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I Have A Dream

L’héritage de Martin Luther King 50 ans après le sermon de Lincoln Memorial
Rêve fracassé ou changement dans la bonne direction ?
‘‘Ils ont tué le rêveur mais pas le rêve !’’ Révérend Pasteur Jesse Louis Jackson
Par Joël Asher Lévy-Cohen
Martin Luther King-Au 21e, tout comme au 20e siècle, s’il existe un État dans l’univers terrestre qui a déclenché autant de passion que de fascination, il serait tout à fait logique de mentionner le pays de l’Oncle Sam. Ceci en raison de son histoire politique de libération du joug colonial et de son système démocratique. En effet, celui-ci invente très accidentellement le régime étatique de la ‘‘République’’ au moment où la planète tout entière est dominée par des têtes couronnées ou monarchies. Il met résolument en place un système politique et démocratique dont le fondement idéologique est, à n’en pas douter, la liberté. Aussi met-il très rapidement en place un régime représentatif qui s’articule autour des notions cardinales de concurrence et d’alternance au plus haut sommet du pouvoir politique de l’État pour garantir sa stabilité institutionnelle et sa cohésion en tant qu’entité nationale.
La passion et la fascination vouées au pays de l’Oncle Sam résultent également de sa superpuissance militaire couplée à son gigantisme industriel, d’une part. Cela est d’autant plus vrai que c’est bel et bien le complexe militaro-industriel qui est le moteur de son économie. Et d’autre part, elles dérivent de sa diversité ethnique et raciale. En effet, les États-Unis d’Amérique symbolisent, à vrai dire, le monde entier dans leur constitution sociologique, dans leur configuration ethnoculturelle. Ce qui signifie en termes clairs que toutes les races de la planète et tous les peuples de la terre y sont bel et bien représentés par des communautés humaines d’ailleurs fortement massifiées. Par conséquent, s’il y a un mot qui pourrait naturellement résumer cet état de fait, ce sont bel et bien les termes kaléidoscope ou mosaïque qui, dans les circonstances, prévaudraient. Sans doute, en raison de la variété culturelle qui se superpose à la diversité ethnique et raciale.
Cependant, la représentativité ethnoculturelle et la variété raciale qui caractérisent assurément le géant américain dans sa composition sociologique, sont évidemment entachées par un mal profond. Elles sont manifestement rongées par une pathologie pernicieuse, sournoise, laquelle remonte, en réalité, à la racine même de la construction de ce pays bicentenaire. Il s’agit effectivement du racisme en tant qu’idéologie de domination humaine fondée intrinsèquement sur la suprématie d’une race, en l’occurrence blanche ou caucasienne, visiblement portée à écraser dans son cheminement évolutif, tel un rouleau compresseur, toutes les autres composantes humaines pour des motivations non seulement subjectives mais purement illusoires. D’ailleurs fortement ancré dans les habitus et schèmes de perception, celui-ci se nourrit de l’injustice économique et de l’exclusion sociale.
C’est cette radiographie loufoque du pays de l’Oncle Sam qui tend à chosifier l’être humain, plutôt à ignorer l’humanité, à avilir cette créature divine, dans ce qu’elle a de plus précieux – à savoir ‘‘la liberté et la vie’’ – que le Dr Martin Luther King, a contribué à mettre en lumière. Il y a de cela 50 ans, ce prophète des temps modernes n’a pas hésité à fustiger virulemment un système politique et étatique qui étrangle ses propres enfants, qui écrase comme un ver de terre ses propres ressortissants. Ce serviteur de l’Éternel Dieu Tout-Puissant n’a pas du tout hésité à bousculer les certitudes, à réveiller les consciences endormies, à ressusciter les esprits ensevelis en vue de métamorphoser une société d’ailleurs fortement fossilisée par ses croyances et ses principes irraisonnables pour la mettre immédiatement en marche forcée vers la libération de l’âme humaine emprisonnée par les phantasmes et le délire narcissique.
