Koffi-Olomide
Koffi-Olomide

-Affaire ‘‘Koffi Olomide’’- De la révélation de la Mafia d’État à la tradition d’impunité

Le Gouvernement de Kinshasa doit s’expliquer

‘‘Ce que les Français détestent, ce ne sont pas les inégalités, ce sont les inégalités autres que celles octroyées par l’État’’ Jean-François Revel

Par Joël Asher Lévy-Cohen *

Tout a commencé par un geste banal. La Mégastar congolaise, Koffi Olomide, connue pour ses incartades et exactions, assène un violent coup de pied au ventre d’une de ses danseuses du nom de ‘‘Paméla’’. Ce scandale ahurissant se déroule à la sortie de l’Aéroport Jomo Kenyatta de Nairobi au Kenya où l’Enfant terrible de la Rumba Rock doit se produire devant un public, à vrai dire, conquis d’avance. Il y a lieu de relever que cette scène d’agression physique se déroule devant les forces de sécurité et de défense du Kenya et les autorités aéroportuaires complètement ‘‘médusées’’. Ce qui constitue, incontestablement, indubitablement, réellement, [une suprême insulte] pour le Pays d’accueil.

Filmé par des chasseurs d’images, cet acte agressif diffusé sur les réseaux sociaux devient en quelques heures un phénomène somme toute viral. Cela est d’autant plus vrai qu’il suscite, avec une célérité vertigineuse, ire foudroyante et vive indignation. Aussi suscite-t-il un concert de protestations, de réprobations à l’échelle planétaire.

Sentant la patate chaude, Koffi Olomide, en bon félin, décide de monter au créneau. Comme à l’accoutumée, il crie au complot journalistico-médiatique. Il tente par tous les artifices possibles de se faire passer pour une soi-disant victime innocente vouée aux gémonies de l’opinion publique, au lynchage des réseaux sociaux. Pour ce faire, la Mégastar congolaise fait très rapidement monter aux barricades, des soutiens peu crédibles dont sa fameuse protégée ‘‘Cindy le Cœur’’.

Suprême insulte, Koffi Olomide fait même intervenir, dans un document audiovisuel concocté à la va-vite, la pauvre victime Pamela. D’ailleurs, celle-ci déjà fort intimidée et fort traumatisée par son geste brutal ne peut que participer à une telle opération de Marketing. Cette mise en scène aux allures d’arnaque de l’opinion publique et de mascarade est montée de toutes pièces dans le strict dessein de justifier a posteriori cet odieux acte d’agression physique que nul ne peut, vraiment, tolérer sous quelque motif que ce soit.

Devant le concert de protestations nationales et internationales provoquées par le geste ‘‘répréhensible’’ de Koffi Olomide, les autorités politiques, administratives et judiciaires kényanes qui ne peuvent pas rester insensibles, décident de sévir. Celles-ci interviennent par voie d’urgence. À ce moment, elles n’ont réellement pas d’autre choix ou d’autre marge de manœuvre puisqu’elles sont pressées par la très influente militante féministe ‘‘Joyce Lay’’ et les organismes de défense des droits des femmes.

Triste épilogue, la Mégastar congolaise est finalement interpellée, détenue dans les locaux de la police judiciaire puis expulsée manu militari vers Kinshasa, la capitale administrative de la République démocratique du Congo. À cet égard, son passeport trafiqué pour avoir été établi sous un faux nom est, immédiatement, confisqué par l’Office des Migrations du Kenya, selon la version livrée aux médias nationaux par le tonitruant député national Zacharie Bababaswe Wishiya. Il convient de mentionner que ce ‘‘Représentant du Peuple’’ dont les inimitiés avec l’artiste-musicien sont un secret de polichinelle, a relayé à Kinshasa la plainte judiciaire du Gouvernement de Nairobi.

Cette sale et regrettable Affaire ‘‘Koffi Olomide’’ pose moult questions sur lesquelles le Gouvernement de Kinshasa se doit d’apporter très rapidement des clarifications et, par voie de conséquence, des réponses somme toute satisfaisantes, édifiantes pour la Collectivité publique. Il est un fait établi que, en République démocratique du Congo, la problématique de la ‘‘violence physique et morale’’ faite aux femmes est endémique. Pour ainsi dire, elle est pratiquement enracinée dans les mœurs, dans la vie sociale et culturelle du pays. C’est, par essence, une question de société, un enjeu culturel et social.

À vrai dire, cette situation fort déplorable est liée à des traditions phallocratiques et rétrogrades. En clair, ces cultures ‘‘passéistes’’ façonnent, modèlent journellement le comportement ‘‘asocial’’ de l’Homo congolensis. Elles l’enferment dans une morale empreinte de violence. Par conséquent, quelles mesures concrètes prennent-elles les autorités politiques, administratives et judiciaires pour endiguer ce phénomène de violence faite à la femme ?

