Par J.-P. Mbelu

Le temps va finir par donner raison aux Congolais ayant affirmé contre les vendeurs occidentaux de la démocratie que celle-ci ne peut pas transformer comme par coup de baguette magique des seigneurs de guerre en hommes d’Etat. Aussi, la télécratie telle que pratiquée par les héritiers des Révolutions anglaise, américaine et française n’avait-elle pas pour mission d’asseoir un gouvernement représentatif congolais au service des populations congolaises. Un coup d’œil rapide sur l’histoire du gouvernement représentatif « démocratisé » ne serait pas superflu pour nous aider à comprendre, tant soit peu, ce qui se passe chez nous.

La marchandisation de la démocratie a tout à voir avec les origines du gouvernement représentatif.

Aux origines du gouvernement représentatif

En Occident, le gouvernement représentatif n’a pas été inventé pour que le peuple, en tant que souverain primaire, soit aux commandes de la chose politique. Les aristocrates anglais, les propriétaires fonciers américains et les hommes de loi français, inventeurs du système représentatif le voulaient élitiste, à leur exclusif service. (Lire B. MANIN, Principe du gouvernement représentatif, Paris, Flammarion, 1995. En France, par exemple, à l’Assemblée nationale de 1791, la victoire de la bourgeoisie capitaliste sur la noblesse féodale a été consacrée. « Son drapeau, c’est la fin des privilèges et la démocratie : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Formellement. La lutte ouvrière et sa contribution à l’avènement de la démocratie des partis, le syndicalisme et l’organisation administrative apporteront leur quote-part à la transformation des droits et libertés formels en droits et libertés réels vers la première moitié du 19ème avant que les politiques médiatiques, « petites mains » de la mondialisation marchande, ne prennent plusieurs millions de français en otages. Jusqu’à ce jour.

En sus, le drapeau de la démocratie formelle n’avait pas flotté pour les autres peuples. A la Révolution française, « le nouveau régime entend absolument conserver de l’ancien cette source de profits gigantesques. Certes, la Convention abolira formellement l’esclavage en 1794, mais elle gardera d’appliquer cette décision. » (M. COLLON, Les 7 péchés de Hugo Chavez, Bruxelles, Investig’Action, 2009, p.61)

Les héritiers de ces Révolutions (américaine, anglaise et française) se comptent par milliers parmi « les petites mains » du capitalisme contemporain. Elles convertissent les privilèges jadis détenus par les nobles en les leurs. La vente de la démocratie à laquelle elles se livrent à coup des billets de banque, de soutien aux oppositions politiques pacotille et des coups d’Etat militaires à travers le monde en général et en Afrique en particulier, obéit à la logique des Pères fondateurs. Les inflexions démocratiques obtenues au bout des luttes ouvrières et populaires sont de plus en plus battues en brèche par les médiamensonges, propriétés des entreprises multinationales et missionnaires de la pensée unique dominante.

« Ces petites main » du capital, contrairement à leur discours officiel prônant les échanges commerciaux gagnant-gagnant, veulent conserver « leur source de profits gigantesques », les ex-colonies en parrainant les hommes et les femmes liges qui les dirigent. Nous en sommes là. Le Congo est un cas d’école parmi tant d’autres.

Le Congo est un cas d’école.

Après la mascarade électorale de 2006, l’une de ces « petites mains » n’arrêtait de nous rabâcher les oreilles avec ce qui était devenu son credo : « Le Congo est devenu une démocratie avec un président élu au suffrage universel, un gouvernement et un parlement qui fonctionne. » Mais de plus en plus, ces institutions se révèlent impuissantes. Elles n’arrivent pas à décoller et à faire décoller le pays. Elles révèlent leur véritable face.

Aux dernières nouvelles, Ben-Clet Kankonde, cet apostropheur fier de ses cheveux blancs et dont la langue n’est pas en poche, écrit : « Jeudi 4 juin 2009. La plénière de l’Assemblée nationale de la RDC commence. Après le traditionnel relevé de présences, le président de la chambre basse annonce la présence de 330 députés sur les 500 que compte l’institution. L’image de la salle parsemée est restituée par les télévisions. Curieusement, au moment crucial du vote d’une loi, voire à la fin de la séance, la salle – images de la télé à l’appui – ne compte plus qu’une centaine de députés. Soit un cinquième. Les autres se sont évanouis dans la nature. Pourquoi ? » A partir des informations recueillies, Ben Clet répond à cette question. « La question paraît gênante, écrit-il. Mais certains y répondent par des faux-fuyants, en prétendant que l’information annonçant la tenue des plénières ne circule pas correctement. Plus ou moins irresponsables, d’autres députés estiment que les travaux en commission leur prennent beaucoup de temps. D’où ils désertent les séances. Le pic de la bêtise, c’est quand une dernière catégorie de députés dénonce des plénières qui lassent aujourd’hui, contrairement à celles de l’époque Kamerhe. Oh, les nostalgiques ! » (Le Potentiel du 15 juin 2009)

