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Joseph Kabila zaïrianise les ambassades

Source: Afriqu’Echos Magazine

Vous rappelez-vous encore de la catastrophique opération politico-économique de « nationalisation » qui vit Mobutu arracher des entreprises à des étrangers pour les distribuer majoritairement à des gens qui ignoraient tout des affaires jusqu’à l’existence même du registre de commerce ? Bon, j’exagère un peu, à peine. Trente-sept ans après, la fameuse « zaïrianisation » a inspiré Joseph Kabila. Le président congolais vient, en effet, d’opter pour une gestion libéralisée des ambassades notamment de la délivrance du passeport. D’abord, c’est l’État congolais qui s’est comporté en gangster en déclarant non valides tous les anciens passeports, ensuite il laisse aux ambassadeurs la latitude de fixer, à leur guise, le coût réel du passeport. Sans oublier le blanc-seing donné aux ambassadeurs pour une gestion du personnel guidée par le népotisme et le tribalisme ça et là.

Le vendredi 5 mars 2010, la diaspora congolaise appelle à une manifestation devant l’ambassade de la RDC à Paris pour dénoncer la décision du gouvernement congolais de déclarer non valides tous les passeports que le même gouvernement a vendus à prix d’or à des Congolais avant l’instauration du passeport biométrique. Une décision brutale qui est une violation cavalière des principes élémentaires du droit. Comment des passeports pour lesquels les détenteurs ont payé les droits fixés par le même État et obtenus en conformité de la loi peuvent-ils être déclarés non valides avant leur expiration ? La logique aurait alors voulu que l’État congolais rembourse les détenteurs de ces passeports ou qu’il procède, à ses frais, à leur remplacement. Plutôt que cela, le régime de Kabila s’est précipité de prévenir toutes les autorités étrangères de sa décision. Pire encore, le fameux passeport biométrique n’est même pas disponible et les délais de sa délivrance sont très aléatoires allant de trois mois au minimum à plus d’un an. Conséquence : des milliers de Congolais ne peuvent voyager. Sans compter d’autres dizaines de milliers qui ne peuvent renouveler leurs cartes de séjour. La rumeur parle même d’un Congolais résidant en France qui, bloqué à l’aéroport d’Abidjan, avait fait une crise cardiaque qui l’a emporté.

Le passeport congolais n’a pas le même coût selon qu’il est délivré à l’étranger ou au pays. Et même à l’étranger, le coût réel varie selon le pays sans compter des exigences en sus que rajoutent certaines ambassades. À l’ambassade de Paris, le passeport coûte 186 euro pour les majeurs et 216 euro pour les mineurs. L’ambassade près le Benelux semble, elle, moins gourmande avec un coût de 160 euro pour majeurs et mineurs, tandis qu’à Londres, les Congolais doivent débourser près de 220 euro, le record. Quant aux délais de délivrance très aléatoires, ils peuvent être contournés en déboursant un peu plus : 50 euro en France et carrément 80 euro à Bruxelles. Mais l’ambassadeur Myra NdjoKu, en France, a trouvé une autre « astuce » pour engranger toujours davantage d’euro : des dossiers complets déposés du temps de son prédécesseur doivent être actualisés moyennant 50 euro. À certains, Ndjoku va jusqu’à refuser la délivrance du passeport prétextant que son prédécesseur avait détourné l’argent qu’ils avaient versé pourtant sur le compte de l’ambassade.

Le Message officiel du ministère congolais des AE : la consigne est loin d’être respectéeLes ambassades données en rente aux caciques du PPRD, le parti présidentiel

Lorsque Myra Ndjoku refuse de délivrer le passeport aux Congolais qui ont payé avant sa nomination, il aurait été conforté dans cette décision par Alexis Thambwe Mwamba, ministre des affaires étrangères devant les infortunés. Le ministre, si cette version était avérée, a ainsi effacé le sacro-saint principe de continuité de l’tÉat qui veut que les hommes passent et les institutions ainsi que leurs engagements demeurent. Cela dénote justement de la gestion du portefeuille du ministère des affaires étrangères qui, sous le régime de Kabila, offre aux cadres « méritants du PPRD » les ambassades en rente. D’où la liberté qui leur est concédée tacitement de fixer les prix des prestations à leur guise. Pire encore, le gouvernement les laisse user et abuser du personnel diplomatique et du personnel local sans le moindre droit de regard.

Si à Londres Kikaya Bin Karubi réhabilite l’image du cadre congolais par sa gestion du personnel, à Paris le personnel diplomatique et local subit humiliations, révocations, menaces avec arme à feu et même agression physique sans que cela n’émeuve Joseph Kabila, Thambwe Mwamba et même nos chers députés pourtant alertés. En débarquant de Kinshasa avec deux agents au sang bleu, Myra Ndjoku sait que la filiation familiale de ces agents et sa propre filiation politique le protègent de tout. Mais pas de la colère des Congolais qui l’ont conspué la semaine dernière aux cris de « Mobutu ! Mobutu ! » dans l’enceinte même de l’ambassade. À Paris, la situation est, en effet, explosive tous les mardis et jeudis. La gestion des demandes de passeports provoque des tensions dont tout le monde pâtit, personnel comme demandeurs.

J’ai toujours contesté les propos de ceux qui soutiennent que Joseph Kabila est très impopulaire au sein de la diaspora en Europe car cela n’a jamais été établi par une enquête sérieuse au-delà de l’activisme, notamment sur Internet, de la nébuleuse des autoproclamés « patriotes-résistants-combattants ». Mais avec l’affaire des passeports et du fonctionnement de l’ambassade de Paris, Joseph Kabila s’est mis la diaspora à dos par une forme de masochisme politique. Pareil désamour avec les Kinois, lui avait coûté, en 2007, une fin de campagne électorale pénible à Kinshasa et une déroute face à Bemba dans cette ville. Au-delà d’une sanction électorale possible, c’est l’idée même que le président congolais se fait de l’État qui est en jeu dans cette affaire dont le soufflé n’est peut-être pas prêt de retomber. |Botowamungu Kalome (AEM)

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