Il est de notoriété publique que le chef de l’État de la République démocratique du Congo, [Joseph Kabila Kabange], est un batteur attitré de femmes. En effet, il a cette triste réputation d’agresser violemment la première dame ‘‘Olive Lembe di Sita’’ dont il se sert, en fait, de punching-ball. À maintes reprises, cette femme éplorée a été envoyée d’urgence à l’étranger (Belgique et Afrique du Sud) en vue d’y subir des chirurgies réparatrices. Celles-ci ayant pour objet de corriger ses yeux tuméfiés par la violence inouïe des coups reçus de la part d’un individu, sans aucun doute, réputé ‘‘se shooter à l’héroïne’’, à ses heures perdues.

Pourquoi, dans ce cas extrêmement précis, le procureur général de la République (PGR) ‘‘Flory Kabange Numbi’’ n’ouvre point une information judiciaire à l’encontre des agissements brutaux du président de la République ? Pourtant, ce Magistrat n’a vraiment point hésité à poursuivre devant les instances judiciaires l’artiste-musicien Koffi Olomide sous prétexte de protéger la femme congolaise. Il revient sûrement au Ministre de la Justice et Garde des Sceaux Alexis Thambwe Mwamba d’éclairer les lanternes de l’opinion publique sur les raisons majeures pour lesquelles la Justice traîne, sans doute, la patte dans ce dossier délicat.

Par ailleurs, le député national Zacharie Bababaswe Wishiya porte à la connaissance du grand public que le ‘‘passeport’’ utilisé par l’artiste-musicien Koffi Olomide pour voyager au Kenya serait, en réalité, un vrai-faux. En effet, la star congolaise aurait emprunté une fausse identité pour pouvoir voyager en raison des restrictions qui pèsent lourdement sur lui. Entendez, certes, par là la menace d’exécution du mandat d’Interpol pour nombre de crimes commis en France (viols sur personnes mineures, séquestration d’individus, maltraitance de ses danseuses et barbarie). Croit-on vraiment rêver ?

Cette Affaire ‘‘Koffi Olomide’’ n’est pas, réellement, sans rappeler une autre Affaire fort célèbre en France, ‘‘Yves Chalier’’. Il s’agit d’un fonctionnaire de l’État français, qui plus est directeur de cabinet de l’ex-ministre socialiste de la coopération et du développement ‘‘Christian Nucci’’. Le directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST) sur instruction du ministre de l’intérieur Charles Pasqua lui délivra, sous le gouvernement Chirac de 1986, un vrai passeport mais établi sous une fausse identité (Yves Navarro) dans le dessein de s’exiler au Brésil et de se soustraire à la justice française. En effet, celle-ci enquêtait sur le scandale de corruption et d’abus de biens sociaux relativement à l’organisation du ‘‘Sommet de la Francophonie’’ à Bujumbura (capitale politique et administrative du Burundi) en 1984. Cette réunion des États et Gouvernements de la planète ayant pour partage la langue française fut, d’ailleurs, tenue sous la présidence socialiste de François Marie Adrien Mitterrand.

Il est communément établi que ce sont des espions des États ou des Gouvernements qui voyagent sous des identités dissimulées. Toutefois, celles-ci sont couvertes par des passeports ‘‘réguliers’’. Il appartient au Gouvernement de Kinshasa de répondre sans tarder à cette question lancinante de savoir si l’artiste-musicien Koffi Olomide agit à titre d’espion au profit de l’État congolais. S’il n’est pas effectivement espion du Gouvernement ou de l’État, pourquoi alors lui avoir délivré un passeport avec un faux nom ? D’une part.

D’autre part, la Mégastar congolaise Koffi Olomide est, en vérité, l’objet d’un mandat d’arrêt délivré – en bonne et due forme – par l’Organisme de coopération judiciaire et policière internationale basée à Lyon, et connu sous le nom d’Interpol. Ce mandat fait suite à une plainte judiciaire déposée en France pour des cas avérés de viols, de séquestration d’individus délibérément privés de leurs libertés (mouvements) et de barbarie. D’où la question de savoir si ce fameux vrai-faux passeport dont bénéficie, généreusement, cet artiste-musicien de renommée internationale, est motivé par la volonté de l’État congolais de ne point l’extrader en France. S’il en est vraiment ainsi, cela signifie que la République démocratique du Congo se dérobe à ses obligations internationales.

