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“Mbata ya bakolo” : au Congo, la vie sans les “Zaïrois” de RDC

CONGOLAI REFOULESComment vivre sans les “Zaïrois” ? Lancée début avril, l’opération “Mbata ya bakolo” (“La gifle des aînés” en lingala) a laissé des traces dans les grandes villes du Congo. Le dispositif devrait être prochainement renforcé à Brazza et étendu à l’ensemble des clandestins dans tout le pays.
Président de l’association des musiciens chrétiens de Pointe-Noire, Roguel Princia estime que les églises sont devenues des “déserts” : “Certaines assemblées ont nommé pasteur au hasard dans la foule un fidèle qui ne connaît que deux ou trois versets bibliques ! Dans les marchés aussi, l’activité est en baisse. Contrairement à nous autres, Congolais, qui attendons tout de l’État, les Zaïrois, eux, créent de petits emplois.”
Vice-président de l’association des ressortissants de RDC à Pointe-Noire, William Katanga précise : “Les porteurs, les maçons ou les menuisiers se font rares. Et certains propriétaires ont du mal à louer leurs précaires maisons en planches…” Habitant à Brazza, Estelle* observe, amusée : “Avant, ça gênait les Congolais de faire nos métiers sales de Zaïrois (balayeur, tailleur d’ongles, etc.). Aujourd’hui, ils se rendent compte que cela paye !”
Une évolution encore timide qui, selon elle, ne suffit pas à contrer les effets négatifs des départs de ses compatriotes. “Beaucoup d’entre eux traversaient avec des produits dorénavant rares et chers. Les prix du poisson ou du poulet ont presque doublé. Ceux des produits de beauté ont triplé.”
>> Lire L’opération Mbata ya bakolo en 10 questions
Baisse présumée de la délinquance
Actuel député de Poto-Poto (quartier au cœur de Brazza) du Parti congolais du travail (PCT) au pouvoir, Jean-Claude Alban Ollingo Oniangué relativise : “Les Zaïrois tenaient des restaurants pour leurs compatriotes. Quant aux commerçants, ils revendaient plus cher dans la rue des produits chinois que nous pouvons nous procurer ailleurs ! En tout cas, au niveau sécuritaire, les prostituées, les fumeurs de chanvre et les voleurs sont moins nombreux.”
Un avis évidemment partagé par le colonel Jules Monkala Tchoumou, directeur central de la Sécurité publique et porte-parole de la police au Congo Brazzaville, sans pour autant avancer le moindre chiffre attestant de cette baisse présumée de la délinquance. Estelle, elle, trouve dangereux de tirer sur la corde xénophobe : “Une compatriote partie à Kin faire ses papiers a voulu reprendre sa place au marché. Les Congolaises s’y sont opposées, en disant que, en ordre ou pas, elles ne voulaient plus d’elle désormais ici.”
*Le prénom a été modifié
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Emmanuel de Solère Stintzy
350 000 retours en RDC
Près de 350 000 Zaïrois repartis volontairement en RDC (entre 50 et 100 par semaine actuellement) et 2 000 environ, en situation irrégulière, expulsés. Tel est le bilan de “Mbata ya bakolo” (“La gifle des aînés”) communiqué en octobre par la police du Congo Brazzaville. À ce dispositif lancé début avril et toujours en cours, s’est greffée depuis juillet à Brazza “Longwa na nzéla” (“Dégage de la voie”), application d’un décret de 2011 obligeant les chauffeurs de transports publics à être des nationaux.
Depuis fin juin et l’annonce du déploiement imminent, mais pas encore effectif, de “Mbata ya bakolo” à Pointe-Noire, Dolisie et Nkayi, plus de 15 000 Zaïrois de ces trois villes auraient, eux aussi, pris le chemin du retour. En sens inverse, 200 à 300 clandestins sont déjà revenus à Brazza, parfois au péril de leur vie. Dernièrement, 9 d’entre eux sont morts par noyade après que leur bateau a chaviré. Fin octobre, “La gifle des aînés” sera étendue à toutes les villes du pays et aux clandestins de toutes nationalités. Les contrôles à Brazza seront également à nouveau renforcés.
Jeuneafrique

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