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Les concertations politiques intercongolaises sur la cohésion nationale : Un dialogue pour échouer ?

 Parlementaires-Les problèmes éthiques sérieusement posés par la convocation desdites assises                                                                                                                                            ‘‘On ne dîne pas avec le Diable, même avec une très longue cuillère’’.

Lorsqu’on scrute, avec un oeil serein, la vie politique de la République démocratique du Congo, il se dégage évidemment un constat sans appel : ‘‘les Congolaises et Congolais vouent irrémédiablement un culte sans borne à des grand-messes politiques’’. Ils adorent de grands rassemblements, de grandes réunions. Héritages, certes, de la tradition primordiale africaine de l’arbre à palabres, ces forums nationaux n’apportent absolument rien du tout à l’existence de la Collectivité publique, tout comme à la vie de la Communauté immédiate.

Dans ces concertations politiques, on parle à n’en pas finir. Le plus souvent, les participants tournent autour du pot. Cet exercice leur permet tout simplement de passer du temps. Pour eux, c’est en réalité une occasion de tuer le temps, de poireauter indéfiniment, de n’accomplir rien qui vaille véritablement la peine. D’ailleurs, aucune solution viable pour le pays n’y émerge en réalité. À l’ère tyrannique du Mobutisme impénitent, toutes ces méga-réunions étaient, à n’en pas douter, un prétexte fallacieux à des congés qui permettaient aux Citoyens du Mouvement populaire de la Révolution (MPR), plutôt transformés en esclaves politiques, en oisifs et en béotiens de service, de vaquer à d’autres occupations futiles.

Mais, depuis la tenue de la Conférence nationale souveraine (CNS) qui a pratiquement eu cours pendant deux ans, de 1991 à 1993, les grandes réunions politiques sont devenues, à vrai dire, un moyen de gagner sa vie, à défaut d’un travail rémunérateur. Dans un pays exsangue où l’outil de travail est pratiquement inexistant, ces concertations politiques au niveau national sont plutôt devenues un moyen de nouer les deux bouts du mois. Elles sont réellement devenues un moyen de s’assurer matériellement des revenus qui font défaut à l’individu congolais complètement chosifié et réduit au statut de mendiant. C’est-à-dire : à sa plus simple expression. C’est la raison pour laquelle l’ensemble, si pas la très grande majorité, des délégués à ces forums intercongolais s’arrangent toujours à ce que ces concertations politiques nationales perdurent dans le temps. Ce subterfuge politique aux allures de calcul socioéconomique leur permet de vivre pendant un laps de temps suffisamment long aux crochets de la Collectivité publique et au détriment de la population. Comme quoi la mendicité politique a encore de belles années devant elle !

Avec une telle vision matérialiste des Assises politiques, qui met en relief la vulnérabilité caractérisant et personnifiant l’être congolais visiblement prédisposé à la mendicité et à la corruption, il ne fait résolument aucun doute que rien de

bon, voire de solide, puisse sortir directement du Dialogue intercongolais sur la cohésion nationale. Cela est d’autant plus vrai que bon nombre de délégués à ces négociations politiques intercongolaises seront moins préoccupés par les affaires publiques de l’État voire administratives de la Cité que par les appels incessants de leurs tubes digestifs. À preuve, à Sun City et à Pretoria en République Sud-Africaine (RSA), les participants à ces concertations politiques, se contentant uniquement de leurs per diem, brillaient magistralement par leur absentéisme. D’ailleurs, la majorité de leur temps était consacré[e] à écumer le centre-ville pour faire des achats dans des magasins de luxe et supermarchés qui excitaient à n’en plus finir leur libido consumériste. La seule vue de toutes ces Cathédrales économiques destinées à la consommation des biens marchands provoquait immédiatement leur avidité des gadgets [

la boulimie

].

Par ailleurs, Dieu seul sait également combien d’hôtels de ce pays austral trop accueillant ont été littéralement vidés de leurs effets et garnitures. Draps, couvertures, alaises, oreillers, etc. Y compris des biens mobiliers ! Pauvreté aidant, ceux-ci n’ont rien oublié au passage. Comme dans un restaurant asiatique, ils se sont vraiment servis à volonté !

