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FIDELE BABALA MIS SUR ECOUTE DANS SES APPELS, TEXTOS et DEPLACEMENTS.

fidele babala-L’arrestation de Fidèle Babala Wandu n’a pas été opérée au hasard. Le bras droit de Jean-Pierre Bemba a été mis sur écoute depuis des mois et ses déplacements à l’étranger suivis et retracés, comme les autres prévenus, notamment l’avocat Aimé Kilolo, selon des sources proches de la sûreté belge. Ce qui implique que les services d’intelligence ont dû apporter leur contribution ici comme là-bas pour la collecte de la moisson des preuves -enregistrements sonores et textos- qui ont permis d’inculper les quatre suspects et Bemba lui-même. La nuit de son arrestation, samedi 23 novembre, Babala avait eu la prémonition qu’il allait se passer quelque chose. A 23 heures, le député MLC avait appelé Aubin Minaku pour solliciter s’entretenir avec lui, le lendemain, à la première heure à propos d’une question «très sensible». Avait-il eu déjà vent de la mise aux arrêts de Kilolo, intervenue quelques heures auparavant à l’aéroport de Zaventem, à Bruxelles, alors que le voyageur revenait de Douala, au Cameroun pour des contacts dans le cadre de la même affaire Bemba? Deux heures après son appel, sa résidence, à Righini, était prise d’assaut par des éléments de la police accompagnés des agents de l’ANR -Agence nationale de renseignement. Sa garde a tenté d’opposer une résistance avant que le maître des céans ne se rende, interpellé via un porte-voix qu’il s’agissait d’un mandat CPI en bonne et due forme pour «subornation des témoins». La nuit même, Babala a été verbalisé. Le matin, il s’est fait auditionné par le procureur général de la République en présence de ses avocats, Alexis Lenga et Jacques Djoli, tous deux cadres du MLC. En présence aussi de Minaku, tiré de son lit à six heures du matin. Pour son député, le speaker de l’Assemblée nationale n’aura ménagé aucun effort. Les marques de sommeil encore apparentes sur son visage poupon, Minaku est là pour essayer de voir s’il n’y pas lieu de sauver Babala. Quelle impuissance pour lui qu’en cette matière, les immunités ne jouent pas ou ne servent à rien. La voie de la liberté conditionnelle non plus face à l’ampleur de l’accusation appuyée sur des faits probants. Pas la moindre brèche pour convaincre le PGR qu’il faille prendre du temps pour examen.
Pauvre Minaku qui trouve comme ultime recours de parler directement avec les envoyés de la CPI en attente, dans la salle d’à côté. Ceux-ci sont venus exécuter un mandat et n’ont rien à discuter avec qui que ce soit, comme ils le font savoir. S’ils ont accepté de parler avec le Président de l’Assemblée nationale, c’est par égard à son rang. De là, Minaku retrouve les députés MLC au très select restaurant Gaspatcho, connu pour la dextérité de ses maîtres à réussir autant la cuisine congolaise qu’occidentale. Qu’est-ce qu’ils ont l’air catastrophés les députés bembistes. Ils avaient passé la journée à célébrer, dans l’euphorie, les 15 ans d’existence de leur parti placé sous le signe de «l’alternative en 2016» et la nuit, la même, patatras, un de leurs a été pris pour la CPI et un autre, Lajos Bidiu Nkebi Nkebila, député 2006-2011 et président de la fédération du MLC-Bas-Congo, a été abattu de sang froid, dans sa parcelle. Lajos rentrait d’une fête de mariage, à trois heures du matin. Ses assassins, au nombre de trois, étaient tous cagoulés. Règlement des comptes ou simple crime crapuleux? Place à la première hypothèse d’autant que Lajos n’est pas le premier député MLC assassiné.
Avant lui, il y a eu, Daniel Botheti, vice-président de l’Assemblée provinciale de la ville de Kinshasa et Marius Gangale, député provincial et président du groupe parlementaire MLC à la même assemblée. Difficile pour Minaku de rassurer des interlocuteurs aussi durement éprouvés. Son côté mère poule pour ses députés a fait qu’il a réussi à se faire écouter. Rendez-vous a été pris, séance tenante, pour le Palais du peuple, pour se retrouver avec les responsables et les délégués des autres groupes parlementaires. D’entrée de jeu, le MLC a menacé de claquer la porte de la salle des congrès. Avec assez de diplomatie, Minaku a ramené les Bembistes à la raison, laissant entrevoir la possibilité qu’il bataille pour une liberté conditionnelle en faveur de Babala, à l’ouverture du procès. «C’est possible pour une affaire qui ne comporte pas la même gravité que les crimes pour lesquels Bemba est poursuivi. Surtout si le prévenu plaide coupable», a expliqué un proche de Minaku. Le temps de regarder à sa montre, le pieux Minaku s’est rendu compte qu’il avait passé toute sa journée dominicale à mettre du baume au coeur de ses députés bembistes et qu’il avait brûlé l’heure de son rendez-vous avec Dieu. Puisque son sacrifice l’a été pour le bien, Dieu comprendra. Plus tard, vers la fin de l’après-midi, Minaku était encore sollicité au moment où Babala allait embarquer à bord du Jet de la CPI, à l’aéroport international de N’Djili. Il fallait qu’il fasse quelque chose pour que Mme Babala ait accès à son mari. Requête qui a buté à une fin de non-recevoir des hommes de la CPI qui ont affirmé que le prévenu ne pourra voir personne avant 72 heures. Dans les faits, cette affaire rend plus complexe la situation de Bemba.
Déjà que sa défense ne sera pas aisée à conduire sans la présence de Kilolo, l’homme le plus rodé au dossier après la mort de Me Kwebe Liris. Pour un procès aussi costaud, un nouvel avocat peut prendre plusieurs mois pour pénétrer toutes les pièces du dossier et définir la stratégie de défense. Pire, Bemba risque de voir certains témoignages à décharge être déconsidérés en vertu du principe de droit selon lequel la fraude corrompt tout. Pourtant, il y en avait bien eu des témoignages à décharge qui avaient fait croire que Bemba allait s’en tirer, sinon avec une peine légère. Concerné lui dans cette affaire de subornation des témoins, cette nouvelle charge ne manquera pas d’alourdir sa condamnation s’il était reconnu coupable. Jusque le secrétaire général du MLC n’a fait aucune déclaration. La position officielle du parti est attendue cet après-midi. Sûrement que les Bembistes iront dans le sens d’une radicalisation face au régime qui avait promis d’oeuvrer pour les personnalités politiques détenues à la CPI mais qui a collaboré pour l’arrestation de Babala là où, par le passé, les exigences de paix avaient plaidé pour surseoir au transfèrement de Bosco Ntaganda à la CPI. Fini donc la cohésion aux yeux des Bembistes. Comme d’autres opposants qui savent ce que ça veut dire de tirer les leçons lorsque le malheur arrive à un autre.

par Paul Muland.

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