-En République démocratique du Congo (RDC), le Premier ministre Sylvestre Illunga Illunkamba a finalement dévoilé cette nuit la composition de son gouvernement, vers 5h du matin, heure de Kinshasa, trois mois après sa nomination et sept mois après l’investiture du président Félix Tshisekedi. Les tractations ont été longues et difficiles pour parvenir à former ce gouvernement de coalition entre les plates-formes du président Tshisekedi et de l’ex-président Kabila, qui a conservé la majorité au Parlement.

En République démocratique du Congo (RDC), le nouveau gouvernement a été dévoilé cette nuit après sept mois d’attente. Il compte 76,9% de personnalités n’ayant jamais pris part à un gouvernement. Au total, ce nouveau gouvernement comprend 66 membres : 42 sont issus des rangs du Front commun pour le Congo (FCC), la plate-forme pro-kabila et 23 du Cap pour le changement (Cach).

Comme attendu, le FCC de Joseph Kabila conserve la majorité des postes, même s’ils ont le plus souvent été attribués à des figures relativement nouvelles à ce niveau de responsabilité. On note quand même la présence de quelques caciques comme le ministre Azarias Ruberwa Manywa, qui hérite de la Décentralisation ou encore de Steve Mbikayi Mabuluki, qui était dans le gouvernement sortant. Steve Mbikayi sera donc aux Affaires humanitaires.

Le Cach à l’Intérieur

La coalition Cap pour le changement (Cach) et le FCC avaient décidé de se départager les postes régaliens. L’ex-président Kabila conserve la main sur la Justice qu’il confie à l’un de ses lieutenants, Célestin Tunda Ya Kasende, ainsi que la Défense qui revient à Aimé Ngoy Mukena.

 Ordonnance n• 19/077 du 26 août 2019, portant nomination des Vices-Premiers ministres, des Ministres d’Etat, des Ministres, des Ministres délégués et des Vices-ministres. (pages 1-4)

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Comme prévu, la plate-forme Cach du président Tshisekedi met de son côté la main sur l’Intérieur, confié à Gilbert Kankonde Malamba, un fidèle du chef de l’État actuel, qui était jusqu’à présent secrétaire national chargé des relations extérieures de son parti l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Le chef de l’État obtient aussi les Affaires étrangères où il place une femme, Marie Tumba Nzeza, une personnalité assez peu connue. De son côté, l’UNC, l’Union pour la nation congolaise, récupère le ministère du Budget.

17% des portefeuilles à des femmes

À noter que le très stratégique et convoité ministère des Finances revient à José Sele Yalaghuli, considéré comme un proche de l’ancien Premier ministre Matata Ponyo.

Dans ce gouvernement,17% des portefeuilles ont été attribués à des femmes. «  C’est assez peu », a reconnu le Premier ministre qui a expliqué cependant que cette faible proportion était pondérée par la qualité des portefeuilles attribués à certaines personnalités féminines. Élysée Munembwe devient ministre du plan et une autre femme, Marie Tumba Nzeza est nommée ministre des Affaires étrangères, deux postes-clés au sein de la nouvelle équipe.

La place des femmes dans le gouvernement avait pourtant fait débat pendant les longs mois de la tractation. Mi-août, une proposition de gouvernement avait été rejetée en partie parce que les noms de femmes n’étaient pas assez nombreux. Le Premier ministre a insisté à plusieurs reprises pour féminiser les instances ministérielles. Et pour cause, la loi congolaise impose un quota  minimum de 30% de femmes dans les institutions publiques, rappelle maitre Georges Kapimaba de l’ACAJ, l’Association congolaise pour l’accès à la justice.

Trop nombreux ?

Pour Jean-Pierre Bemba, chef de la coalition d’opposition Lamuka, l’équipe gouvernementale est trop nombreuse, ce qui risque de peser sur le budget de l’État.

La situation actuelle, et surtout budgétaire du pays, qui s’est réduite considérablement ces neuf derniers mois, à la suite bien sûr de cette instabilité et cette attente au niveau de la mise en place des institutions, fait que d’abord cela va être budgétivore. Mais deuxièmement, ce qu’il y a surtout, c’est qu’ils puissent mettre en place une équipe et une cohésion au niveau de cette équipe, qui va faire le travail et qui va s’occuper des intérêts de la population, sans savoir ce qui a été décidé entre les deux familles politiques qui ont constitué le gouvernement, le FCC et le Cach. Je ne vais pas rentrer dans leurs débats internes, simplement dire que la population attend maintenant qu’on s’occupe de ces problèmes. Et nous, au niveau de l’opposition, nous allons continuer à défendre les intérêts de la population.

