ils n’en ont jamais voulu au cours des 51 ans d’indépendance du pays, rivés qu’ils sont au schéma du partage du pouvoir.

 

Omer Nsongo die Lema

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