Le 16 février prochain, près de 84 millions de Nigérians seront appelées aux urnes pour la présidentielle et les législatives. Ces deux scrutins seront suivis, deux semaines plus tard, par l’élection des gouverneurs et des parlements régionaux. Mais, à moins d’un moins de ces votes, les problèmes se multiplient dans le pays. Même le gouvernement met en garde contre l’exacerbation des conflits aux quatre coins du territoire. En revanche, la commission électorale se dit prête.

Nombre d’inscrits record

Il est vrai qu’organiser des élections est un défi à relever au Nigeria. Jamais autant d’électeurs n’ont été inscrits pour des élections dans ce pays. Près de 120.000 bureaux de vote ont été créés dans 774 districts. Les consultations électorales demandent donc des moyens logistiques très importants. Les matériels électoraux sont à déployer dans les bureaux de vote avec le personnel nécessaire et beaucoup reste encore à faire. 

Du côté de la Commission électorale nationale indépendante (INEC), Aliyu Belo se veut rassurant.  « Je peux dire avec certitude que tout a été fait pour la tenue des élections de 2019″, assure le porte-parole adjoint de l’institution. « La commission électorale est prête et a déjà rencontré les parties prenantes pour préparer le registre électoral. Jusqu’à présent, les préparatifs vont bon train. » 

Affiches électorales à Adamawa en ce mois de janvier.

Déploiement du matériel électoral à temps ?

En revanche, du coté du bureau national de l’Open Society, organisme pour promouvoir la gouvernance démocratique, on nourrit de sérieux doutes sur la capacité de l’INEC à organiser les élections crédibles. « Il y a de quoi s’inquiéter », dit Jude Udo Ilo, qui dirige le bureauLe Nigeria compte 37 Etats aujourd’hui. 

Le pays est divisé en 37 états. Mais « un mois avant les élections, aucun recrutement d’agents électoraux supplémentaires, ni aucune formation de personnel n’a été achevée », s’inquiète Aliyu Belo. « Nous savons que les élections sont très techniques. En ce qui concerne les documents sensibles, l’INEC a confirmé que les documents sont imprimés dans différentes parties du monde et seront livrés à temps. Néanmoins, le matériel doit être déployé et sa qualité doit également être vérifiée. Mais jusqu’à présent, on ne sait pas comment l’INEC va procéder », dit-il encore. 

La menace Boko Haram

Pour d’autres, la principale inquiétude vient de la menace que constitue la secte islamiste Boko Haram. C’est le cas, par exemple, de la sexagénaire Mathew Musa, qui a fui le district de Madagali à Yola dans l’Etat d’Adamawa à cause des violences. Il a déjà rencontré des difficultés ces dernières semaines pour obtenir sa carte d’électeur. « Je voterai pendant les élections si le gouvernement le souhaite et assure la sécurité… Mais si cela ne fonctionne pas, ici, nous ne voterons pas », explique-t-il.

Rien que de le nord-ouest du pays, plus de 1,8 million de personnes seraient déplacées.

Comme lui, de nombreuses personnes déplacées sont ainsi exclues des consultations électorales à cause des violences. C’est ce que déplore Udo Ilo d’Open Society. « Nous craignons que des citoyens nigérians ne puissent pas voter, notre système ne nous permet pas de voter où que nous soyons, et nous espérons que tous les responsables après les élections s’en occuperont et élaboreront un système qui nous permettra d’accomplir nos devoirs civiques. »

Dans le seul nord-ouest du pays, le Bureau de la coordination des interventions d’urgence des Nations unies, l’OCHA, compte 1,8 million de personnes déplacées. Dans d’autres Etats, des dizaines de milliers de personnes ont quitté leurs villages en raison de conflits fonciers, de Boko Haram ou encore de violence interethniques.

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