Le titre « Yomeddine » signifie « jugement dernier » en arabe. Au centre du film se trouve Beshay, lépreux dans la vie et dans le film. Avec un petit garçon et son âne, il va traverser l’Égypte pour essayer de retrouver sa famille qui l’avait jadis abandonné à cause de sa maladie. Tourné avec beaucoup de connaissance et un grain de naïveté par le jeune cinéaste égyptien A.B. Shawky, le film était en lice pour la Palme d’or du Festival de Cannes. Depuis, il a remporté le Tanit d’Argent aux Journées cinématographiques de Carthage et représentera l’Égypte dans la course à l’Oscar 2019 du meilleur film en langue étrangère. Il sort ce mercredi 21 novembre en salles en France.

Beshay a un cœur gros comme une montagne, mais il vit à l’écart de la société, car il a le visage et les mains mutilés par la lèpre et sa famille l’avait abandonné tout petit dans une léproserie. Depuis, il n’a jamais quitté ce monde à part où il a construit sa vie en étant utile aux autres et en ramassant les chiffons et les déchets avec l’aide de son âne.

Mais, après avoir perdu sa femme, ce chiffonnier-paria décide d’aller à la recherche de sa famille dans le sud de l’Égypte. Son meilleur ami, un jeune orphelin nommé Obama, l’accompagne, sans oublier l’âne Harby, fidèle au poste en tirant la carriole. Ainsi commence l’aventure de ces trois « moins-que-rien » voyageant à travers l’Égypte.

« Un film qui est vrai »

Ensemble, ils surmontent toutes sortes d’épreuves et d’obstacles, causés par leur origine, leur maladie ou leur pauvreté. Trop beau pour être vrai ? A.B. Shawky se défend d’avoir fabriqué un feel good movie à la Disney pour plaire à tout le monde : « Je voulais faire un film qui est vrai par rapport aux gens que j’ai rencontrés sur place. Il y a dix ans, j’avais fait un documentaire à la léproserie d’Abou Zabaal près du Caire. Ils ont tellement de grâce et de fierté.

En fait, ce sont des gens très joyeux qui ne se plaignent absolument pas de leur sort et ne font pas pitié. Plus général, c’est aussi un trait de caractère de beaucoup d’Égyptiens. Ils rencontrent beaucoup de problèmes, mais le prennent quand même avec un sourire et restent heureux. Je voulais retrouver cela dans le film et si j’avais pris une autre direction, plus déprimante, cela n’aurait pas être réaliste pour Égypte. »

Et la réaction du public égyptien lui donne raison. Depuis sa sortie en Égypte, le film y fait salle comble. Une vraie réussite pour un long métrage tourné avec un tout petit budget par un réalisateur et des non-acteurs complètement inconnus…

« Lui donner la parole »

Parmi les défis relevés : Rady Gamal, le rôle principal du film, ne sait ni lire ni écrire. Le réalisateur lui avait donc lu le scénario à haute voix pour lui expliquer qu’il « ne voulait pas l’exploiter ou faire un spectacle de cirque pour l’exhiber ou profiter de sa maladie. Je voulais lui donner la parole pour raconter cette histoire ».

Depuis son documentaire, A.B. Shawky, qui a étudié le cinéma en Égypte et à la NYU Tisch school à New York, voulait changer le regard sur cette maladie. Le cinéaste, fils d’un père égyptien et d’une mère autrichienne, avait donc cherché la meilleure façon d’adapter à l’écran un sujet aussi lourd et chargé de préjugés comme la lèpre. Résultat : il raconte cette rencontre spectaculaire de trois outsiders d’une manière extrêmement simple pour faire aimer aux spectateurs les personnages du film.

Le tout se trouve enrichi par des petits détails fournis par Rady Gamal pendant le tournage pour incarner au mieux son rôle et sa vie à l’écran. À la fin, A.B. Shawky arrive à nous faire partager une histoire devenue universelle avec laquelle tout le monde peut s’identifier : des êtres humains surmontant des problèmes en traversant des terrains difficiles.

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