Réaction similaire du côté deValery Madianga de l’Observatoire de la dépense publique, l’Odep. Selon lui, le nombre des ministres n’a pas été réduit par rapport au précédent gouvernement. Le coût de fonctionnement est conséquent et risquera de peser lourd dans le budget de l’État.

« Le fonctionnement en tant que vice-Premier ministre est évalué pratiquement à deux millions de dollars par vice-Premier ministre, explique-t-il. À cela s’ajoutent les ministres d’État. Vous avez aussi des vice-ministres et des ministres. Donc en gros, on peut dire ceci que le coût global atteindra environ 700 millions de dollars américains par an. En comparaison aux recettes publiques, ce gouvernement pourra utiliser environ un quart du budget national. Donc les priorités du gouvernement ne seront pas vraiment mises en application comme voulu, parce que les moyens seront au préalable utilisés pour le fonctionnement d’abord du gouvernement ».

Les absents

Parmi les absents de cette liste, on compte d’abord Modeste Bahati Lukwebo dont le regroupement (AFDC-A) a quitté le FCC de Joseph Kabila. Dans une lettre adressée au Premier ministre, il réclamait quatre portefeuilles dont un poste de vice–Premier ministre. Il avait même affirmé avoir également remis au Premier ministre sa liste. Ni lui ni aucun autre membre de son regroupement ne sera finalement repris.

Parmi les absents, on trouve également des grands noms de l’ancien gouvernement. L’ancien vice-Premier ministre, chargé des Affaires étrangères et de l’Intégration régionale, Léonard She Okitundu, n’est pas dans l’actuelle équipe. C’est également le cas de l’ancien Vice-Premier ministre, chargé des Transports et des Communications, José Makila Sumanda.

Ancien Vice-Premier ministre, chargé de l’Intérieur et de la Sécurité, Emmanuel Ramazani Shadary, n’est pas non plus dans ce gouvernement tout comme Henri Mova Sakanyi, un autre homme fort de l’ancien régime.

L’ancien ministre des Mines, Martin Kabwelulu, figure également parmi les absents tout comme Henri Yav Mulang, qui occupait le poste de ministre des Finances. Lambert Mende Omalanga, longtemps ministre de la Communication et des Médias, est également absent de la liste.

On notera également l’absence d’Antipas Mbusa Nyamwisi, qui a pris ses distances avec les opposants de Lamuka. Tryphon Kin-Kiey Mulumba, ancien cacique du régime Kabila, mais qui avait soutenu la candidature de Félix Tshisekedi, n’est pas non plus présent dans cette équipe.

On a peur de l’amateurisme. […] C’est un futur médiocre, un gouvernement médiocre qui ne va pas satisfaire les besoins de la population.

► Sont nommés vice-Premiers ministres et ministres aux fonctions :

Vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité et Affaires coutumières, M. Gilbert Kankonde Malamba

Vice-Premier ministe, ministre de la Justice et garde des Sceaux, M. Célestin Tunda Ya Kasende

Vice-Premier ministre, ministre du Budget, M. Jean Baudouin Mayo Manbeke

Vice-Premier ministre, ministre du Plan, Mme Élysée Munembwe Tamukumwe

Vice-Premier ministre, ministre des Infrastructures et Travaux publics, M. Willy Ngoopos Sunzhel

►Sont nommés ministres d’État et ministres aux fonctions :

Ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Mme Marie Tumba Nzeza

Ministre d’État, ministre de la Coopération internationale, intégration régionale et Francophonie, M. Pépin Guillaume Manjolo Buakila

Ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, M. Rubens Mikindo Muhima

Ministre d’État, ministre de la Décentralisation et Réformes institutionnelles, M. Azarias Ruberwa Manywa

Ministre d’État, ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, M. Eustache Muhanzi Mubembe

Ministre d’État, ministre de l’Emploi, Travail et Prévoyance sociale, Mme Nene Nkulu Ilunga

