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L’opposition, rencontrée par Didier Reynders, veut aller de l’avant. Mais…

Par La Libre 29/03/2012)

-L’opposition, rencontrée par Didier Reynders, veut aller de l’avant. Mais personne n’est pressé de “tourner la page” trop vite sur le scandale électoral.

L’annonce par Didier Reynders de la construction prochaine d’une nouvelle chancellerie a ravi la communauté belge, conviée mardi soir par l’ambassadeur à une réception en l’honneur du ministre. L’annonce, récurrente depuis environ cinq ans, ne concerne encore qu’un vaste terrain donnant sur le boulevard du 30 juin et occupé par quelques villas défraîchies. C’est donc à la résidence actuelle, sur la rive du fleuve, que Didier Reynders a reçu les représentants élus de trois partis de l’opposition congolaise.

Volontairement discrets, les deux représentants de l’UDPS d’Etienne Tshisekedi n’ont pas tenu à s’exprimer publiquement. MM. Masamba et Badibanga ont préféré se limiter à affirmer qu’ils ne voulaient pas “polémiquer” ni “tout griller par une interview ratée”.

“Ils font partie des 38 députés de l’UDPS qui ont décidé de siéger”, explique un représentant du ministère des Affaires étrangères. Sur les 41 mandats reconnus au parti de Tshisekedi, trois sont détenus par la “frange dure”, comme la décrit un conseiller belge. “Ceux qui ne siègent pas sont de la famille de Tshisekedi. Ceux qui sont venus à la résidence joueront leur rôle démocratique. Ils veulent essayer d’obtenir des résultats tangibles”, poursuit-il, avant de regretter que “jusqu’il y a deux jours, nous avions aussi l’accord de cette frange dure” pour rencontrer M. Reynders.

Moins timides, les représentants du MLC, le parti de Jean-Pierre Bemba, et de l’UNC, celui de Vital Kamerhe, traversent, tout sourire, la pelouse de la résidence belge. Thomas Luhaka, secrétaire général du MLC, signale qu’il a “demandé à Didier Reynders de contribuer à l’installation d’un véritable dialogue républicain et d’empêcher que se reproduisent les problèmes constatés lors de l’élection”. La visite belge légitimise-t-elle le président Kabila? “Bien sûr que non, la visite indique que la Belgique aimerait qu’une solution soit trouvée à ce que les animateurs du pouvoir appellent malaise et que l’opposition nomme crise”.

Jean-Bertrand Ewanga ne dit pas autre chose. “Il faut se mettre autour d’une table pour résoudre un problème sérieux. Il y a un message clair du peuple, qui veut une coalition.” Après avoir réaffirmé qu’il considère que “Joseph Kabila n’a pas gagné”, le secrétaire général de l’UNC évoque une “page tournée. On ne va plus recompter les voix mais résoudre les problèmes du pays”. Mais “sans se jeter à l’eau, car il y a beaucoup de crocodiles”. “Le peuple congolais est le plus grand perdant de l’élection. Pour que l’opposition s’implique, il faut qu’il y ait des engagements pour lutter contre l’impunité, contre la corruption, contre les violations des droits de l’homme.”

Le lunch du ministre des Affaires étrangères, consacré la veille à la rencontre de membres de la majorité présidentielle, était cette fois centré sur la société civile. Pour celle-ci, la “page” de la présidentielle et de ses irrégularités ne doit pas être tournée trop rapidement. Dismas Kitenge, président du Groupe Lotus (droits de l’homme), se félicitait d’avoir pu donner des informations au ministre belge concernant les irrégularités, les violences, l’absence d’Etat de droit, l’absence de protection des défenseurs des droits de l’homme et l’impunité des agresseurs. Ayant vu sa propre résidence incendiée en janvier, il voit en Didier Reynders un moyen de s’adresser au président Kabila. “Le Président ne nous est plus accessible depuis plusieurs années. La société civile n’a plus l’occasion de le rencontrer. Suite à l’assassinat du défenseur des droits de l’homme Chebeya, nous nous sommes adressés au ministre de la Justice pour lui demander qu’il condamne les actes de ce genre. La demande a-t-elle été transmise? Est-il resté silencieux de lui-même? Nous n’en savons rien.”

Tshivis Tshivuadi, secrétaire général de l’organisation Journalistes en danger, met en garde contre le calme apparent: “Il faut se méfier des apparences. Le vécu de la population est un véritable calvaire. Le pays n’est pas à l’abri d’un mouvement qui surprendrait tout le monde. Le sentiment actuel n’est pas la résignation, mais la répression fait son effet. Cependant, quand les gens ont véritablement faim, on ne peut les maintenir dans le calme longtemps”.

Envoyé spécial à Kinshasa

Gilles Milecan

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