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RDC:Le Sénateur Ramazani Baya : « Demander un retrait précipité de la MONUC dans le contexte actuel serait une erreur »

Par Marcel lutete

Trois aspects dominent l’interview accordée par le sénateur Ramazani Baya au Potentiel. Du retrait de la Monuc, il affirme que « demander un retrait précipité de la Monuc dans le contexte actuel serait une erreur ». Du camouflet essuyé par le MLC à l’élection du gouverneur de l’Equateur, il commente : « Ce résultat m’attriste, mais je pense qu’il faut relativiser l’échec du parti car c’est d’abord la victoire de l’argent ». De 50 ans d’indépendance de la RDC, il ne s’entoure pas de circonlocutions : « C’est bien de célébrer cet anniversaire, mais il faut pourtant prendre garde de ne pas trop sacrifier aux symboles. Le peuple traverse une des périodes les plus difficiles de son histoire ». Interview

A sept mois et demi de la commémoration des cinquante ans d’indépendance de leur pays, les Congolais sont déjà dans la fièvre des préparatifs de ce grand événement. S’il faut faire un petit bilan de ce parcours, où se trouve le Congo aujourd’hui aux plans politique, économique, social et sécuritaire ? Les horizons vous paraissent-ils prometteurs ?

C’est bien de célébrer cet anniversaire. Au plan symbolique, cinquante ans d’indépendance représentent une étape importante dans l’histoire du pays. Il faut pourtant prendre garde de ne pas trop sacrifier aux symboles. Le peuple traverse une des périodes les plus difficiles de son histoire.

Au plan politique, les élections n’ont pas apporté de solution satisfaisante à son vécu. La démocratie chèrement acquise est menacée. Le sort des élections futures est incertain. Des risques demeurent d’un retour au parti Etat.

L’économie ne fonctionne guère mieux. La production stagne. Les infrastructures en dépit de travaux de réhabilitation de quelques tronçons de route restent dans son ensemble dans un état de délabrement avancé. La monnaie n’est pas aujourd’hui au mieux de sa forme. Les prix augmentent et le pouvoir d’achat baisse. La pauvreté s’étend et gagne des couches de plus en plus larges y compris parmi les fonctionnaires, les soldats, les policiers ou encore les enseignants.

Au plan sécuritaire, le bilan n’est pas brillant. Le gouvernement se félicite des résultats des opérations menées contre les éléments des FDLR et de LRA. Mais sur le terrain, les populations civiles sont confrontées quotidiennement aux menaces d’attaques, d’enlèvements et de viols. L’aspect sécuritaire n’est pas maîtrisé. Et je ne pense même pas à ce qui se passe à Dongo et dans le Bas-Congo.

Au regard de tout cela, il n’y a pas de raison d’être optimiste.

Depuis quelque temps, on assiste à une extension des violences dans le nord-est du pays, plus particulièrement dans les districts du Bas et Haut-Uélé. La situation sécuritaire et humanitaire continue à se détériorer ; les populations fuyant leurs villages pour trouver refuge et une plus grande sécurité dans les villes. Qu’en dites-vous ?

Votre question comporte en soi des observations sévères sur la dégradation de la situation sécuritaire. Je confirme vos craintes en ce qui concerne le Bas-Uélé. Tous les rapports que nous recevons attestent de la gravité de la situation qui y prévaut. Il n’y a qu’à lire le dernier rapport des évêques à ce sujet.

Il y a quelques mois, vous aviez fait un état des lieux pas du tout reluisant des infrastructures, routières notamment, dans le Haut et le Bas-Uélé. La situation est-elle restée en l’état ? Est-elle, par contre, en train de s’améliorer ? Quelles perspectives entrevoyez-vous pour ces deux districts de la province Orientale ?

Isiro et Buta, capitales respectivement du Haut et du Bas-Uélés, restent totalement enclavés. Ces deux grandes villes sont isolées du reste du pays, ce y compris de la capitale provinciale. Les travaux de réhabilitation financés par la Grande-Bretagne avancent à pas de tortue. Le chemin de fer des Uélés, véritable épine dorsale de l’économie du bassin des Uélés, est à l’arrêt. Sa réhabilitation conditionne pourtant le redémarrage économique des Uélés.

Il y a peu, l’actualité au Sénat était centrée sur le vote relatif au projet de loi portant ratification du Traité pour l’adhésion de la RDC à l’OHADA (Harmonisation du droit des affaires en Afrique). Avez-vous voté pour ou contre ce projet de loi ? Et pourquoi ?

Le vote est public. Tout le monde a vu que j’ai voté pour l’adhésion de la RDC à l’OHADA. Je suis membre de la Commission qui a travaillé sur ce sujet et je crois que cette adhésion peut contribuer à l’amélioration de climat des affaires en RDC.

