Par Stephane Etinga

La vente à la criée fait partie du secteur informel qui est devenu le plus grand employeur du pays depuis les pillages des années 1991 et 1993. Les industries et autres grandes entreprises ont disparu, cependant qe celles qui tiennent encore le coup ne parviennent pas dans leur majorité à payer les travailleurs comme il faut.

Dans ce contexte, les vendeurs à la criée sont vraiment libres parce qu’ils manquent d’encadrement de la part de l’Etat congolais. Ainsi, les autorités éprouvent-elles des difficultés à recenser notamment ces jeunes gens qui se déplacent très vitre et qui cherchent à gagner leur quotidien coute que coutre.

Ecoutez Papy (28 ans), un jeune qui a terminé tout juste deux ans post primaire et qui vend la sauvette dans les environs du marché central de Kinshasa : « Je vends tout : montres, ceintures, stylos à bile, porte-clés, torches ça dépend des besoins des clients ». Ce sont eux qui demandent si nous avons tel ou tel article. Cela dépend aussi des articles ou produits qui sont en vogue. Par jour, je peux gagner jusqu’à 5.000 ou 6.000 francs congolais. Au cas contraire, je gagne même mille cinq cents francs congolais mais je ne peux jamais manquer le minimum au moins pour le transport. Nous ne payons rien à l’Etat parce que celui-ci ne veut pas créer des emplois pour nous. Avec le produit de cette vente, je parviens à me suffire pour l’achat d’habits. Je ne songe pas encore à me marier mais ne dérange pas les parents qui ont d’autres charges. De temps en temps, je donne de l’argent à ma mère pour faire la cuisine et je contribue aux frais de scolarisation de mes jeunes frères. J’épargne aussi un peu d’argent car je crois que je dois reprendre mes études l’année prochaine.

Le même témoignage est donné par M. Imbondo (plus de 35 ans). Il habite la commune de Selembao et préfère vendre en ville. Il est père de six enfants et exerce ce métier depuis quinze ans.

Il vend les insecticides, des raticides et des parfums. « Me demander de payer la taxe à l’Etat, c’est chercher ma mort. Regarder comment il fait chaud et comment je transpire sous le soleil pour trouver à manger pour mes enfants je ne vis que de ce travail. Je ne vole pas. Mes enfants vont à l’école et je paie le loyer avec ce que je gagne par jour. je n’ai pas peur de la pluie parce qu’après la pluie les produits se vendent bien. Je ne continuerai pas à vendre à la criée si ça ne marchait pas. Seulement, les gens n’ont pas d’argent ces derniers jours ».