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Algérie : un nouveau président élu à l’Assemblée, mais l’ancien s’accroche

Vidéo par Julien FANCIULLI

Dernière modification : 24/10/2018

L’Assemblée populaire nationale algérienne a élu un nouveau président mercredi alors que le président sortant, toujours légalement en fonction, refuse de quitter son poste.

Deux présidents pour un fauteuil. C’est la situation ubuesque dans laquelle se trouve aujourd’hui l’Assemblée nationale en Algérie. Mouad Bouchareb a été élu sans surprise, mercredi 24 octobre, président de l’Assemblée populaire nationale (APN), par 320 voix et une abstention alors que le président sortant est toujours légalement en fonction.

Mouad Bouchareb était jusqu’ici chef du groupe parlementaire du Front de libération nationale (FLN), parti du chef de l’État Abdelaziz Bouteflika, qui détient 161 des 462 sièges à la Chambre basse. Unique candidat, il était également soutenu par les 100 députés du Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre Ahmed Ouyahia et par ceux des autres partis de la majorité présidentielle. L’opposition a boycotté la séance.

Saïd Bouhadja accusé de ‘mauvaise gestion »

Le président sortant, Saïd Bouhadja, 80 ans, lui-même membre du FLN, a martelé qu’il « reste et demeure le président légal et légitime de l’APN » et dénoncé une « atteinte » à « l’État de droit », à « la séparation des pouvoirs » et au « respect des institutions ». Selon la Constitution, « le président de l’APN est élu pour la durée de la législature » et aucune procédure légale de destitution n’est prévue.

L’accusant de « mauvaise gestion », cinq partis de la majorité, dont le FLN et le RND, exigent en vain depuis fin septembre la démission de Saïd Bouhadja, élu en 2017 par l’APN issue des législatives. Ahmed Ouyahia et le secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, ont réclamé publiquement son départ. Les députés de la majorité ont argué de « l’incapacité » de Saïd Bouhadja à « assurer ses fonctions, du fait de son désaccord avec les députés et son refus de démissionner » pour constater « la vacance » du poste.

Interrogés par l’AFP, le chef du groupe parlementaire du Mouvement de la société pour la paix (34 députés) Ahmed Sadok a dénoncé « des mesures illégales pour changer le président » de l’APN, et son homologue du Front des forces socialistes (FFS, 14 députés), Saddek Slimani s’est insurgé contre « un putsch politique ».

Dans un communiqué, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, 9 députés), a qualifié le scrutin de « coup d’État contre l’institution législative » perpétré « sur instruction de l’exécutif ».

« Une situation délirante »

Selon la constitutionnaliste Fatiha Benabbou, le constat de vacance « n’a pas été établi juridiquement selon les règles » et Saïd Bouhadja reste « légalement le président » de l’APN. « Nous risquons de nous retrouver avec deux présidents » à l’APN, « un président légal et un président de fait », a indiqué à l’AFP cette professeure de droit à l’Université d’Alger, « c’est une situation délirante ».

Durant un mois, les Algériens ont assisté par médias interposés aux passes d’armes entre Saïd Bouhadja et ses détracteurs, une situation rare en Algérie, où la discipline au sein de l’ex-parti unique et de l’appareil d’État est généralement la norme.

Saïd Bouhadja a attribué ses déboires à sa décision de limoger fin septembre le secrétaire général de l’APN, réputé proche de certains caciques du FLN. Reste que les motifs réels de cette crise restent flous et toutes sortes d’hypothèses ont été avancées. L’opposition a fustigé de son côté une lutte de clans.

Avec AFP

Première publication : 24/10/2018

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