Depuis cette époque de l’activisme des droits civiques des années cinquante et soixante, il est un fait que le visage des États-Unis d’Amérique a beaucoup changé en profondeur. En raison de la volonté politique des gouvernants au niveau fédéral de promouvoir tous azimuts une société plus ouverte voire même plus tolérante. Conséquence immédiate : ‘‘les minorités raciales et ethnoculturelles occupent, de nos jours, bon nombre de plus hauts postes politico-administratifs’’. Celles-ci se distinguent également sur les plans économique, social et culturel. Ce paysage est d’ailleurs très largement symbolisé par la présidence démocrate de Barack Hussein Obama, d’origine kenyane, de par son père. Tout comme par ‘‘la reine des talk show’’ Oprah Gail Winfrey.
Toutefois, si la ségrégation raciale a été effectivement abolie dans le corpus législatif, il n’en reste pas moins que dans les faits, le racisme et l’apartheid de facto ont encore de beaux jours devant eux dans le pays mythique de l’Oncle Sam. En effet, les relations interraciales sont toujours marquées du sceau de la méfiance réciproque. Comme en témoigne l’affaire Trayvvon Martin en Floride. Il s’agit de la fin tragique d’un jeune africain-américain, apparemment assassiné au cours d’une soi-disant rixe verbale ou altercation physique, en raison de la couleur de sa peau et de son faciès par un vigile du nom de George Zimmerman. Au cours de ce procès pour meurtre, lequel a vraiment suscité l’indignation et la mobilisation de l’opinion publique, le jury essentiellement composé de femmes blanches a acquitté sans autre forme de procès le meurtrier au motif que les preuves matérielles réellement fournies par les forces policières d’ailleurs juge et partie dans cette douloureuse affaire n’étaient pas assez suffisantes pour condamner à l’enfermement ledit assassin.
Par ailleurs, il arrive quelquefois que des tensions interraciales pourtant injustifiables soient alimentées, c’est-à-dire provoquées artificiellement voire même manipulées délibérément, par un certain nombre de puissants intérêts tant politiques et sociaux qu’économico-financiers. Ces convulsions sont manigancées, orchestrées dans le strict but de distraire – [uniquement] – la population américaine, de détourner son attention de véritables enjeux nationaux. Comme en témoigne, d’ailleurs, le très médiatique procès OJ Simpson destiné à maquiller la responsabilité directe et évidente, des États-Unis d’Amérique dans le génocide au Rwanda en 1994. De ce fait, la politique en tant qu’art de gouvernement de la Cité n’est-elle pas, par essence, l’exploitation des émotions populaires, en d’autres termes l’exploitation de basses pulsions ?
Une chose est sûre et certaine, le Dr Martin Luther King rêvait d’une société ouverte, tolérante et fraternelle fondée sur le dialogue interculturel et la communication interraciale. Or, aux États-Unis d’Amérique qui sont par définition un pays multiethnique, multiculturel et multiconfessionnel, les races continuent toujours de se méfier réciproquement à l’image répulsive de la peste. Ces agrégats humains continuent – malgré l’abolition de l’esclavagisme négrier – de s’ignorer. Un sentiment profondément dicté par la peur – à tort ou à raison injustifiée – de l’autre, son prochain. En raison de cette méfiance perpétuelle et de cette ignorance mutuelle, ce pays reste fondamentalement coupé en strates sociologiques. En effet, les États-Unis d’Amérique sont profondément divisés entre riches et pauvres. Ces deux couches sociales sont animées par la même philosophie de spoliation. Les riches volent les pauvres et les pauvres volent les riches.
