L’opération avait été présentée comme une « riposte »» à une attaque djihadiste qui avait tué 14 civils de l’armée burkinabè, laquelle annonçait, début février, avoir « neutralisé 146 terroristes » à Kain et Bahn dans le nord du pays.

Mais le président du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et du peuple, Chrysogone Zougmoré, affirme disposer de preuves qui reposent sur des témoignages des populations selon lesquels une soixantaine de civils, des éleveurs peuls en majorité, ont été exécutés de manière arbitraire.

« Sur place nous avons vérifié et les populations nous ont dit que personne n’avait été tué au niveau de leurs différentes localités. Deuxièmement, le communiqué de l’armée fait état de combat qui a abouti à la neutralisation de 146 personnes sur place. Nous avons vérifié et il n’y a eu aucun combat qui a été mené sur le terrain », explique Chrysogone Zougmoré.

Il ajoute que des « douilles de balle ont été ramassées à proximité des concessions des personnes neutralisées. La conclusion c’est que l’armée a procédé à l’extraction des personnes de leurs domiciles puis à des exécutions. « 

Human Rights Watch avait déjà accusé l’année dernière les forces de sécurité burkinabè « d’exécutions extrajudiciaires, de mauvais traitements et d’arrestations arbitraires » au cours d’opérations antiterroristes entre 2017 et 2018.

L’armée malienne accusée aussi d’avoir abattu des civils

Au Mali, les forces armées sont souvent accusées d’exécutions de civils. En mai 2018, une enquête de la MINUSMA a conclu que des éléments du bataillon malien ont tué 12 civils sur le marché à bétail de Boulkessy”, après la mort d’un soldat au cours d’une patrouille effectuée dans cette zone.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keita a répondu à ces accusations lors d’une interview accordée en février à la DW. « On leur dit qu’il faut que vous soyez efficace, mais en même temps que nul ne s’en prenne à des populations à moins qu’elles ne soient directement impliquées dans des actes terroristes. »

Ibrahim Boubacar Keita reconnait que cela n’est pas toujours évident. « Quand quelqu’un va à une foire hebdomadaire, nos éléments  sont là pour sécuriser et protéger les gens et subitement on voit un homme qui sort des Kalachnikovs des paniers supposés contenir des fruits et légumes et qu’il tue des gens. Alors là si les forces réagissent on a quoi à la Une de la presse ? Massacre de populations civiles. C’est très compliqué », estime le président malien.

Ces violations présumées commises par les forces de sécurité sous couvert d’opérations antiterroristes inquiètent Chrysogone Zougmoré, qui craint que cela puisse justifier des dérapages et des abus.

Contacté par la DW, le directeur de communication des armées burkinabè n’a pas souhaité réagir, renvoyant à un communiqué du porte-parole du gouvernement dans lequel le gouvernement dit « prendre acte » des allégations et assure que des investigations « sont en cours ».

 

 

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