Par Le Potentiel

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Le président de la République vient de taper du poing sur la table. Il conditionne tout ordonnancement des dépenses publiques à son autorisation préalable. Il dénonce les dérapages substantiels et répétés des Finances publiques et de la monnaie nationale. Il vient de dépouiller le Premier ministre, chef du Gouvernement, de ses prérogatives essentielles. Un véritable désavoeu. Il doit démissionner.

Dans une lettre N/Réf./065/2009 du 28 mai 2009 du Cabinet du président de la République, le directeur de cabinet, Adolphe Lumanu Mulenda Bwana N’sefu, sur instruction de la Haute Hiérarchie, entendez le chef de l’Etat, informe le Premier ministre, Adolphe Muzito, que « désormais, tout ordonnancement des dépenses publiques devra, avant paiement, requérir l’autorisation préalable de son Excellence Monsieur le Président de la République. Il en est de même des plans de trésorerie mensuels ».

Cette instruction, souligne la lettre en question, « est dictée par le souci majeur d’endiguer à très court terme, les dérapages substantiels et répétés des Finances publiques et de la monnaie nationale, observés au cours de derniers mois… ». La copie de cette lettre a été adressée aux ministres des Finances, du Budget ainsi qu’au gouverneur de la Banque centrale du Congo.

Il n’y a pas meilleur désavoeu du président de la République à l’endroit du Premier ministre que cette lettre qui intervient juste 24 heures après la fin de mission (du 23 au 26 mai 2009) de Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international, FMI. Cette mission émaillée par des « vérités d’un ami » consistait à obtenir du président de la République des « garanties politiques sur la bonne gouvernance » dans la perspective de la signature d’un nouveau programme économique avec le Gouvernement. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que le directeur général du FMI a présenté au président de la République des « insuffisances graves » qui caractérisent le Gouvernement Muzito tant il est vrai que lors des discussions de Washington, les négociations achoppaient sur le « plan de la trésorerie et les dépenses publiques ». « Un ami est celui qui vous conseille lorsque vous commettez des bêtises », avait clairement dit Dominique Strauss-Kahn. Les «bêtises », le chef de l’Etat vient de les relever : « dérapages substantiels et répétés des Finances publiques et de la monnaie nationale ».

Cette lettre d’instruction tombe également comme un verdict sur le bras de fer entre le Premier ministre et le gouverneur de la Banque centrale du Congo. Bras de fer marqué par l’affectation refusée de 40 millions de Fc à la BCC à titre de subvention d’équilibre comme l’exigeait le FMI, et la dispute autour de la gestion des appuis de la Banque mondiale qui, logiquement, sont affectés à la Banque centrale, mais que l’on souhaitait les voir logés dans une banque commerciale.

UNE GESTION CALAMITEUSE

La décision du chef de l’Etat ne surprend personne. C’est le contraire, donc son silence, qui aurait surpris. Tout simplement parce que la gestion du Gouvernement Muzito est calamiteuse. Elle n’est caractérisée par aucune initiative courageuse ni incitative susceptibles d’arrêter la dépréciation continue de la monnaie nationale.

Elle est également émaillée des décisions controversées autour de la gestion de l’OFIDA, à travers le partenariat avec CTC ; la réforme des Entreprises publiques, pour ne citer que ces deux cas. Mais là où la gestion du Gouvernement Muzito étonne tout le monde, c’est la constitution de son cabinet avec près de 1000 agents dont la moitié constituée des « experts ».

Un cabinet qui concurrence celui du président de la République et le gouvernement, composé d’une multitude de « super conseillers » avec rang de vice-premiers ministres, ministres et vice-ministres. Sans oublier un « porte-parole » comme si le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du Gouvernement, n’accomplissait pas avec sa satisfaction son devoir de porte-parole. On se retrouve ainsi, non pas avec « un seul mais deux gouvernements parallèles », dont l’un à la présidence comme on a l’habitude de le dire et un autre à la Primature. Du jamais vu depuis l’accession de ce pays à l’indépendance. La conséquence néfaste est là : la saignée à blanc des finances publiques. Dire que le pays est en récession et à court de ressources financières pour imposer une gestion orthodoxe.

SIGNAL FORT DU REMANIEMENT

Pour ceux qui savent lire les signes des temps, le président de la République vient de donner un signal fort sur de profonds bouleversements très attendus. Le remaniement est donc imminent et le Premier ministre, rattrapé par l’immobilisme de son gouvernement, est bel et bien sur la ligne du départ.