 

À Goma, dans le cadre du processus de paix Amani de 2009, les Congolais menaçaient de ne pas participer aux diverses commissions dès lors que leurs primes tardaient ou n’étaient guère versées. Récemment à Kampala et à Addis-Abeba, dans le cadre de la Conférence internationale des pays des Grands Lacs chargée d’apporter la paix au Grand Kivu, des traces indélébiles d’officiels congolais, membres du gouvernement et de l’Opposition confondus, étaient extrêmement visibles dans des maquis. C’est-à-dire : ceux-ci étaient plus assidus dans des snack-bars ou restaurants africains dont la spécialité culinaire est la préparation des poulets, poissons et viandes de chèvres braisés, que dans des salles de réunion.

 

Comme ils sont souvent sans travail rémunérateur, donc sans revenus conséquents leur conférant l’indépendance et la dignité, les délégués à ces concertations politiques intercongolaises sont manifestement prédisposés à la corruption, d’ailleurs, alimentée et entretenue par le pouvoir politique et gouvernemental dont l’irresponsabilité et l’incivisme ne sont plus à démontrer. Cependant, en raison de leur vulnérabilité, ces émissaires acceptent – [

 

 

comble du ridicule

] – des sommes dérisoires, insignifiantes. Contrairement aux gros bonnets qui se contentent des sommes mirobolantes. Celles-ci sont toujours distribuées en espèces sonnantes et trébuchantes par un démarcheur du pouvoir. À ce propos, les négociations politiques intercongolaises à Sun City, une station balnéaire au nord de Pretoria, la capitale politique et administrative de la République Sud-Africaine, livrent une multitude d’exemples probants relativement à la conclusion du pacte sectaire et clandestin de l’Hôtel des Cascades.

Il importe de mentionner que les principaux signataires dudit accord partiel et exclusif sont bien entendu l’imposteur Joseph Kabila Kabange pour le camp du pouvoir de Kinshasa et l’affairiste Jean-Pierre Bemba Gombo pour le compte du Mouvement de libération du Congo (MLC). Cette entente pirate a été finalement appuyée par nombre de sans domicile fixe (SDF) de l’Opposition alimentaire. Aussi a-t-elle été appuyée par bien des mendiants certifiés de la société civile.

 

Ce qui est clair, Joseph Kabila Kabange qui est véritablement dos au mur, souhaite à n’en pas douter les concertations politiques intercongolaises non pas pour résoudre les questions saillantes qui se posent d’ailleurs crûment à la société nationale mais plutôt pour sauver sa peau politique grignotée par l’absence de légitimité qui entache profondément son pouvoir moribond et évanescent. Celui-ci voudrait réellement profiter de cette tribune populaire dans le but de réussir absolument le fameux coup de Jarnac de Sun City. En fait, son souci immédiat consiste à engager irréversiblement la République démocratique du Congo sur la voie de la énième Transition politique où il devrait finalement être, d’après le scénario concocté par certaines officines étrangères, le seul pilote à bord du véhicule congolais pendant trois ans. Ce qui lui permettrait bien sûr, avec l’adoption de la nouvelle mouture constitutionnelle, de se prévaloir d’un autre mandat

 

présidentiel, de concourir à une autre joute électorale où il serait bien entendu le seul et unique prétendant à sa propre succession. C’est-à-dire son seul et unique successeur.

 

À cet effet, Joseph Kabila Kabange qui est visiblement doté d’un air chafouin, table absolument sur le fait qu’il dispose effectivement d’une puissance de feu pour terroriser indéfiniment la classe politique, en particulier, et la population, en général. Cet avantage matériel indéniable lui permet de jouir donc d’un ascendant psychologique sur ses adversaires. Aussi table-t-il sur sa force de frappe financière, laquelle résulte sans aucun doute de sa mainmise sur l’ensemble des instruments économiques et financiers de l’État. Ce qui lui permet d’acheter, notamment, des consciences et de boucler le bec à tous ses concurrents pataugeant sans cesse dans des difficultés matérielles puisque ne bénéficiant d’aucun subside de l’État ou d’aucune assistance privée ou publique extérieure.

