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Kampala : Une question de crédibilité

Lumabala- Kampala-Il est maintenant évident que les pourparlers de Kampala entre le gouvernement congolais et le M23 s’acheminent vers un inéluctable échec. Même si un document était signé dans la capitale ougandaise, la situation sur le terrain ne risque pas d’évoluer vers une perspective de paix. On s’achemine même vers la reprise des hostilités. Les « agresseurs du Congo » auront donc, une fois de plus, réussi à se servir des négociations pour gagner du temps et se renforcer en vue de relancer cette interminable guerre de massacre. Dès lors, la question de la crédibilité des personnalités, ayant milité en faveur de la relance de ces pourparlers, se pose avec gravité. Ces pourparlers étaient, dès le départ, un patent stratagème de l’Ouganda et du Rwanda destiné à permettre au M23, alors militairement malmené, de gagner du temps. Suivant la stratégie du talk and fight, dont Museveni (Ouganda) et Kagamé (Rwanda) sont des adeptes notoires, le M23 devait en profiter pour se renforcer. Se renforcer militairement avec le soutien venu du Rwanda, politiquement en faisant durer les pourparlers et financièrement en engrangeant les revenus tirés du trafic des « minerais de sang » (500 millions de dollars de trafic d’or). La guerre peut maintenant être relancée.

Dès lors, c’est avec incrédulité qu’on entend de hauts responsables de l’ONU, des Etats-Unis et du gouvernement congolais se plaindre comme s’ils ne se doutaient pas que Kampala n’était qu’une vaste fumisterie.

Ainsi le représentant spécial de l’Onu en RDC, Martin Kobler, et le commandant des forces de la Monusco, le général Dos Santos Cruz, s’emploient à dénoncer le renforcement militaire du M23. Même son de cloche du gouvernement américain qui promet des sanctions contre le Rwanda accusé de recrutement d’enfants soldats. Réaction identique de Mary Robinson, l’envoyée spéciale de l’ONU dans la région. Reste que ces réactions ne suffisent pas à dissiper les doutes sur la crédibilité de leurs auteurs. Méritent-ils vraiment d’être pris au sérieux ? À de tels niveaux de responsabilité, sur des dossiers internationaux, ces « hauts responsables » ne pouvaient pas ne pas savoir que les pourparlers de Kampala étaient, dès le départ, un simple jeu de dupes. Ils auront, en tout cas, réussi à paralyser une opération de l’armée congolaise et la brigade d’intervention de l’ONU qui, en août dernier, étaient en situation de mettre un point final aux aventures du M23. Les Congolais peuvent maintenant dresser la liste des personnalités dont la parole, à l’avenir, devrait inspirer de la méfiance.

L’occasion de rappeler les raisons pour lesquelles les pourparlers de Kampala n’auraient jamais dû avoir lieu, tellement ils remplissaient toutes les conditions pour ne jamais aboutir. En effet, pour qu’une négociation politique ait une chance d’aboutir, il faut que plusieurs conditions soient réunies : les parties à la négociation doivent être les véritables protagonistes du conflit. Ils doivent consentir à négocier de bonne foi. L’autre condition est que la négociation doit porter sur des revendications acceptables. Ces conditions n’ont jamais été réunies.

L’absence des « véritables protagonistes »

Le M23 est, de notoriété publique, une création du Rwanda et de l’Ouganda. Ses revendications sont changeantes, ce qui aurait dû pousser les artisans des pourparlers de Kampala à exiger plutôt des négociations directes entre les présidents Museveni, Kagamé et Joseph Kabila, sous l’autorité d’un « garant » capable de faire respecter les engagements des uns et des autres. L’absence des présidents Museveni et Kagamé, les parrains directs du M23[1], à la table des négociations de Kampala, augurait de leur échec. Mais les deux hommes ne sont pas restés passifs pour autant. Ils ont acquis la sinistre réputation d’être d’indécrottables roublards depuis qu’ils mènent des guerres à répétition dans la région (guerre d’Ouganda/1980-1986, guerre du Rwanda/1990-1994, Première Guerre du Congo/1996-1997, Deuxième Guerre du Congo/1998-2003, guerre du Kivu/2003-à nos jours, Guerre du Soudan,…).

Pour eux, les négociations ne servent pas à régler un conflit. Elles servent à gagner du temps. Pendant les négociations, ils se renforcent militairement, politiquement et financièrement. C’est la fameuse stratégie du talk and fight (feindre de négocier, le seul enjeu étant de l’emporter militairement). Le principal adepte de cette stratégie n’est autre qu’un certain Yoweri Museveni, l’un des deux parrains du M23.

Dès lors, le renforcement en cours du M23 était quelque chose de tout à fait prévisible. Ce qui n’était pas prévisible, en revanche, c’est l’attitude des personnalités comme Mary Robinson, Martin Kobler, les dirigeants congolais et même les Américains. Ils ne pouvaient pas ne pas savoir que les pourparlers de Kampala n’étaient qu’un simple leurre.

Les Américains et les multinationales

Toujours au sujet des « véritables protagonistes » du conflit, on peut remonter plus loin. L’Ouganda et le Rwanda sont deux pays trop « pauvres » pour financer 17 ans de guerre contre le Congo. En tant que principaux alliés militaires des Etats-Unis (première puissance militaire du monde), Kampala et Kigali doivent leurs moyens militaires à l’alliance avec le Pentagone depuis que le Zaïre de Mobutu a « perdu ses lettres de noblesse » auprès de l’Oncle Sam, dès la fin de la Guerre froide.