Si la réponse est toutefois non, pourquoi cet État couvre-t-il systématiquement et automatiquement des crimes commis par Koffi Olomide et pour lesquels la Mégastar est évidemment recherchée ? Il sied de noter que cet artiste-musicien est, d’ailleurs, réputé louanger dans la plupart de ses chansons les dignitaires du régime de Joseph Kabila ? S’agit-il, en fait, d’une forme déguisée de corruption morale pour bénéficier d’une quelconque immunité judiciaire ? Il appartiendrait donc au Gouvernement de Kinshasa dominé sensiblement par la paire ‘‘Joseph Kabila Kabange’’ et ‘‘Augustin Matata Ponyo Mapon’’ d’apporter, sans tarder, des éclaircissements à cet égard.

Aussi reviendrait-il au Ministre des Affaires étrangères Raymond Tshibanda Ntunga Mulongo d’apporter toutes précisions utiles en vue d’éclairer l’opinion publique. En effet, celle-ci a naturellement le droit de savoir l’identité de la personne qui a établi le vrai-faux passeport de Koffi Olomide. Elle a le droit de connaître les circonstances, les motivations pour lesquelles cette attribution fantaisiste a été rendue évidente.

Cette Affaire épouvantable impliquant directement Koffi Olomide n’a pas encore fini de livrer tous ses secrets préjudiciables à l’État congolais. Elle va de rebondissement en rebondissement que l’on peut qualifier de rocambolesque. Le dernier en date est la visite rendue par la danseuse ‘‘Pamela’’, quoi que sérieusement agressée par Koffi Olomide, à la première dame ‘‘Olive Lembe di Sita’’ afin d’intercéder auprès de son mari ‘‘Joseph Kabila Kabange’’ dans le strict dessein d’accorder une mesure de grâce présidentielle à l’agresseur.

Il est un fait que la première dame du pays peut ouvrir sa porte spécialement pour des cas relevant essentiellement des activités caritatives, humanitaires ou sociales dans lesquelles elle est directement impliquée ou des projets auxquels elle est certes associée. Force est d’admettre que ces actions font, d’ailleurs, partie intégrante des entreprises de l’épouse du président. Elles sont fortement encouragées par l’État et la Nation pour soigner, par association, l’image du couple présidentiel, par ricochet le prestige de la fonction présidentielle. Y compris l’image du pays.

Ceci revient à dire que la première dame ‘‘Olive Lembe di Sita’’ qui n’a, à vrai dire, aucune fonction officielle, ne peut en aucun cas être sollicitée afin d’interférer dans l’exercice de la fonction présidentielle.

Devant cet impair de plus qui démontre, certes, que la République démocratique du Congo fonctionne à l’image d’une république bananière, le procureur général de la République se doit d’interpeller immédiatement ‘‘Pamela’’ pour connaître l’identité de toutes personnes qui l’ont directement poussée à solliciter la première dame afin de s’immiscer dans l’exercice de la fonction présidentielle. Cela est d’autant plus vrai que la grâce est, par essence, une prérogative ‘‘régalienne’’. Il appartient au seul chef de l’État. Il n’a pas à partager cette attribution lui reconnue par la Constitution avec quiconque, fût-elle son épouse légitime voire même putative.

Pourquoi cette interpellation de la fameuse ‘‘Pamela’’ par le procureur général de la République (PGR) Flory Kabange Numbi ? En effet, il se peut que certaines mesures de grâce présidentielles aient été accordées à des individus sous l’influence directe de la première dame. Or, celle-ci ne fait assurément pas partie de l’appareil politique de l’État ni du cabinet du chef de l’État. ‘‘Être première dame du pays ne signifie pas être conseiller politique ou juridique du président de la République voire patron direct du chef de l’État à qui elle doit intimer des ordres comme bon lui semble’’.

Il se peut également qu’il s’agisse d’un système bien établi, donc bien huilé. Il se peut qu’il s’agisse d’un système qui échappe complètement au contrôle réel de l’État. Il se peut qu’il s’agisse d’un système vénal impliquant bien des acteurs véreux qui se font rétribuer grassement.

À ce niveau, le Gouvernement doit inéluctablement s’expliquer devant la Nation. Il se doit, par conséquent, d’éclairer l’opinion publique. Il doit rassurer complètement les Citoyens qu’il y a un véritable État en République démocratique du Congo, lequel fonctionne de manière responsable.

Devant ce qu’il convient de qualifier de trafic d’influence de type maffieux au cœur de l’État congolais, il revient aux Parlementaires de la République démocratique du Congo de se saisir rapidement de ce dossier brûlant. Il leur revient de diligenter une enquête publique pour déterminer avec exactitude le principal ordonnateur de cette Mafia. Aussi leur revient-il de déterminer toutes ses ramifications souterraines.

Joël Asher Lévy-Cohen

Journaliste indépendant