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L’assassinat de Floribert Chebeya et notre éternelle quadrature du cercle

Par J.-P.Mbelu

Dans son COMMUNIQUE DE PRESSE N° 033/RDC/VSV/CD/2010, la Voix des Sans Voix exige entre autres aux pouvoirs publics RD Congolais de « procéder, en lieu et place d’une simple suspension à titre conservatoire du Général John Numbi Banza Tambo, Inspecteur Divisionnaire en Chef de la PNC , premier suspect, à son arrestation immédiate et sa mise à la disposition de la justice militaire à l’instar des autres suspects, et ce, en vue de mettre fin au régime des intouchables en RDC. » Ce communique supposerait que la Police Nationale dépend  du gouvernement congolais, par le biais du ministère de l’intérieur et de la sécurité.

En effet, la suite réservée à ce communique par « les pouvoirs publics » risque de confirmer ce que plusieurs d’entre nous savent déjà : depuis 1996, les pouvoirs publics au  en RD. Congo sont phagocytés par des circuits parallèles. Et chaque fois que « les pouvoirs officiels » ont voulu ignorer cette réalité politique congolaise, ils ont été remis à l’ordre. Quand Vital Kamerhe a voulu marcher sur les plates-bandes de John Numbi au moment du lancement de l’opération dénommé  Umoja  wetu , il a été dégommé de la présidence de l’Assemblée nationale.  Nous ne le dirons jamais assez : « Les affaires de sécurité en particulier échappent aux circuits officiels de prise de décision. » (Lire Congo : l’enlisement du projet démocratique de Crisis Group N° 73, 8 avril 2010, p. 7. Dans les jours et mois à venir, nous livrerons au public des témoignages de ex-prisonniers de Kin-Mazière et de la prison de Makala allant dans le même sens.) Dans ce rapport, Crisis Group nous rappelait que  « le groupe des conseillers katangais (de Joseph Kabila), qui comprend parmi ses membres les plus influents Katumba Mwanke et (John) Numbi, est impliqué dans la plupart des dossiers sensibles et maintient, comme pendant la transition, un système de prise de décision parallèle au gouvernement. » (Ibidem) Du point de vue des questions sécuritaires délicates, il ne serait pas trop osé d’affirmer que l’actuel gouvernement est démissionnaire. (Il n’arrive pas par exemple à s’occuper des assassinats à répétition à l’est du pays. Nos populations sont tellement abandonnées à elles-mêmes qu’elles en appellent au retour des Maï-Maï et à l’auto-défense !)

Dans ce contexte de gestion du pays par des circuits parallèles, « de fortes présomptions d’étouffement de la vérité » pèseraient  plus sur les différents cercles de conseillers katangais et kivutiens formés autour de Joseph Kabila. Pourquoi ? La gestion du pays par des circuits parallèles participe de son occupation. Les circuits officiels couvrent, moyennant leur participation à la mangeoire, les véritables nègres de service, les élites compradores et leurs parrains. Dans quelle mesure, le fait de livrer John Numbi à la justice – encore faudrait-il que cette justice soit indépendante ?- mettrait-il fin à ce système alambiqué de gestion de notre espace vital ? Et puis, arrêter John Numbi suffirait-il si celui dont il dépend directement ne l’est pas ? Qu’est-ce qui pousserait la communauté internationale à faire un peu plus  de pression aujourd’hui qu’elle ne l’a fait hier ? Des questions dont les réponses dépendraient de notre approfondissement du fonctionnement du système d’occupation de notre pays.

L’appel de la VSV  vaut la peine d’être lancé et soutenu  Elle a raison quand elle « continue à en appeler aux pressions des uns et des autres sur les autorités RD Congolaises toutes les institutions confondues, en faveur d’une enquête internationale indépendante et crédible en vue de faire la lumière sur cet ignoble assassinat et la disparition du chauffeur et membre de la VSV , monsieur Fidèle Bazana Edadi. »   Pourra-t-elle peut-être dire qui elle met dans « les uns et les autres » et travailler en synergie  avec les autres forces de changement  chez nous et ailleurs pour que les enquêtes parallèles soient menées et qu’elles ne puissent pas être une fin en soi. Les pressions devraient être faites dans le sens de la sortie du système actuel de gestion parallèle de notre espace vital.

L’assassinat de Floribert Chebeya semble être un crime d’Etat-manqué ; d’un Etat failli. Faire toute la lumière sur cet assassinat devrait conduire à la mise en place d’un Etat de droit respectueux de la vie et de la dignité humaine, géré par des hommes d’Etat et non par des ex-criminels de guerre et  « nouveaux prédateurs ».

A travers l’assassinat de Floribert Chebeya et la disparition de Fidèle Bazana, notre Etat-manqué révèle davantage au grand jour sa véritable nature.

Attendre de cet Etat-failli et de ses soutiens internationaux la facilitation d’une enquête crédible  est aussi illusoire que de vouloir qu’un morceau de bois resté pendant longtemps dans l’eau se transforme en crocodile. Depuis la guerre dite de libération de 1996, nous tombons régulièrement dans la quadrature du cercle quand nous voulons que les pyromanes se transforment en pompiers. Il nous faut apprendre d’autres méthodes de lutte et durer dans l’organisation de la résistance contre les réseaux mafieux de la mort installés chez nous. La guerre et la mort qu’elle entraîne participent de l’expansion du capitalisme du désastre. Ce  n’est pas un hasard que la Banque mondiale et le FMI soient actifs dans un pays comme le nôtre où la mort est semée au quotidien.

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