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Libye : le régime de Kadhafi vacille

Source:LEMONDE.FR avec AFP et Reuters

Mouammar Kadhafi, en juin 2009 à Rome. La localisation du leader libyen est toujours inconnue, lundi 21 février.

La situation en Libye menace de dégénérer. Après une nouvelle journée de manifestations contre le régime de Mouammar Kadhafi,  lundi 21 février, les émeutes ont gagné la capitale, Tripoli, pour la première fois depuis le début des troubles.

Selon Al-Jazira, qui cite des témoins sur place, des avions de l’armée de l’air libyenne ont ouvert le feu à munitions réelles sur des manifestants dans de nombreux sites de la capitale. Les autorités libyennes ont parlé d’une opération contre “ceux semant la terreur” menée à Tripoli. “Ce à quoi nous assistons aujourd’hui est inimaginable. Des avions et des hélicoptères de l’armée de l’air bombardent aveuglément un secteur après l’autre. Il y a de nombreux morts”, a déclaré un habitant cité par la chaîne.

D’autres témoins ont rapporté des affrontements meurtriers dans les quartiers Fachloum et Tajoura à Tripoli, l’un d’eux qualifiant les évènements de “massacre”. “Des hommes armés tirent sans distinction. Il y a même des femmes qui sont mortes”, a-t-il précisé, ajoutant que les mosquées du quartiers diffusaient des appels au secours par le biais de haut-parleurs.

Selon la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme (FIDH), plusieurs villes du pays seraient tombées aux mains des manifestants à la suite de défections dans l’armée : Benghazi, Syrte – dont la chute a été démentie par des témoins – Tobrouk, Misrata, Khoms, Tarhounah, Zeiten, Zaouia et Zouara.

Les manifestants sont soutenus par une coalition de dignitaires musulmans libyens, le Réseau des oulémas libres de Libye, qui a appelé tous les musulmans à se soulever contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi. Le très influent théologien qatari d’origine égyptienne cheikh Youssef Al-Qardaoui a émis lundi une fatwa, appelant sur la chaîne Al-Jazira l’armée libyenne à assassiner Mouammar Kadhafi : “Que quiconque de l’armée libyenne peut tirer une balle sur Mouammar Kadhafi pour en débarrasser la Libye, le fasse”, a-t-il déclaré.

>> Revivez les évènements de la journée de lundi

Le bilan des affrontements s’alourdit. La chaîne Al-Arabiya rapporte que 166 personnes ont été tués dans la seule journée de lundi à Tripoli. Cela viendrait s’ajouter au bilan de la FIDH, qui fait état de “entre 300 et 400 morts, probablement plus près de 400” pour les cinq derniers jours. Une autre ONG, Human Rights Watch, avait fait état, dans la matinée, d’un bilan d’au moins 233 morts.

>> Lire : “La population libyenne est prête à risquer sa vie pour voir ses revendications aboutir”

A Benghazi, lundi 21 février.

A Benghazi, lundi 21 février.AP/Alaguri

Démission du ministre de la justice, Kadhafi introuvable. Le colonel Mouammar Kadhafi, qui exerce depuis quarante-deux ans un pouvoir sans partage, reste silencieux, mais son fils, Saïf Al-Islam, a estimé dimanche soir que le pays était au bord de la “guerre civile” et que l’armée ferait respecter l’ordre à n’importe quel prix, quitte à provoquer un “bain de sang”.

>> Lire : Saïf Al-Islam, glaive et bouclier de Kadhafi

Preuve de l’instabilité qui touche le pays, le ministre de la justice, Moustapha Abdel Jalil, a démissionné de son poste “pour protester contre l’usage excessif de la force” contre les manifestants, a rapporté le journal Kourina dans son édition en ligne. Des militaires ont également fait défection, à l’image de deux pilotes de l’armée de l’air qui ont fui vers Malte. L’ensemble de la mission libyenne aux Nations unies a démissionné, à l’exception de l’ambassadeur. Ils ont demandé à Mouammar Kadhafi de quitter le pouvoir, ou “le peuple libyen se débarassera de lui”.

Les interrogations sur la localisation du dirigeant libyen existaient encore, lundi. Le ministre des affaires étrangères britannique, William Hague, a déclaré que le colonel pourrait avoir fui et être en route vers le Venezuela, pays allié de la Libye. Information démentie peu après par des sources gouvernementales vénézuéliennes et par le vice-ministre libyen des affaires étrangères, Khalid Kayem. Un responsable du gouvernement libyen a finalement affirmé que le colonel se trouvait toujours en Libye.

Mouammar Kadhafi, en juin 2009 à Rome. La localisation du leader libyen est toujours inconnue, lundi 21 février.

Mouammar Kadhafi, en juin 2009 à Rome. La localisation du leader libyen est toujours inconnue, lundi 21 février.AFP/FILIPPO MONTEFORTE

La communauté internationale appelle au calme. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a appelé Mouammar Kadhafi à faire cesser les violences contre les manifestants. M. Ban “a réitéré son appel au respect des libertés fondamentales et des droits de l’homme, y compris le droit de réunion et à l’information”. “Il a demandé aux autorités (libyennes) de s’engager dans un large dialogue pour répondre aux préoccupations légitimes de la population”, a relaté son porte-parole.

Le président français Nicolas Sarkozy, tout comme le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi, ont condamné “un usage inacceptable de la violence” contre la population civile.

Les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne ont aussi condamné la répression dans un communiqué et la France a renouvelé son appel à “la cessation immédiate des violences” et “au respect du droit de manifester pacifiquement”. Le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a de son côté appelé la Libye à mettre fin aux répressions contre des civils non armés et à répondre aux “aspirations légitimes” à un changement démocratique. De la même façon, le chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, a appelé à “cesser toutes les formes de violence”.

>> Voir : Manifestations de soutien au peuple libyen dans le monde

Des manifestations anti-Kadhafi ont eu lieu devant des ambassades libyennes, lundi 21 février, dont celle de Berlin.

Des manifestations anti-Kadhafi ont eu lieu devant des ambassades libyennes, lundi 21 février, dont celle de Berlin.AP/Markus Schreiber

Les rapatriements se multiplient. Les pays européens réfléchissent à une évacuation générale de leurs citoyens. Lundi, un avion militaire portugais et un autrichien étaient en route pour Tripoli pour rapatrier leurs ressortissants ainsi que des citoyens d’autres pays de l’Union européenne. La France “étudie les moyens d’aider les Français” à quitter la Libye, a déclaré lundi soir le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Bernard Valero. “II est demandé à tous les Français de se signaler à l’ambassade et de rester joignable en permanence”, a-t-il ajouté

Sans attendre la position européenne, les entreprises étrangères présentes en Libye ont commencé à rapatrier leurs salariés. Parmi les pétroliers, l’Italien ENI, les Français Total et Vinci, le Britannique BP, le Norvégien Statoil et les Allemands Wintershall et RWE Dea ont procédé à l’évacuation de leur personnel “non essentiel”.

Selon l’armée autrichienne, l’espace aérien au-dessus de Tripoli aurait été fermé lundi soir.

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