 

Une autre tare qui affecte négativement le bon déroulement des travaux de diverses commissions mises en place dans le strict cadre desdites négociations politiques intercongolaises, est la qualité même des participants. À l’exception des membres de l’UDPS dont certains caciques sont devenus des transfuges du CDPS, ceux-ci se présentent très souvent dans ces forums politiques avec des dossiers mal ficelés ou mal préparés. Tout comme ils n’ont pas du tout de dossiers à verser au Bureau chargé de présider lesdites commissions.

 

D’ailleurs, la plupart des délégués censés représenter les organisations politiques et sociales accréditées ne sont pas, à vrai dire, qualifiés à siéger dans ce genre de Concertations nationales. D’autant plus qu’ils n’ont pratiquement pas le niveau suffisant pour comprendre et débattre des matières y retenues, ceci en vertu de l’inversion de la pyramide de compétences techniques et professionnelles en cours au pays, d’une part. Et, d’autre part, ceux-ci n’ont pas en réalité et ce dans la plupart des cas, d’envergure nationale. Ils sont généralement membres et même à la tête d’organisations politiques ou sociales fantômes. À vrai dire, celles-ci ne disposent pas de militants de base ou adhérents. Sur le terrain, leur action ou entreprise n’a aucun impact significatif ou notable. D’autant plus que leur réalité palpable ne se limite qu’au seul document administratif qui agrée leur existence !

 

Par ailleurs, ces délégués sui generis sont très souvent fabriqués de toutes pièces ‘‘participants’’ dans le but d’orienter les résultats finals desdits pourparlers politiques. Ceux-ci reçoivent effectivement de leurs commanditaires indélicats qui leur promettent avantages matériels de toutes sortes, y compris un maroquin, le mandat de faire basculer l’issue de ces Assises dans le sens des phantasmes du gouvernement et des desiderata du chef de l’État. Bien entendu, ceci en couverture des préoccupations évidemment émises par de puissants intérêts étrangers. Il ya lieu de souligner que le dirigeant normalement commis aux manettes du pays, affecté au gouvernail de la Collectivité publique a, vraiment, tout intérêt à noyauter ces concertations politiques nationales, à les torpiller, s’il veut continuer à régner indéfiniment à la tête de la République démocratique du Congo. Cela est d’autant plus vrai qu’il incarne sur-place leur volonté mesquine. Sur le terrain local, il est incontestablement leur représentant ou fondé de pouvoir.

 

En guise de cerise sur le gâteau, aucune solution congolaise ne prime vraiment dans ce type de sommets politiques. Aucune solution congolaise n’émerge réellement de ce genre d’exercices pourtant démocratiques en apparence. Dans la majorité des cas, les solutions retenues viennent directement des puissances autres que congolaises. Elles sont en fait le fruit des intérêts extérieurs dont l’obsession primordiale est de garder une mainmise sur le destin compromis et scellé de la République démocratique du Congo. Ces puissances occultes agissant souventes fois dans l’ombre veulent coûte que coûte au sommet dudit État un pouvoir résolument faible, une présidence sensiblement archi-corrompue. Elles veulent d’une autorité politique et gouvernementale qui leur obéit non seulement à la baguette mais encore au doigt et à l’oeil. En d’autres termes, elles veulent incontestablement d’un laquais, d’un véritable valet ou homme lige.

 

Certes, “Qui mange à la gamelle du Diable a besoin d’une longue cuillère.”, affirme sagement un Proverbe écossais. Cependant, la morale sociale voudrait que ‘‘l’on ne mange pas à la table du Diable, même avec une cuillère en chabots de bois’’. Car, ‘‘celui qui embarque avec le Diable doit faire la traversée avec lui’’. Ce qui présage, à n’en pas douter, des déplacements oh ! Combien problématiques.

 

Par conséquent, cela signifie tout simplement que ça ne vaut même pas la peine de se présenter à ces concertations qui sont déjà biaisées voire même scellées d’avance. À cet égard, il y a absolument nécessité de comprendre les états d’âme de celles et ceux qui refusent catégoriquement de participer auxdites assises politiques et nationales. En effet, celui qui est sensé les convoquer n’a en vérité ni force ni autorité morale lui permettant de jouer ce rôle sacré. Surtout pour avoir saboté la sacrosainte souveraineté populaire, piétiné les droits humains fondamentaux et muselé le Peuple congolais.

