Le Soudan, comme la plupart des pays producteurs de pétrole, traverse une situation économique préoccupante depuis quelques années. Le pays est confronté à une inflation de près de 70% par an et fait également face à un grave déficit en devises étrangères.

« Les ressources pétrolières sont au sud, explique  Roland Marchal, spécialiste du Soudan au Centre national de la recherche scientifique en France. Mais en même temps, compte tenu de la crise politique au sud, le pétrole ne peut pas être exporté dans les quantités dites. Le gouvernement du Nord-Soudan touche des royalties sur les exportations qui sont significatives. Le fait que les exportations se soient réduites de façon importante signifie que le gouvernement de Khartoum ne touche plus suffisamment d’argent contrairement aux espoirs qu’il avait. »

Conséquences visible de ces problèmes économiques, en décembre 2018, le gouvernement décide de tripler le prix du pain. Ce qui a mis le feu aux poudres. Les premières manifestations éclatent le 19 décembre. Celles de ces derniers jours ont coïncidé avec des coupures répétées d’électricité dans tout le pays.

Dimanche, le Conseil de sécurité, un organe présidé par Omar el-Béchir a promis de répondre aux exigences des manifestants.

Discussions avec l’armée

Des milliers de Soudanais réunis depuis samedi 6 avril devant le quartier général de l’armée à Khartoum ont appelé lundi à l’ouverture de négociations avec les militaires en vue de la formation d’un « gouvernement de transition ».

« Nous appelons les Forces armées soudanaises à engager un dialogue direct avec l’Alliance pour le changement et la liberté afin de faciliter un processus pacifique débouchant sur la formation d’un gouvernement de transition », a déclaré un des contestataires cité par l’AFP.

Neutralité de l’armée

Depuis samedi dernier, l’armée a été déployée dans les principales artères de la capitale à Karthoum, sans s’en prendre directement aux manifestants, contrairement à ce que beaucoup redoutaient.

« On dirait qu’il  y a un conflit au sein de l’État soudanais lui-même, au sein de la hiérarchie, analyseRachid Ouaissa, spécialiste du monde arabe à l’Université de Marburg en Allemagne. C’est une guerre  de clan qui déborde sur la rue. Il y a une politique économique basée sur la corruption et sur le tribalisme. C’est une dictature pure et nette qui a fait beaucoup de mal à son peuple. »

Résilience et réformes

Dans un communiqué, l’Union européenne a indiqué que « le peuple soudanais a montré une résilience remarquable face aux obstacles extraordinaires auxquels il a été confronté ces dernières années ».

L’UE attend que le Soudan réponde à « l’appel au changement » par un engagement à mener des « réformes essentielles », conclut le texte.

Omar el-Béchir est à la tête de son pays depuis le 30 juin 1989, après avoir renversé le Premier ministre Sadeq al-Mahdi.

Miné par des divisions internes, l’opposition Soudanaise a commencé à s’organiser et espère le départ du président. Agé de 75 ans, il est officiellement recherché par la Cour pénale internationale qui a émis deux mandats d’arrêt internationaux contre lui. Il est visé par dix chefs d’accusation mais échappe toujours à la justice internationale.

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