Par Mufoncol Tshiyoyo

Cadinal Mosengwo et E. Tshisekedi

-L’élite qui se met au-devant de la scène politique au Kongo-Kinshasa  explique mal aux Kongolais la tragédie que subit le Kongo. Déjà, elle se trompe de combat. Toutes ces dames et messieurs,  qui font de la sous-traitance politique,  cherchent à  conquérir  le « pouvoir-os »  alors que la véritable bataille est  celle de LIKAMBO YA MABELE, celle de notre terre.

« Kasi bango  bazali ko bundela nini, to ko wela nini  na nani ? ». Pourquoi et contre qui tous ces gens se battent-ils? Chacun est muni d’une réponse selon ce qu’il est en mesure de  saisir de la situation tragique que traverse le Kongo. Et dans pareil cas, l’« adversaire » désigné est souvent un moins que rien. Un vrai-faux « adversaire » vers lequel ils désorientent  le peuple dans sa lutte contre un système monstrueux.

La question de terre se pose aujourd’hui au Kongo avec acuité. D’abord sa possession et son contrôle et tout le reste après : c’est-à-dire la conquête de pouvoir politique. On ne peut non plus combiner les deux conquêtes à la fois pour cause de  nature changeante de l’« adversité » dans les deux situations. Autrement dit, tant que  la détermination de la nature de la lutte sera moins clarifiée, le sacrifice que l’on fait subir au peuple est vain. Ce peuple ne pourrait jamais être rentablement utilisé dans le jeu du rapport de forces auquel tout combat politique est soumis.

D’un côté, l’Église Catholique déclare la guerre contre ceux qui sont perchés au pouvoir à Kinshasa. Elle le fait au nom d’une certaine « légalité et légitimité » qu’elle tient à rétablir. Mais ce qui paraît surprenant est le fait de ne point citer nommément Tshisekedi comme la personnification de celles-ci. Voilà où naît l’ambiguïté de sa position. L’Église Catholique Romaine annonce tout simplement qu’elle se battra «  pour le respect de la légalité et de la légitimité ». Peut-être que cette position  arrangerait ses affaires. Comment serait-il possible quand elle a déjà pris position contre un camp ? Le fait  aussi de voir Tshisekedi poursuivre presque seul  son « pacifisme » contre les chiens de garde du système au Kongo renseigne que l’avènement de l’Église Catholique dans ce combat ne fait pas automatiquement d’elle une allié sûre avec laquelle composer.

De l’autre côté, le souci de l’Église Catholique de vouloir seule organiser ses propres manifestations sans même tenir compte et s’associer à celles initiées par Tshisekedi lui-même et son camp renvoie une mauvaise image alors que les deux  sont supposés combattre ceux ou celui qu’ils ont élevés par ignorance au rang d’ « adversaire ».  

Tshisekedi hésiterait-il de se jeter dans les bras de la « puissante » Église Catholique Romaine et surtout de son Cardinal Monsengwo ?  Mais qui de deux devrait tendre sa main le premier à l’autre alors que Tshisekedi fut le premier sur le terrain ?  L’Église affirme venir à la rescousse de ce qu’elle admet comme juste et vrai, c’est-à-dire  « la victoire de Tshisekedi »! Tshisekedi,  qui s’est jeté contre tout dans ce qui est aujourd’hui appelé « élections » au Kongo, a pour sa part besoin de tout « son » peuple,  mais aussi de forces réelles autour de ce dernier en vue d’élargissement de son horizon.

On constate que Tshisekedi a l’air de garder ses distances vis-à-vis de Monsengwo. Et les deux semblent si « bien » se connaitre et ce depuis la Conférence Nationale Souveraine et les Concertations Politiques du Palais du peuple avec sa fameuse Commission de 33 où trônait Justin Marie Bomboko Lukumba Is’Elenge, qui est un vieux collègue  de Tshisekedi à l’époque du gouvernement des commissaires généraux et qui est aussi « ami » des Belges, du   Cardinal Monsengwo et de Kengo.  

Pour les uns, l’arrivée de Monsengwo dispute le leadership à Tshisekedi. On ne sait pas s’il faudrait l’en blâmer car Tshisekedi tarde de voir en Monsengwo un être humain comme toute autre de même espèce. Ce qui veut dire que l’homme pourrait être tenté de conserver une influence quelconque sur tous ceux qui incarnent le pouvoir politique réel dans le pays. Non seulement qu’il est intelligent et rusé, mais il est capable d’instrumentaliser l’institution sous son influence et se constituer en  un sérieux contre-pouvoir.  