 

Toutefois, Aller au Dialogue intercongolais, est-ce en réalité aller à Canossa ? Est-ce vraiment pactiser avec Satan ? Est-ce se faire l’avocat du Diable ? Est-ce en vérité s’offrir naïvement au Diable au risque de se faire enrober dans son manteau illusoire, enlacer par sa queue méchamment fumante ?

 

‘‘

 

 

Celui qui a peur du Diable ne devient pas riche

’’, dixit un Proverbe italien. Comme quoi, il faut aller, sans hésitation aucune, – c’est véritablement un impératif de sauvegarde de la Nation et de la Collectivité publique –, nécessairement au Dialogue intercongolais sur la cohésion nationale, en dépit de toutes ses imperfections et de tous ses écarts. Ceux-ci tiennent plus de la complexité de la nature humaine.

Comme quoi, il faut irrémédiablement participer à ces Concertations. D’autant plus qu’elles sont, à vrai dire, la seule et unique occasion pour affirmer fermement à l’imposteur, devant sa face, qu’il ne bénéficie d’aucune légitimité politique. En effet, celui-ci ne jouit d’aucune confiance populaire dont il peut, en principe, se prévaloir légalement dans le but de diriger la République démocratique du Congo. À ce seul et unique titre, l’imposteur doit être considéré, –

 

 

par voie de conséquence

–, comme relevé immédiatement de ses plus hautes fonctions de chef de l’État. Par conséquent, rien ne justifie vraiment le boycott de ce forum national. Il faut donc y aller pour faire tomber le jeune tyrannosaure.

Alors, pourquoi investir en réalité, – même si elles sont manifestement sollicitées, souhaitées voire même convoquées par l’imposteur dictatorial –, les futures Concertations politiques nationales, lesquelles constituent un moment idéal pour redéfinir les grandes orientations de la République démocratique du Congo ?

 

En vérité, un Dialogue intercongolais est indéniablement un exercice de démocratie politique qui présente normalement bien des vertus cardinales. En tant que lieu de concertation, il permet naturellement au Peuple congolais de panser ses plaies en famille. En tant que cadre de négociation, il permet aux Citoyens de la République démocratique du Congo de trouver des solutions aux difficultés majeures qui les accablent et aux problèmes cruciaux qui les affectent durement et quotidiennement. Aussi permet-il, en tant que tribune d’expression libre, de faire la promotion d’un véritable État de droit démocratique, respectueux des droits humains fondamentaux ainsi que des libertés publiques et républicaines. Toutefois, en tant qu’univers d’échange et espace de communication, il permet en fait aux Congolaises et Congolais de se découvrir un peuple fraternel et solidaire dont la préoccupation fondamentale se réduit à la promotion de l’unité politique, de la concorde nationale et de l’harmonie sociale.

 

Ce qui est clair, le Dialogue intercongolais est un moment idéal pour mousser tous azimuts le patriotisme et l’intégrité territoriale. C’est également un temps fort pour mettre en lumière le dysfonctionnement de l’État et définir, en outre, la tangente à prendre normalement par la Collectivité publique. S’il l’on tient nécessairement compte de sa vocation

 

multiple, il est un excellent espace pour défendre la Nation et réaffirmer solennellement son indéfectible attachement à la Patrie. Cependant, personne ne peut le nier, il demeure un champ de bataille dans la mesure où les partisans du statu quo ante ne veulent rien céder. Rien du tout. Quitte à faire effectivement couler le navire congolais, avec ses passagers et leurs baluchons.

 

Le Dialogue intercongolais est enfin une occasion de s’interroger profondément sur son appartenance à la République démocratique du Congo. C’est l’occasion de se questionner réellement sur les valeurs primordiales et les principes sacrés qui fondent substantiellement le pays et unissent les enfants de la Patrie. Aussi est-il l’occasion de mettre hors d’état de nuire les forces rétrogrades, de mettre au pas les puissances réactionnaires qui torpillent et compromettent les intérêts vitaux du sanctuaire national. Si les autres Peuples du Continent et d’ailleurs ont vraiment réussi ce coup de Jarnac, pourquoi pas le Peuple de la République démocratique du Congo ?

 

Joël Asher Lévy-Cohen

 

 

Journaliste indépendant

 

www.joelasherlevycohen.com

 

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