Par ALAIN NGULUNGU

cell1Les festivités de fin d’année 2009 ne se passeront pas en rose pour les Kinois qui attendent tout de leurs parents installés en Europe. Une habitante de la capitale ne joint plus ses frères d’outre-mer. Tous leurs téléphones sont sur répondeurs.

Qu’ils sont géniaux ces enfants du Pool Malebo ! La pauvreté monétaire que traversent bon nombre de ménages à Kinshasa vient d’insuffler une ingéniosité sans pareille.

En partance à la commune de la Gombe vers une messagerie financière pour le retrait de quelques liasses des billets verts, Marie K., la cinquantaine sonnée et divorcée, raconte dans un taxi-bus la nouvelle forme de stratification sociale établie avec ses frères émigrés. Issue d’une large famille à cause de sa matrilinéarité, ses joues calcinées rappellent sa jeunesse enflammée de l’époque de Kin-Kiesse. Mais son allure et sa versatilité actuelle l’accusent de sa dépendance financière à l’égard de proches parents.

Cadette de la famille, elle affirme vendre dans un marché municipal et dit avoir bénéficié de beaucoup de fonds, mais qui ont été malheureusement engloutis à cause de ses charges pesantes pour l’entretien de ses rejetons : trois filles et cinq garçons issus de différentes unions.

La bonne femme classifie ses proches éparpillés à travers le monde en trois catégories : ses frères, soeurs, cousins habitant les pays développés (Europe, USA, Canada ) sont qualifiés de professionnels. Les semi-professionnels sont ceux habitant les pays africains (Angola, Nigeria, Afrique du Sud ), et les locaux sont ceux qui sont restés au pays.

Avec un lyrisme étonnant, Marie K. a égayé tout le bus, en expliquant d’abord aux autres passagers ses déboires dans les mariages, avant d’expliciter ses astuces sur cette solidarité sociale de la dépendance à l’égard des «mikilistes» qu’elle appelle, selon ses propres termes, «stratégies». Elles ont pour but de solliciter de l’aide à ces multiples «frères» de la diaspora en vue d’assister la famille pendant les moments de fêtes, de maladies ou de deuil. A chaque demande, se souvient-elle, elle réussissait à réunir les fonds nécessaires. Aujourd’hui, elle regrette : « Mais en cette fin d’année 2009, les Djika ou les professionnels (Ndlr : les Congolais émigrés en Europe) nous opposent leurs répondeurs à cause de la crise financière. J’ai tenté de les contourner en appelant un autre habitant Jo’bourg, mais celui-là vraiment est un semi-professionnel, il a promis de m’envoyer seulement 30 dollars. Mais que représente cette somme en RDC ? ».

Toujours à la quête d’une importante somme pour la fête de ses enfants, Marie K. ne s’est pas lassée, elle a tenté de secouer ses multiples frères et soeurs de Kinshasa, mais des réponses frustrantes lui bondissent à la figure: « Mbudi n’est pas encore payé, Bonus non rémunéré, rétrocessions retenues à Kinshasa . ». Déçue, elle a fini par qualifier les Kinois de locaux qui ne savent jouer, à cause des modiques salaires et plusieurs mois d’arriérés. « Ici le terrain est miné », reconnaît-elle.

Ainsi, cette nouvelle sociologie de la mendicité mérite une analyse. Car plusieurs statistiques établissent qu’en ce moment des festivités, il y a un flux important de transferts d’argent de la diaspora vers les agences installées en RDC.

Et les bons samaritains sont justement ces frères et soeurs qui veulent secourir leurs familles restées au pays.