A Butembo, « pour exprimer leur ras-le-bol, plus de 6000 électeurs viennent de signer une pétition initiée par la Coordination de la Société Civile Territoire de BENI et adressée au Bureau des Organes Délibérants (Nord KIVU/GOMA et RDC/KINSHASA). » (Lire Les députés de Béni accusés d’incompétence par leur base sur le site www.benilubero.com) Qu’est-ce que ces électeurs reprochent aux députés ? Pour eux, « les élus (Députés Nationaux et Provinciaux) se sont désolidarisés de la base par leur rupture de lien avec les électeurs ; les élus ont manifesté leur incapacité de contrôler l’Exécutif à tous les niveaux en raison de la corruption décriée au sein des organes délibérants ; les députés ont fait preuve de désintéressement du quotidien de la population qui croupit dans la misère alors qu’ils ne font que se battre pour leurs intérêts personnels ; les élus se laissent (sic) incapables d’interpeller l’Exécutif par rapport au respect des dispositions constitutionnelles, etc. » (Ibidem)

Si « le parlement buissonnier » et l’entropie représentative peuvent s’expliquer par la lassitude, le manque d’intérêt, le manque d’information, les émoluments impayés, le parachutage des affairistes et autres perdiémistes au parlement congolais comme prix à payer pour le meilleur fonctionnement du capitalisme mondialiste n’est pas à exclure. Ce dernier fonctionne en sauvant les apparences : au Congo, il y a un président élu, un gouvernement et un parlement et un point. Que ces institutions soient performantes ou pas, ce n’est pas le problème des « petites mains » du capital. Heureusement, les apparences ne peuvent pas être sauvées éternellement. La vérité des faites finit par se moquer de beaux principes. Là, au Congo, les seigneurs de guerre convertis magiquement en hommes politiques s’adonnent au débauchage et au replâtrage. Ils décernent des prix de bravoure aux pires assassins et génocidaires de nos populations en les invitant à rejoindre les rangs du gouvernement des « mangeurs ». Sauveurs des apparences, ils débauchent dans l’opposition institutionnelle et non-institutionnelle.

Ce qui est curieux est que la réalité finit toujours par rattraper ceux et celles qui s’en moquent. Quand Modeste Mutinga écrit : « J’avais déjà exprimé mes craintes devant cette montée en flèche d’une bourgeoisie compradore dans mon pays. Une bourgeoisie illicite, sans aucune initiative économique productrice, mais qui se manifeste dans les allées du pouvoir » et qu’il ajoute : « ainsi, sont en train de naître au détriment du peuple « des forces politico-économiques » en République démocratique du Congo susceptibles de déterminer les formes, les structures et les organes de l’Etat. Elles pourraient s’y infiltrer, gérer les affaires de l’Etat plus en affairistes qu’en hommes d’Etat. Devant cette hypothèse, il deviendra difficile de dissocier l’un de l’autre. C’est-à-dire, Affaires d’Etat et Etat des affairistes » (Le Potentiel du 09 juin 2009), ce Sénateur, autrefois Président de la Haute Autorité des Médias, fait comme s’il n’avait pas participé de la monté de la bourgeoisie compradore. Il oublie qu’en plus du canal de la guerre d’agression imposée au Congo par « les tueurs tutsi » depuis 1996, cette bourgeoisie s’est (aussi) infiltrée dans nos institutions à partir de certains mécanismes mis sur pied par la HAM : le refus du débat entre les candidats à la présidentielle au deuxième tour, la condamnation de tout débat sur la congolité des candidats aux différentes élections, la diffusion approximative de la Constitution avant le référendum, etc.

Dans ce que Modeste Mutinga écrit, il y a, sous forme d’hypothèse, un témoignage donné de l’intérieur des institutions : la montée, au Congo, d’une bourgeoisie compradore au service et/ou coopérant avec une autre bourgeoisie capitaliste mondialiste.

