Résumé par Laura Delamea (St.)

Colette Braeckman

-Les rebelles du M23 ont pris le contrôle de Goma. Le régime de Kabila est-il affaibli ? Quelle est l’implication du Rwanda ? Colette Braeckman a répondu à vos questions.

Quelle est la situation actuelle à Goma ?

La ville est contrôlé la le M23. L’armée gouvernementale s’est repliée et on craint que la ville de Bukavu tombe entre les mains du M23. Il y a de nombreuses manifestations au sein de la population. Celle-ci dénonce une forme de soutien aux rebelles de la part du gouvernement.. On sait que les deux présidents se sont rencontrés et qu’ils doivent encore se voir aujourd’hui, mais on a aucune information sur ces réunions.

Quelles sont les revendications? Qui sont-ils ?

Ce sont d’anciens militaires Tutsi ou Congolais, proches des anciens mouvements. Ils ont des liens avec leurs familles restées au Rwanda.

Au départ, ils exigeaient le retour de leur famille au Congo, ainsi que de meilleurs grades, de meilleurs salaires,… Il s’est avéré qu’ils veulent surtout rester sur la frontière du Rwanda afin de créer une armée qui surveille la frontière au bénéfice du Rwanda et assure la protection de cette frontière.

Par qui sont-ils armés et soutenus ?

Le Rwanda leur a donné des armes, de l’équipement sophistiqué,…Ils ont également reçu des appuis en hommes. Ils étaient battus à un moment, puis des hommes ont passé la frontière pour se joindre à eux. L’ONU a rédigé trois rapports qui expliquent la manière dont ce renfort s’est effectué.

Pourquoi ne sanctionne-t-on pas le régime de Kigali ?

Tout d’abord, car le Rwanda nie son soutien aux rebelles. Cela malgré les trois rapports de l’ONU. Ensuite car le Rwanda est protégé par les américains. C’est un relais militaire pour l’Amérique. Ils sont également protégés par l’Angleterre. C’est une plaque tournant militaire et sécuritaire pour la région. C’est également un fournisseur de produits bruts, tel que le minerai. Des ressources que l’Amérique préservent de le Chine et de la Corée. Puis, ils rendent service aux Nations Unis en envoyant des troupes au Darfour et dans d’autres pays africains. Ils sont les garants de la paix dans d’autres régions africaines.

Pourquoi le président Kabila n’intervient-il pas à Goma ? Est-il complice du Rwanda ?

Il sait plus de choses que nous. Il sait jusqu’où il peut aller sans courir de risque personnel. Il n’est pas complice, il est affaiblis, car il n’y a pas d’union au sein de la classe politique Congolaise. L’opposition essaie d’avoir des accords avec les rebelles pour prendre sa place. Il n’y a aucun sursaut patriotique au Congo.

Quel est le rôle de la Belgique dans ce conflit ?

Elle ne peut déjà pas jouer le rôle de médiateur, car les propos de Didier Reynders ont irrité Kigali. La Belgique n’est pas équidistante entre la Congo et le Rwanda. La Belgique pourrait faire plus et envoyer des troupes. Mais après le Rwanda, la chambre a décidé que la Belgique n’enverrait plus de troupe dans ses anciennes colonies. Ajouté à cela, une forme de lâcheté par rapport au Rwanda lors du génocide. En effet, on a retiré nos casques bleus, ce qui a permis le génocide du Rwanda.

Y a-t-il un risque pour les belges restés sur place ?

Il n’y a plus beaucoup de risque. La situation est calme pour l’instant à Goma. La poignée de belges resté là-bas est peut-être une des raisons qui nous empêche d’intervenir militairement.

Y a-t-il un risque d’extension du conflit ?

A priori non. Il y aurait un risque à partir du moment où un pays africain, ami du Congo, décidait d’intervenir à Goma. On serait alors dans un conflit inter-africain qui impliquerait plusieurs pays d’Afrique. Mais à ce stade, ce n’est pas le cas.

Quel est le rôle des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) ?

C’est une armée inégale. Elle est constituée de plusieurs rebelles aux capacités militaires douteuse tout comme leur loyauté. Ils sont prêts à revendre leurs armes ou à les abandonner à la première sollicitation. Il y a eu des soupçons de trahison car le pouvoir de Kinshasa s’est équipé en armement qu’ils ont abandonné sur la ligne de front. Cela revient à offrir ces armes sur un plateau. L’armée congolaise est minée par le soupçon de trahison.

Comment le conflit pourrait-il évoluer ? Une issue favorable est-elle possible ?

S’il s’agit d’une déstabilisation contrôlée, on peut imaginer trouver un accord. Mais cela serait favorable au M23, et le président Kabila serait accusé de trahison. S’il ne cède pas, alors Bukavu pourrait tomber, ainsi que d’autres villes. La réaction de la population risque d’être violente et des débordements seront alors possibles.

Etes-vous optimiste par rapport à la situation ?

Non, car c’était une région qui se relevait, de même que le Congo. Ce qui se passe actuellement a détruit le tourisme, les perspectives d’investissement,…. Au lieu d’évoluer positivement, ils risquent de reculer. On voit dans ces actes, une volonté de ne pas vouloir voir le Congo évolué. Une volonté à ce que le Congo demeure un pays que l’on peut piller, un fournisseur de produits bruts. A chaque fois que ce pays tente de se relever, on l’en empêche. Ce qui se passe à Goma est le reflet de cette vérité.