Donc, ces deux groupes sociaux refusent résolument de s’entraider mutuellement. Ceci pour des raisons idéologiques, des vues essentiellement matérialistes. Comme en témoigne d’ailleurs le débat sournois et pernicieux sur la nécessaire refonte de la fiscalité et le judicieux programme de l’assurance santé d’ailleurs promus par l’administration démocrate. Il convient de souligner que ces deux projets politiques permettraient assurément de resocialiser des pans entiers de la population laissés pour compte par l’élite dirigeante, c’est-à-dire délibérément abandonnés sur le bord de la route par les gouvernants.
Les États-Unis d’Amérique demeurent fortement divisés entre races qui vivent continuellement de manière séparée. Ce qui revient à dire que la coexistence ou la cohabitation interraciale relève en soi d’une vue de l’esprit. En effet, chaque race, tout comme chaque ethnie, occupe un espace imaginaire ou investit un univers géographique qu’elle revendique consciemment ou inconsciemment. Dans la société postindustrielle américaine, autant les Blancs qui occupaient jadis le centre-ville [au début de l’ère industrielle] vivent aujourd’hui cloîtrés dans les campagnes ou cités rurales, tout comme reclus dans les bourgades éloignées, autant les minorités à la fois ethnoculturelles et raciales occupent les mégapoles et investissent les banlieues périphériques d’agglomérations. Autant les Blancs sont installés majoritairement dans les États du centre et de l’Ouest du pays, d’ailleurs moins peuplés et très favorables au Grand Old Party (GOP) ou parti républicain[i], autant les minorités raciales et ethnoculturelles sont archi-concentrées dans la très grande majorité des États de l’Est du pays. Par nature, ceux-ci procèdent, pour la plupart, de la révolution industrielle du 19e siècle.
Par ailleurs, en matière de paix sociale et d’harmonie interraciale, de dialogue et de communication entre les diverses entités raciales qui vivent réellement sur le territoire américain, ce qui doit normalement préoccuper le plus de nos jours, c’est la montée en puissance des groupes d’extrême droite favorables au ‘‘White Power’’. C’est l’accroissement exponentiel des milices armées jusqu’aux dents dont la seule et unique finalité – le délire obsessionnel et le phantasme criminel – est de porter directement atteinte à la vie physique de l’actuel président américain en raison de ses origines ethniques et raciales. Cette vision on ne peut plus surréaliste trouve même écho au sein d’une classe politique voire partisane revancharde, ultraconservatrice, où le langage politiquement correct a été littéralement sacrifié au profit d’un discours cru qui fait une large place à des propos orduriers. Donc un langage farci, un discours serti d’insultes de bas étage, mâtiné de formules entièrement déplacées qu’une oreille sensée, une personne civilisée et un être conscient ne peuvent plus se permettre de gober, d’entendre ou d’écouter.
En matière d’intégration socioéconomique, l’égalité des droits demeure toujours un rêve lointain. L’égalité entre les races, au même titre que l’égalité entre les sexes, reste, toujours, un vain principe. C’est, à vrai dire, un vœu pieux. Les écarts des revenus entre Blancs et Africains-américains ne se rétrécissent point. Ils ont même augmenté en raison de la récession économique qui a manifestement exclu bon nombre de ressortissants des communautés ethnoculturelles et des minorités raciales. Comme l’emploi est de plus en plus rare à cause de la crise économique, le peu qu’il pourrait y en avoir, revient automatiquement aux Blancs. Même à qualification égale avec un autre membre de communautés ethnoculturelles visibles ou minorités raciales. Donc, la notion de préférence raciale est de rigueur ! Il y a lieu de noter que c’est l’administration fédérale du Républicain George Walker Bush Jr qui a décidé de mettre un terme définitif à la politique de discrimination positive qui favorisait les minorités en matière d’emploi.