En quoi serait-il une faiblesse ou une contradiction pour Tshisekedi d’inclure dans son jeu  politique l’implication osée de l’Église Catholique  Romaine et de son Cardinal Monsengwo dans sa marche vers les cimes du pouvoir ? Beaucoup dénoncent les accointances de certains pasteurs de l’Église avec le milieu des pyromanes  auto-proclamés « propriétaires » de la terre « Congo ». À ce titre, ils considèrent la sortie de Monsengwo comme une menace qui peut servir de plateforme par lequel les mains qui ont toujours tiré les ficelles au Kongo de venir proposer leurs « bons » services. Ne l’oublions que c’est un piège dans lequel Tshisekedi est souvent tombé.

C’est un vieux débat que relance le jeu Tshisekedi-Monsengwo. Il a toujours opposé les deux pôles du pouvoir sur le contrôle de la masse populaire: l’Église et le pouvoir politique. Tshisekedi draine la masse.  Aussi, l’Église Catholique Romaine chercherait à démontrer sa capacité mobilisatrice pour ne pas laisser ce pouvoir à un seul homme.   

La nature de la lutte menée par  Tshisekedi le détache de son appartenance à un camp ou à un parti politique donné. Ce combat l’a transformé en âme d’un peuple. Il pourrait être considéré comme le père de la nation,  celui qui appartient à tout le monde et non à  son propre camp voire à sa famille. C’est la leçon que semble transmettre les enfants de Nelson Mandela à travers leur cri : « Nous pensions que nous avions un père […] Mais à notre grande consternation notre père […] nous a laissés seuls parce qu’il était devenu le père de la nation » (Mandela, 1995 : 620).

À notre époque, nous fîmes de Tshisekedi le chef de file de  l’Opposition- USORAL  (Union sacrée de l’Opposition Radicale). C’était pour nous une façon de le placer au-dessus de la mêlée. Son entourage d’aujourd’hui le réduit à une propriété privée qui appartient à  l’UDPS  et aux siens. Ce faisant, il prive Tshisekedi des moyens de sa politique. L’homme doit cesser de mettre en exergue son propre parti politique et de parler au nom d’une certaine opposition appartenant à son camp. Un  véritable père de la nation est le porte-parole de tout son peuple.  

Pour Martin Heidegger, le peuple est une pure construction de l’esprit. Il est à craindre qu’il soit un couteau à double tranchant. Ce qui fait dire à Rose Luxembourg citée par Ghislaine Ottenheimer dans Les Deux Nicolas, La Machine Balladur,  que  ‎ »les masses  sont toujours ce qu’il faut qu’elles soient en fonction des circonstances, et elles sont toujours sur le point de devenir quelque chose de fondamentalement différent de ce qu’elles semblent être »,  Ottenheimer, 1994 : 7). Le  peuple  qui a cru en Jésus Christ et qui a raffolé ses miracles est le même qui l’a renié et qu’il a ensuite livré à la mort. Il l’a préféré à un voleur en la personne de  Barabbas quand il se rendît compte que le Christ arrêté par les Romains n’était plus ce libérateur attendu qui devrait le conduire vers son émancipation du joug de la domination romaine

Face à la nature de la crise imposée par l’adversaire au Kongo-Kinshasa, deux choix se posent à Tshisekedi. Soit, il décide de sacrifier le peuple à l’heure où sonne le rendez-vous avec  l’histoire en lui transmettant un message bien clair. C’est la fameuse complicité leader-peuple et peuple-leader. Soit, il verse son propre sang mais à condition que sa disparition, qui n’est ni souhaitée ni attendue en ce moment par les siens, du fait de leur incapacité à comprendre le déploiement de l’histoire, serve à l’émergence d’une réelle identité congolaise et au réveil définitif d’un peuple souverain.

C’est pour l’histoire que l’on s’engage dans de ce type de bataille d’honneur et non pour le présent. Ce qui fait dire à Balzac dans Le lys dans la vallée  que  «  Si vous parvenez  à la sphère où se meuvent les grands hommes, vous seriez, comme Dieu, seul juge de vos résolutions […] ,  vous ne serez plus un homme, vous serez la loi vivante, ; vous ne serez plus un individu, vous vous serez incarné la nation […] plus tard vous comparaitrez  devant les siècles, et vous savez assez l’histoire pour avoir appréciez les sentiments  et les actes qui engendrent  la vraie grandeur », (Balzac, 1859 :184).   

 

Likambo ya mabele, ezali likambo ya makila

Mufoncol Tshiyoyo

Président du Rassemblement pour l’Alternative Politique en RDC, R.A.P, en sigle