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L’UDPS en quête de stratégie

felix-L’UDPS a-t-elle décidé de sortir de son silence ? Dans un entretien à Afrikarabia, Félix Tshisekedi promet une nouvelle stratégie pour contrer le régime de Joseph Kabila et la fin du « mutisme » de l’UDPS.

Le principal parti d’opposition congolais apparaît plus affaibli que jamais. Depuis la réélection contestée de Joseph Kabila en novembre 2011, l’UDPS s’est muré dans un silence assourdissant, pratiquant le boycott de l’Assemblée nationale, ou des Concertations nationales initiées par le pouvoir. Une politique de la chaise vide qui n’a pas permis au leader du parti, Etienne Tshisekedi, 81 ans, de s’imposer comme le patron de l’opposition. Le « sphinx de Limete » s’est autoproclamé président de la République démocratique du Congo en lieu et place de Joseph Kabila. Et même si le scrutin chaotique de 2011 est considéré comme « non crédible » par la communauté internationale, Tshisekedi s’est isolé dans son rôle de « président » sans pouvoir, que tout le  monde a fini par ignorer. Certains de ses cadres ont préféré quitter le navire pour siéger à l’Assemblée nationale ou participer aux Concertations.

Pendant ce temps, deux « jeunes loups » de l’opposition ont profité de ce vide médiatique pour s’imposer sur le devant de la scène. Le premier s’appelle Martin Fayulu. Le chef de l’Ecidé a lancé une pétition, « Sauvons le Congo« , demandant la démission du président de la commission électorale (Ceni), Apolinaire Malu-Malu, avec un certain retentissement. Le second est Vital Kamerhe, le président de l’UNC,  qui s’est taillé un costume de « super opposant » après les mésaventures de sa « caravane pour la paix » dans l’Est du pays (voir notre article). Dans ce contexte, l’UDPS et son leader vieillissant cherchent à rebondir. Le fils d’Etienne Tshisekedi, Félix, nous a accordé un entretien depuis Bruxelles sur l’avenir du premier parti d’opposition congolais.

– Afrikarabia : L’UDPS n’est plus vraiment audible aujourd’hui dans l’opposition congolaise. Allez-vous continuer votre stratégie du silence ?

– Félix Tshisekedi : Nous allons désormais nous faire entendre. Il y a deux semaines, ici en Belgique, nous avons réuni tous les responsables de l’UPDS de l’extérieur. Nous avons passé en revue tous nos problèmes. Très bientôt nous enverrons une délégation à Kinshasa, que je vais conduire, et qui va rencontrer le président (Etienne Tshisekedi, ndlr) pour voir ce qu’il y a lieu de faire. Je vous le promets, on entendra parler de nous.

– Afrikarabia : Vous avez refusé que les députés de l’UDPS siègent à l’Assemblée nationale ainsi qu’aux Concertations lancées par le président Joseph Kabila. Allez-vous continuer à tout boycotter ?

– Félix Tshisekedi : C’est pour ces raisons que nous nous sommes réunis à Bruxelles,  pour analyser toutes ces prises de position et voir dans quelles mesures on peut en revoir certaines ou en requalifier d’autres. Ce n’est pas à moi de dire ce qu’il faudra faire, cela reviendra à notre président. Mais je peux vous certifier qu’à l’avenir la position de l’UDPS sera entendue et défendue.

– Afrikarabia : Le silence de l’UDPS c’est donc fini ?

– Félix Tshisekedi : Le mutisme c’est fini. Nous allons communiquer, expliquer pourquoi il y a eu ce mutisme. Nous communiquerons beaucoup plus.

– Afrikarabia : Dans le contexte d’un nouveau gouvernement d’union nationale, l’UDPS pourrait-elle y participer ?

– Félix Tshisekedi : Il n’est pas question pour nous d’entrer dans un quelconque gouvernement d’union nationale. Nous sommes toujours sur le contentieux électoral de 2011. Nous estimons avoir gagné les élections et tout ce que fait Kabila et son camp n’est qu’imposture. Ce nouveau gouvernement d’union nationale sera illégitime pour nous.

– Afrikarabia : Allez-vous vous rapprocher d’autres partis d’opposition comme le MLC de Jean-Pierre Bemba, toujours détenu à la Cour pénale internationale de La Haye ?

– Félix Tshisekedi : Pour le moment, c’est une option qui n’est pas levée avec le MLC ou tout autre parti. L’UDPS est ouverte à toutes les discussions pour voir si cela vaut la peine de constituer des alliances ou pas.

– Afrikarabia : Pourriez-vous vous rapprocher de l’UNC de Vital Kamerhe ?

– Félix Tshisekedi : Je vous ferais la même réponse. Nous échangeons de temps et temps, mais il n’y a pas d’alliance formelle.

– Afrikarabia : Il paraît peu probable qu’en 2016, votre père, Etienne Tshisekedi qui a 81 ans, décide de se représenter à l’élection présidentielle. Comment allez-vous aborder ces nouvelles échéances électorales ?

– Félix Tshisekedi : Peu probable, c’est vous qui le dites. L’avenir appartient à Dieu. Mais que ce soit Etienne Tshisekedi ou un autre, l’UDPS prendra rendez-vous aux prochaines élections, si elles sont démocratiques et transparentes.

– Afrikarabia : Un congrès du parti est fixé pour 2015, la succession d’Etienne Tshisekedi est-elle à l’ordre du jour ?

– Félix Tshisekedi : Pour le moment, non. Notre prochain congrès n’a pas pour vocation de trouver un successeur à Etienne Tshisekedi, mais de lever les grandes options politiques.

– Afrikarabia : Vous seriez prêt pour assurer la relève à la tête de l’UDPS ?

– Félix Tshisekedi : La relève, ce n’est pas qu’une seule personne. La relève ce sont toutes les personnes qui ont accompagné Tshisekedi dans son combat. La relève reposera sur les épaules de toute une génération : la génération Tshisekedi.

– Afrikarabia : Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2016, souhaitez-vous un positionnement plus clair de Joseph Kabila, que la Constitution actuelle interdit de briguer un nouveau mandat ?

– Félix Tshisekedi :  Pour nous Kabila est éliminé depuis 2011, il n’a plus à se représenter. Mais nous avons des informations qui nous indiquent que Joseph Kabila est en train de préparer un référendum pour soumettre à la population une modification de la Constitution. C’est une manoeuvre politique supplémentaire destinée à provoquer les Congolais et nous en tirerons les conséquences qu’il faudra.

Propos recueillis par Christophe RIGAUD – Afrikarabia

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