Dans le domaine social du logement, il y a beaucoup de gens qui sont effectivement citoyens des États-Unis d’Amérique. Par contre, vu leur statut socioéconomique, ceux-ci ne vivent pas du tout – [matériellement et moralement] – dans ce pays en tant que citoyens en raison de la tiers-mondisation et de la bidonvilisation de certains îlots hermétiquement fermés du pays. Ce sont en vérité des ‘‘sans rien’’. En effet, ils n’ont pas de famille, d’emploi, de formation, d’éducation, de logement, tout comme de logement décent tout court, etc. Bref, ils n’ont pas véritablement de vie et d’existence. Ces pans entiers de la population américaine vivent complètement à l’écart du système qui les ignore incessamment sauf pour les exiler définitivement, pour de bon, dans les différents centres d’enfermement disséminés à travers la vaste étendue du pays. Ces gens proviennent essentiellement des minorités raciales visibles. Ils sont majoritairement noirs et de sexe masculin. Donc, des Africains-américains mâles. Leur avenir est complètement bouché. Leur sort est déjà scellé  par le système en place. Ils n’ont visiblement aucun espoir. Ils n’ont évidemment aucune perspective dans la vie.
Par ailleurs, lorsqu’il a été envoyé de force ad patres par un assassin bestial en 1968, le Dr Martin Luther King avait déjà embrassé d’autres causes sociales et humanistes que raciales. Lorsqu’il a été abattu à Memphis dans le Tennessee, il y allait pour défendre les éboueurs en grève autant qu’il était déjà sensible au sort des ouvriers de l’industrie automobile et métallurgique. Il avait également commencé à dénoncer vertement la folie meurtrière des États-Unis d’Amérique directement impliqués dans la guerre du Vietnam. C’est sûr et certain que le locataire actuel de la Maison Blanche lui rendra un vibrant hommage et saluera sa mémoire. Les deux hommes sont intimement, intrinsèquement liés par le célèbre sermon du Mémorial Lincoln à Washington prononcé en 1963 qui prédisait déjà une Amérique juste, solidaire et fraternelle. Le premier avait effectivement rêvé et le second est en réalité le résultat de cette prémonition. Les deux sont non seulement membres de la communauté africaine-américaine mais également apôtres de la paix (prix Nobel de la paix).
Toutefois, ce qui différencie profondément les deux personnalités africaines-américaines, est que l’une est résolument anti-guerre (Martin Luther King) et l’autre est pro-guerre (Barack Hussein Obama)[ii]. En effet, King fustigeait violemment la folie meurtrière des dirigeants américains (le démocrate Lyndon Baines Johnson) au Vietnam tandis que Obama qui n’autre que l’incarnation du président Ronald Wilson Reagan, le va t’en-guerre ou polémarque républicain – [dans une version purement pasteurisée] –, s’inscrit tout droit dans cette lignée martiale. Au nom de cette logique guerrière – meurtrière – contre le terrorisme intégriste ou le fondamentaliste djihadiste ou islamiste, ce messager de la paix qui, pourtant, fait la guerre, tue sans remords et sans broncher des victimes innocentes, de surcroît de tout jeunes enfants sans défense, aussi bien au Pakistan ultraconservateur qu’en Afghanistan limitrophe et arriéré. Pour se donner une bonne conscience, son administration gouvernementale qualifie non sans morgue ses bavures insensées et inhumaines de victimes collatérales de la lutte antiterroriste. Comme quoi l’hypocrisie, le mensonge et la langue de bois ont encore de belles années en politique !
http://www.youtube.com/watch?v=Lfw8yLNiyVo&hd=1
http://www.youtube.com/watch?v=HRIF4_WzU1w&hd=1


[i] Les seules et uniques exceptions qui confirment, à n’en pas douter la règle, dans l’Ouest du pays, sont les États de Californie, de Washington et d’Oregon – dans une moindre proportion – qui sont, dans l’ensemble, pluriethniques et multiraciaux.
[ii] Les prochaines victimes expiatoires de la politique vengeresse des États-Unis d’Amérique sous Barack Hussein Obama sont, à n’en point douter, l’Iran et la Syrie, et ce après la Jamahiriya libyenne de Mouammar-el-Kadhafi.
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