C’était il y a 25 ans. Le 22 juin 1994, l’ONU donne son feu vert à la France pour une opération militaire à but humanitaire baptisée Turquoise alors que des massacres ont lieu dans le pays. Une opération toujours contestée qui n’empêchera pas le génocide et laisse encore des traces aujourd’hui entre les deux pays. 

Dès 1994 le Front patriotique rwandais assure qu’il y a des liens étroits entre l’armée française et la vieille garde du régime hutu. Le FPR accuse Paris de vouloir sauver le régime et les auteurs du génocide. Le FPR assure que de nombreux génocidaires se sont échappés de la zone de protection française vers le Zaïre voisin, l’actuelle République démocratique du Congo. 

Rapprochement récent

Le Front patriotique rwandais finira par s’emparer de Kigali et du pouvoir en juillet 1994, après le génocide. Par la suite, les relations diplomatiques entre Paris et Kigali se sont considérablement dégradées. Mais ces dernières années, les deux capitales se sont rapprochées. Le président français, Emmanuel Macron, a été invité à la cérémonie d’ouverture des commémorations du 25e anniversaire du génocide des Tutsis et des Hutus cette année, même si finalement Emmanuel Macron n’a pas fait le voyage et s’est fait représenter par le jeune député français d’origine rwandaise, Hervé Berville.

Paul Kagame en visite à Paris en mai 2018

Commission d’experts sur le génocide en France

Olivier Nduhungirehe, secrétaire d’Etat au ministère rwandais des Affaires étrangères, ne voit pourtant aucun nouveau blocage dans les relations bilatérales entre les deux pays. « Ça ne pose pas problème. Il a valablement représenté son président », estime-t-il. « Le plus important, c’est que les relations franco-rwandaises ont connu un nouveau départ à différents niveaux. Nous continuerons à travailler à l’amélioration de ces relations, en accordant une attention particulière à certaines des questions sur lesquelles nous travaillons. »

Le président Macron a nommé, début avril, une commission d’experts chargée d’examiner les archives qui concernent la période du génocide au Rwanda. Une concession appréciée par le Rwanda et pour laquelle le pays a offert sa coopération.

Mais toutes les plaies ne sont pas renfermées. Jean-Marie Vianney Ndagijimana, ancien amabassadeur du Rwanda en France, revient sur l’opération turquoise. « Elle a protégé l’évasion des auteurs du génocide alors que celui-ci était presque terminé », estime-t-il. « Cela leur a permis de s’échapper au Zaïre. Nous ici, on parle principalement de la France et du rôle de la France puisque la commission a été nommée par le président français. Car il y a un problème lié au fait que la France soit intervenue au Rwanda en soutenant le régime génocidaire avant, pendant et après le génocide. »

Des experts indépendants

Neuf experts ont désormais accès aux archives françaises qui ont été fermées pendant 25 ans. La majorité d’entre eux sont des historiens et des chercheurs sur le génocide. Vincent Duclert, directeur de la Commission, un expert du génocide en Arménie. « Le travail de la Commission est une bonne occasion d’activer ce réseau d’experts. La Commission travaillera à deux niveaux : elle écoutera un certain nombre d’experts et présentera ensuite son travail à ces experts, à ce comité », explique Vincent Duclert, directeur de la Commission. 

Les résultats de la commission seront publiés et certains documents d’archives mis à la la disposition du public. Vincent Duclert espère que cela permettra de mieux comprendre le rôle de la France au Rwanda.

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