Certains sont Balance ou Gémeaux. Lui est né sous le signe de la frontière. « Fils de la frontière, voilà ce que je suis », annonce fièrement Paolo Rumiz tandis que nous longeons le port de sa Trieste natale, sa « petite Vienne posée sur l’eau ». On lui fait remarquer que, dans ce vestige de la Mitteleuropa, à la charnière des mondes latin, germanique et slave, il n’est sûrement pas le seul. Mais ce n’est pas ce qu’il veut dire. Bien sûr qu’ici, les démarcations n’ont pas cessé d’être tracées, déplacées, retracées. « Je raconte toujours que ma grand-mère, qui n’a jamais quitté Trieste, a vécu sous six drapeaux différents : la monarchie habsbourgeoise, le royaume d’Italie, l’Allemagne, la Yougoslavie, le gouvernement militaire allié et la République italienne. Mais quand je dis “fils de la frontière”, c’est au sens propre. La ligne séparant l’Italie et la Yougoslavie a été plantée ici, avec des pitons, dans la nuit du 20 décembre 1947, au moment même où j’étais en train de naître. » Carnets de voyages Bornes, bordures, limites. Il fallait leur « faire la nique ». Les passer et les dépasser. Jouer avec elles et s’en jouer. Très vite, le jeune ­Paolo a eu « des fourmis dans les pantalons » (« formiche nei pantaloni »). A 9 ans, son instituteur lui a donné les carnets de voyages de Christophe Colomb, et l’envie d’ailleurs ne l’a plus quitté. « J’ai fait le journaliste pour avoir l’excuse de voyager », dit-il. Il a d’abord été reporter à La Repubblica où il a couvert les guerres de Bosnie et d’Afghanistan. Puis a bourlingué en Europe, en train, à vélo, à pied, en canot, en bateau. Nourri des œuvres de Nicolas Bouvier et de Ryszard Kapuscinski, il a descendu 700 kilomètres du Pô (Pô, le roman d’un fleuve, Hoëbeke, 2014), erré, à vingt-deux siècles de distance, dans L’Ombre d’Hannibal ­ (Hoëbeke, 2012), parcouru les ­Alpes et les Appenins (La Légende des montagnes…
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