En fait, après réception de cette lettre, le Premier ministre devrait avoir l’élégance de déposer purement et simplement sa démission. Son cas n’a rien de commun avec « l’Affaire Kamerhe ». Il est désavoué pour sa mauvaise gestion. Premier ministre, chef de gouvernement, l’on vient de lui priver des gestes essentiels de son imperium. Que lui reste-t-il encore à faire ? La démission. Par extension, son gouvernement peut se considérer « démissionnaire ».

Il s’agit ici de l’intérêt supérieur de l’Etat. Les faits parlent d’eux-mêmes, les chiffres sont têtus et les partenaires extérieurs sont indignés par la gestion hasardeuse et calamiteuse des finances publiques. Pour preuve, la RDC est recalée alors que la prochaine session du Conseil d’administration du FMI s’ouvre à Washington le 10 juin 2009 sans se saisir du « Dossier RDC ».

S’il faut remettre le pays sur les rails, le président de la République n’a plus d’autres choix : remanier dans les meilleurs délais, dénicher des oiseaux rares. Mais surtout prouver, dans l’intérêt général de la Nation, qu’il n’est pas otage d’une alliance qui a prouvé ses limites et pourrait conduire ce pays vers un suicide collectif.

Tout pour protéger le Plan de trésorerie

La chaîne de la dépense publique est momentanément mise en veilleuse. En effet, toutes dépenses publiques, même celles filtrées par la chaîne de la dépense publique, incluant les ministères des Finances et du Budget ainsi que la Banque centrale du Congo, doivent désormais avant tout paiement requérir « l’autorisation préalable » du président de la République. Ainsi en a décidé la présidence de la République par une « instruction » sur l’ordonnancement des dépenses publiques adressée au Premier ministre et les trois principaux intervenants de la chaîne de la dépense.

La motivation de cette procédure d’exception tient à la volonté « d’endiguer à très court terme les dérapages substantiels et répétés des finances et de la monnaie nationale». De cette manière, la présidence – dépouillant le Gouvernement, donc le chef de l’exécutif d’une bonne partie de ses prérogatives – pense, par cette mesure, éviter de « compromettre les engagements de la République, souscrits auprès des partenaires multilatéraux ».

L’on se rappelle qu’en avril dernier à Washington, le bouclage du plan de trésorerie pour l’année 2009 a été l’un des points sensibles des discussions engagées avec les experts du département dans la voie d’un nouvel accord avec le FMI.

D’un besoin de financement initial de 156 milliards Fc, les travaux sur le plan de trésorerie ont permis de dégager, au plan interne, des moyens de financement de 74 milliards Fc à la suite des mesures de réduction des dépenses (report de l’unification de salaires, etc.) et de mobilisation des recettes additionnelles (vente de participations de l’Etat dans certaines entreprises, etc.). Au plan externe, des financements extérieurs à hauteur de 50 milliards Fc ont été identifiés, portant ainsi l’écart résiduel à 32 milliards Fc.

La partie congolaise a demandé au FMI de l’aider à mobiliser les moyens de financement requis, auprès des partenaires bilatéraux. Dans le nouveau cadrage, le taux budgétaire est à 825 FC/USD, le déficit de la BCC reste à 20 milliards mais le gouvernement est tenu de couvrir intégralement le solde négatif du plan de trésorerie de la BCC afin de maintenir à zéro le crédit net l’Etat. La procédure actuelle des dépenses urgentes sera remplacée par la « procédure accélérée des dépenses publiques », prévue dans la loi budgétaire. Enfin, il a été soulevé le problème de régularisation des dépenses urgentes relatives aux exercices antérieurs.

La nouvelle mesure de l’ordonnancement est bien en déphasage des options dégagées à Washington, pour des raisons que seule la présidence est en mesure de justifier. Mais, l’on estime que les querelles répétitives entre, notamment la Primature et la Banque centrale du Congo sur des fonds extérieurs alloués à la RDC pour faire face à la crise serait l’un des mobiles. De même, la forte implication du Premier ministre – ancien ministre du Budget – dans les opérations financières de l’Etat aurait motivé sa neutralisation pour protéger des rapaces le plan de trésorerie durement débattu à Washington.