Ministre d’État, ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et technique, M. Willy Bakonga Wilima

Ministre d’État, ministre du Genre, Famille et Enfant, Mme Béatrice Lomeya Atilite

Ministre d’État, ministre de l’Urbanisme et Habitat, M. Pius Muabilu Mbayu Mukala

Ministre d’État, ministre de la Communication et Médias, M. David Jolino Diwanpovesa Makelele ma-Muzingi

► Sont nommés ministres aux fonctions :

Ministre de la Défense et des Anciens combattants, Aimé Ngoy Mukena

Ministre de Fonction publique, Yollande Ebongo Bosongo

Ministre des Finances, José Sele Yalaghuli

Ministre de l’Économie nationale, Acacia Bandubola Mbongo

Ministre du Portefeuille, M. Clément Kuete Nymi Bemuna

Ministre du Commerce extérieur, Jean Lucien Bussa Tongba

Ministre des Mines, Willy Kitobo Samsoni

Ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles technologies de l’information et de la communication, Augustin Kibassa Maliba

Ministre d’Etat, ministre de la Santé, Eteni Longondo

Ministre des Droits humains, André Lite Asebea

Ministre des Relations avec le Parlement, Déogratias Nkusu Kunzi Bikawa

Ministre de l’Environnement et Développement durable, Claude Nyamugabo Bazibuhe

Ministre des Transports et Voies de communications, Didier Mazengu Mukanzu

Ministre de l’Agriculture, Jean Joseph Kasonga Mukuta

Ministre de la Pêche et Élevage, Jonathan Bialosuka Wata

Ministre du Développement rural, Guy Mikulu Pombo

Ministre des Affaires sociales, Rose Boyata Monkaju

Ministre des Actions humanitaires et Solidarité nationale, Steve Mbikaki Mabuluki

Ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, Thomas Luhaka Losendjola

Ministre de la Recherche Scientifique, José Mpanda Kabangu

Ministre des Affaires foncières, Aimé Sakombi Molendo

Ministre de l’Industrie, Julien Paluku Kahongya

Ministre de la Formation professionnelle, John Ntumba Panumankole

Ministre de l’Aménagement, Aggée Aje Matembo Toto

Ministre des PME, Justin Kalumba Mwana Ngongo

Ministre de la Jeunesse, Eraston Kambale Tsongo

Ministre des Sports, Marcel Amos Mbayo Kitenge

Ministre du Tourisme, Bonkulu Zola Yves

Ministre de la Culture, Jean-Marie Lukunji Kikuni

Ministre près le Président de la République, André Kabanda Kana

Ministre près le Premier ministre, Jacqueline Penge Sanganyoi

Ministre auprès du ministre de la Défense, Sylvain Mutombo Kabinga

Ministre auprès du ministre de l’Intérieur, Eyrolles Michel Nvunzi Meya

Ministre chargée des personnes vivant avec handicap, Irène Esambo Diata

Vice-ministre de la Justice, Bernard Takahishe Ngumbi

Vice-ministre de l’Intérieur, Innocent Bokele Walaka

Vice-ministre du Plan, Freddy Kita Bukusu

Vice-ministre du Budget, Félix Momat Kitenge

Vice-ministre des Affaires étrangères et des Congolais de l’Etranger, Raymond Tchedya Patay

Vice-ministre de la Coopération Internationale et Régionale, Valery Mukasa Mwanabute

Vice-ministre des Hydrocarbures, Moussa Mondo

Vice-ministre des Ressources Hydrauliques et Electricité, Papy Mpungu Lwamba

Vice-ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et technique, Didier Budimbu Ntubuanga

Vice-ministre Près le Ministres des Finances, Mata M’elanga Junior

Vice-ministre de l’Economie nationale, Didier Lutundula Okito

Vice-ministre des Mines, Alpha Denise Lupetu Tshilumbayi

Vice-ministre de la Santé, Albert Mpeti Biyombo

Vice-ministre de l’Environnement, Jeanne Ilunga Zaina

Vice-ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, Liliane Banga Lwaboshi

Vice-ministre des Travaux et voies de communication, Jacques Yuma Kipuka

Vice-ministre de la Formation professionnelle, Germain Kambinga Katomba

Avec RFI