L’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo et son ancien ministre Charles Blé Goudé sont autorisés à quitter leur cellule où ils sont détenus à La Haye aux Pays-Bas. Les juges ont décidé en majorité ce mercredi (16.01.) de rejeter l’opposition faite la veille par le parquet de la Cour pénale internationale.

Bras levés, faisant de grands gestes en direction de leurs supporteurs, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé étaient visiblement soulagés à la fin des propos du juge Cuno Tarfusser selon qui « la chambre rejette en sa majorité la demande du parquet de maintenir en détention, pour des raisons exceptionnelles, MM. Gbagbo et Blé Goudé.« 

Le juge a poursuivi en disant que la Chambre ordonnait au greffe de demander à Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, ainsi qu’à leurs conseils, les assurances en vue de leur présentation à la cour en cas de besoin.

Contacté par la DW, Maître Emmanuel Altit, avocat de Laurent Gbagbo indique être avec son client, en pleine organisation sur place à La Haye, ce qui laisse penser que des dispositions sont en train d’être prises pour la sortie de détention. Mais il n’avait pas précisé si les ex-accusés sortaient dans l’immédiat.

Les ennuis continuent

En effet, le parquet peut encore faire appel de la décision des juges, explique Fadi El Abdallah, le porte-parole de la CPI au micro de la DW. Dans ce cas, dit-il, « il reviendra à la Chambre d’appel de statuer. En tout cas, il faut mettre en place les différentes mesures d’ordre logistique, organisationnel et diplomatique pour permettre la mise en liberté, si cela devient définitif, en tenant compte de leur préférence mais également de l’accord des Etats concernés« . 

A la question de la DW, de savoir si Laurent Gbagbo pouvait retourner en Côte d’Ivoire, le porte-parole de la CPI répond que « ça revient d’abord aux deux personnes concernées (Gbagbo et Blé Goudé) si la mise en liberté devient définitive« .

Feu vert à Yamoussoukro, mais …

Le gouvernement ivoirien a publié un communiqué prenant acte de la décision des juges et estimant que la décision de revenir au bercail appartenait à Laurent Gbagbo. Or l’ex-président est sous le coup d’une condamnation dans son pays. En janvier 2018, il a été condamné à 20 ans de prison avec trois de ses ex-ministres dans une affaire de braquage de banques qui remonte à la crise post-électorale.

Même si son avocat, maître Félix Bobré, affirme avoir attaqué la décision, Laurent Gbagbo encourt le risque d’être rattrapé par cette affaire en cas de retour. Mais Pierre Kouame Adjoumani, le président de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme, tient cette éventualité pour peu probable. Le défenseur des droits de l’homme dit ne pas voir « comment le gouvernement va encore faire resurgir cette affaire surtout qu’il vient de prendre une amnistie pour des crimes qui sont plus graves que les crimes économiques.« 

A ce stade, personne en Côte d’Ivoire n’a été en mesure de nous confirmer si Laurent Gbagbo est concerné par cette amnistie accordée à près de 800 personnes condamnées suite à la crise post-électorale. Quant au procureur de la République, Richard Adou, il s’est abstenu de communiquer sur le sujet.

Le gouvernement ivoirien a aussi promis que des mesures additionnelles seraient prises au plan matériel et financier, en faveur des victimes de la crise post-électorale.

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