Cette coopération ne peut être brisée par le replâtrage ou le débauchage des hommes politiques dits vertébrés. Il faut sortir de la télécratie et donner le pouvoir au peuple. Comment ? Il faut une refondation du politique et de la politique.

Ailleurs, dans plus d’un pays d’Amérique Latine, la refondation du politique repasse la remise à plat de l’ordre ancien hérité des disciples des fondateurs du gouvernement représentatif et par une élection d’une Assemblée constituante permettant de revisiter la Constitution pour y inscrire les règles de participation citoyenne « directe, semi-directe et indirecte non seulement dans l’exercice du suffrage mais aussi dans le processus de formation, d’exécution et de contrôle de la gestion publique. » (M. LOPEZ MAYA, Une démocratie participative, dans Le Monde diplomatique, juin 2005)

Contrairement à la vision du citoyen usager de la démocratie, cette autre vision cherche à redonner aux citoyens leur place de piliers d’une société égalitaire, solidaire et démocratique. Et contre le fatalisme d’un Congo à vendre à tout prix aux multinationales occidentales et asiatiques, estimant que la montée de la bourgeoisie compradore est irréversible, cette autre vision, tout en respectant le rôle central des gouvernants, leur assigne une tâche : celle « d’accompagnateurs, de créateurs des conditions qui permettent la prise de pouvoir des citoyens. » (Ibidem) Et pour que cette tâche soit accomplie, le Constitution prévoit tout un ensemble d’instruments de participation directe des citoyens dans la vie politique : les référendums consultatif, abrogatoire, révocatoire, l’initiative législative, constitutionnelle et constituante, etc. Les citoyens reprennent aussi la parole à grâce aux radios et télévisions communautaires. Cette refondation est possible avec des Hugo Chavez, des Evo Morales et des Rafael Correa Congolais. Sont-ils déjà là ou faut-il les (re)créer ? Telle est, à notre avis, à l’heure actuelle, l’une des questions essentielles sur lesquelles nous devons sérieusement nous pencher en comptant sur l’apport probable du Forum Social Congo et des autres synergies de la Société civile congolaise. Le reste n’est que diversion au service du capitalisme du désastre.

Le salut du Sud viendra du Sud. Peut-être avec les amis et les amies du Nord de bonne volonté…Pas avec « les petites mains » du capital.

2 COMMENTS

  1. Je suis fort étonne de voir que les soit disant responsables de l’U.D.P.S qui se réclament tous respecter le Président TSHISEKE, ne disent pas la vérité aux membres de ce grand Parti. Ils savent très bien que leur « congré » est illégal mais ils persistent dans leur illégalité pour semer les désordres, chose qu’ils arrivent bien faire mais, on dit toujours que la vérité fini toujours par triomphé. J’attends simplement dire que le COC via son ex président avait été dissous bien longtemps et cela avant même leur réunion de rigini.

    Dire que nous respectons monsieur TSHISEKEDI mais refuser ses ordres et continuer à mentir comme ils le font, c’est bien regrettable car ils savent que le Président est quelqu’un qui n’a jamais désavouer en publique quelqu’un, voila pourquoi ceux qui se disent issu du congré sèment les désordres.

    Je termine par dire simplement que, viendra le temps de la vérité et mon plus grand souhait que le Président prenne parole afin de mettre fin à toute cette mascarade et désobéissance.

    Fait par Bernard KABEYA

  2. Bonjour Mr KAYEMBE,

    Je suis fort étonne de voir que les soit disant responsables de l’U.D.P.S qui se réclament tous respecter le Président TSHISEKE, ne disent pas la vérité aux membres de ce grand Parti. Ils savent très bien que leur « congré » est illégal mais ils persistent dans leur illégalité pour semer les désordres, chose qu’ils arrivent bien faire mais, on dit toujours que la vérité fini toujours par triomphé. J’attends simplement dire que le COC via son ex président avait été dissous bien longtemps et cela avant même leur réunion de rigini.

    Dire que nous respectons monsieur TSHISEKEDI mais refuser ses ordres et continuer à mentir comme ils le font, c’est bien régrétable car ils savent que le Président est quelqu’un qui n’a jamais désavouer en publique quelqu’un, voila pourquoi ceux qui se disent issu du congré sèment les désordres.

    Je termine par dire simplement que,viendra leur

Comments are closed.