Mais, en même temps, je suis parfaitement conscient de problèmes que cette adhésion va immanquablement poser tant au niveau du fonctionnement de notre justice qu’à celui des problèmes liés à notre souveraineté.

L’attention des sénateurs a été attirée sur ce type de risques par notre collègue Djoli. Il a convaincu que les sénateurs de l’opposition comme ceux de la majorité.

A l’issue du vote émis par la plénière du Sénat, le vendredi 13 novembre 2009, au sujet de ce projet de loi, le président de la Commission des Relations extérieures du Sénat a fustigé l’attitude de l’Opposition politique, soulignant que, par son vote négatif, celle-ci cherche à « pénaliser et à bloquer l’action du gouvernement ». Il a ajouté que « ce vote négatif est un mauvais signal donné par le Sénat au monde des affaires ». Qu’en pensez-vous ?

Je me refuse de m’engager dans cette polémique. Le point de vue du président de la Commission des relations extérieures dont je fais partie n’engage que lui-même. A ce que je sache certains sénateurs de la majorité ont voté abstention avec ceux de l’opposition. Certains membres de l’opposition, c’est mon cas, ont voté pour. C’est donc faux de prétendre que l’opposition veut bloquer le gouvernement. Je pense que les sénateurs sont des personnes mûres et qui définissent leur position en fonction de l’idée qu’ils se font de l’intérêt supérieur de la Nation.

Dans certains milieux politiques, on n’a pas fini de mettre en avant la nécessité d’une rapide révision de la Constitution. C’est le cas de la famille politique du président de la République qui en a fait un point de fixation. Elle y tient comme à la prunelle de ses yeux. Qu’en dites-vous ?

Il y a dans cette tentation de révision constitutionnelle beaucoup de non-dits, d’arrière-pensées. Nous devons faire attention à ne pas fragiliser nos institutions pour des raisons politiciennes. Je rappelle, par ailleurs, qu’il y a des points pour lesquels le constituant n’admet la possibilité d’aucune révision.

Quelles leçons avez-vous tirées du camouflet essuyé par le MLC à l’occasion de l’élection du gouverneur de l’Equateur ; le parti de Jean-Pierre Bemba s’étant présenté à ce vote totalement désaxé ?

Ce résultat m’attriste. Non seulement parce que Jean Lucien Busa, le candidat du parti, a perdu mais surtout parce que c’est la démocratie qui a perdu sous l’influence de l’argent et de la corruption. Certes, on peut souligner le manque de cohésion de candidats du MLC qui n’ont donc pas donné l’image de l’unité. Mais je pense qu’il faut relativiser l’échec du parti car c’est d’abord la victoire de l’argent.

L’heure n’est-elle pas venue pour ce parti de se remettre en question – au travers par exemple d’un débat interne qui y a toujours défaut – pour pouvoir arrêter sa « descente aux enfers » et repartir du bon pied ?

D’abord, il est faux de prétendre qu’il n’y a pas de débat interne au sein du MLC. A titre d’exemple, le choix porté sur Jean Lucien Busa a été obtenu au terme de longues discussions et d’un vote intervenu au sein du Bureau politique du parti. Sans doute y a-t-il des points à améliorer dans le fonctionnement du parti. C’est effectivement au Congrès et aux militants d’en décider.

L’absence de son président national n’est naturellement pas sans conséquence sur la vie du parti.

Le MLC a-t-il suffisamment de ressorts pour pouvoir sortir rapidement de cette mauvaise passe et rebondir de sorte à aborder les prochaines échéances électorales avec assurance et dans la sérénité la plus totale ?

Aucun parti ne peut prétendre aborder « les prochaines échéances électorales avec assurance et la sérénité la plus totale » comme vous dites. Il y a toujours une part d’incertitude dans toute consultation électorale. Dans celles qui viennent, le MLC, avec toute l’opposition, est capable de canaliser le mécontentement qui gagne l’opinion. Pour cela, il doit s’employer plus que par le passé à consolider sa cohésion et contribuer à l’unité de toute l’opposition.

Le retrait de la MONUC est à l’ordre du jour. Quelle lecture en faites-vous au regard de défis d’ordre sécuritaire et de stabilité pour la RDC, demain et après-demain ?

Demander un retrait précipité de la MONUC dans le contexte actuel serait une erreur. La réforme de l’armée et de la police n’a pas encore abouti. Les moyens dont disposent nos forces sont dérisoires au regard des défis que nous pose la persistance de nombreuses poches d’insécurité à travers le pays. Cela dit, les forces des Nations unies ne resteront pas indéfiniment sur notre territoire. Il appartient au gouvernement de préparer sérieusement l’après MONUC…

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