L’alliance Washington-Kampala-Kigali-Londres est si forte que Rwandais et Ougandais sont engagés dans plusieurs missions militaires dans le monde, dirigées ou financées[2] principalement par les Etats-Unis. Les missions vont de la formation des unités dans les deux pays, par des instructeurs américains, au déploiement des troupes que ce soit au Darfour, en Somalie, en Haïti, voire, officieusement[3], en Afghanistan, en Irak et dans l’Est du Congo[4]. Selon l’ONG américaine Human Rights Watch, plusieurs combattants du M23 ont servi dans le cadre de ces missions, notamment au Darfour et en Somalie[5].

Les populations congolaises, victimes quasi-directes de cette alliance géostratégique des Etats-Unis, vont encore, peut-être, devoir endurer des années de souffrance, à moins qu’il ne se produise un brusque retournement dans les relations entre Washington, Kampala et Kigali. Peu probable… Le Rwanda siège au Conseil de sécurité de l’ONU avec l’appui « indécent » des Etats-Unis. A New York, les diplomates rwandais ont même réussi l’exploit de bloquer des projets de Résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. C’est dire à quel point la souffrance des populations congolaises est désespérément inaudible.

Le Rwanda et l’Ouganda se ressourcent également grâce au trafic des « minerais de sang » au profit des multinationales, information toujours confirmée par les experts de l’ONU et par les données des exportations des minerais par les deux pays dépourvus de gisements conséquents. Le conflit est alimenté par le pillage des ressources du Congo au profit des multinationales, de l’électronique notamment.

Un processus de paix se déroulant entre « délégués » du gouvernement congolais[6] et « délégués » du M23, passant sous silence le rôle des présidents Kagamé, Museveni et Kabila ; le poids des multinationales et le « jeu trouble » de la coopération militaire entre Américains, Kagamé et Museveni ; un « processus de paix » comme celui-là est, de toute évidence, une entreprise vouée à l’échec, les véritables acteurs du conflit étant absents.
PNG – 975.7 koKagamé, Museveni, Kabila : le jeu de dupes
Revendications insoutenables et agendas cachés

L’autre condition pour qu’une négociation ait une chance d’aboutir est qu’elle puisse porter sur des revendications « acceptables ». Les revendications du M23 et de ses parrains, l’Ouganda et le Rwanda, ne font plus mystère. Les membres du mouvement veulent être amnistiés et intégrer l’armée nationale congolaise où ils devraient conserver dans leurs unités un statut « privilégié », aux côtés des « soldats congolais ». En gros, une armée dans l’armée. La consécration d’une sorte d’apartheid privilégiant les « rwandophones » au détriment de « tous les autres » membres de l’armée congolaise. Ils veulent, par ailleurs, ne jamais servir en dehors des provinces adossées au Rwanda et à l’Ouganda.

C’est la porte ouverte aux revendications de même nature par les autres soldats. Viendront naturellement, dans la foulée, l’effondrement de l’armée, la partition du Congo et l’annexion du Kivu, une vieille obsession de Museveni et Kagamé… On a flairé l’astuce, et les pourparlers piétinent. Aucun Congolais responsable ne peut s’engager sur des choses aussi graves.

Agendas cachés

Le gouvernement congolais a déjà concédé à des revendications du genre (sous la pression des Etats-Unis) avant de se raviser. C’était, justement, l’esprit des fameux accords du 23 mars 2009 dont se prévaut le M23. Dans la foulée de ces accords, le Congo s’était retrouvé sur son territoire national avec des bataillons de l’armée rwandaise qui opéraient sous uniforme de l’armée congolaise. Non pas pour lutter contre les FDLR, comme on pouvait l’imaginer, mais plutôt pour consolider l’occupation du territoire congolais et sécuriser le trafic des minerais en transit pour le Rwanda.

Après avoir été mis en cause pour ces actes indiscutablement de haute trahison, dissimulant le plan de balkanisation du Congo, Joseph Kabila et son gouvernement sont maintenant trop affaiblis pour se permettre d’orchestrer un autre « coup fourré » dans le dos des Congolais. Au Kivu, par exemple, la crédibilité du Président Kabila s’est considérablement érodée. En témoignent les violentes manifestations de Goma contre lui en juillet dernier suite à une rumeur. Ainsi les revendications du M23 pourraient ne jamais être signées par un dirigeant congolais responsable, les conséquences sur la population étant annoncées pour être catastrophiques.

Quant aux revendications du Rwanda et de l’Ouganda, elles se heurtent à une hostilité encore plus forte, puisqu’il s’agit de l’avenir-même du Congo en tant que nation. En effet, Kampala et Kigali nourrissent des ambitions territoriales sur l’Est du Congo, ce à quoi la population s’est toujours fermement opposée. Les guerres à répétition, les campagnes de massacres et de viols destinées à chasser les Congolais de leurs terres, sont en train de tourner progressivement en scandale international avant que les dirigeants des deux pays n’aient pu réaliser leurs prétentions territoriales de longue date[7].

Les pourparlers de Kampala, menés sur fond de revendications de cette nature, ne pouvaient finir autrement que dans des impasses. Ce qui est étonnant, est que tout ceci était connu dès le départ. De respectables personnalités se sont tout de même employées à envoyer les Congolais à Kampala en promettant à la population que ces pourparlers aboutiraient au règlement du conflit…

Un mystère.

Boniface MUSAVULI

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