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En RDC, les dessous d’une victoire

puissance du feu-fardc-Si Joseph Kabila, le président de la République démocratique du Congo (RDC), avait le tempérament plus expansif, il aurait pu célébrer avec faste la “victoire totale” déclarée par son armée sur la rébellion du M23 dans l’est du pays, et peut-être goûter enfin la joie de communier avec sa capitale, Kinshasa, qui l’a toujours soupçonné de faire le jeu des rebelles. Le 5 novembre, le Mouvement du 23 mars, dont les responsables militaires appartiennent majoritairement à la population banyarwanda (Tutsi et Hutu du Nord-Kivu), avait annoncé abandonner la lutte armée. Soudain, c’est un cercle vicieux qui semble avoir été brisé. La victoire des Forces armées de RDC (FARDC) est une revanche de nature historique. Jamais, depuis que le cycle des guerres s’est ouvert dans l’ex-Zaïre en 1997, l’armée n’était parvenue à battre une rébellion soutenue par les pays qui bordent le géant congolais à l’est. Des processus de paix ont permis d’éteindre des rébellions, jamais de les casser militairement ni de répondre à leurs griefs politiques. C’est Joseph Kabila et ses alliés qui décideront à présent du sort, au cas par cas, des rebelles. En théorie, cela devrait donc clore le cycle de va-et-vient entre réintégrations – par unités entières – dans les rangs de l’armée régulière et départs pour de nouveaux mouvements armés dont certaines figures connues depuis les années 1990 s’étaient faites les spécialistes.

DES ASSAUTS SIMULTANÉS SUR TROIS FRONTS

Cette sévérité toute neuve de Kinshasa est due au fait que le M23 n’était qu’une pâle copie du mouvement précédent, le CNDP de Laurent Nkunda, et au fait que le mouvement a été étrillé. Dans la dernière phase d’affrontements, lancée le 25 octobre, les FARDC ont poussé par phases depuis les hauteurs de la ville de Goma, à la frontière rwandaise, jusqu’aux derniers retranchements du M23. Lors de cette offensive, les FARDC n’ont pas été “trahis” par leurs propres officiers, ni dépouillés de leur nourriture ou de leurs munitions, comme par le passé. De plus, ils ont été appuyés par les soldats et les moyens de la nouvelle brigade d’intervention placée sous l’égide de la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC, la Monusco.

Cette combinaison a permis de mener des assauts simultanés sur trois fronts et d’utiliser des hélicoptères de combat pour venir à bout des bastions rebelles installés sur des collines proches de la frontière ougandaise.

Un an plus tôt, en novembre 2012, le M23 avait pris Goma, poussant à la débandade les FARDC et humiliant un peu plus les troupes de l’ONU. Cela avait servi de leçon. Dans l’intervalle, plusieurs facteurs ont changé. Le premier est le point de non-retour face à l’implication du Rwanda, et dans une moindre mesure de l’Ouganda, dans le soutien à la rébellion. Ce soutien a été mis en lumière par les experts indépendants travaillant sur des rapports de l’ONU. Alors que Washington considère le Rwanda comme un allié sûr dans la région, l’administration Obama s’est résolue à demander à Kigali de cesser d’intervenir en RDC auprès des rebelles du M23. D’autres pays alliés de Kigali ont également pesé en ce sens.

UNE FORCE DE 3 069 SOLDATS HÉBERGÉE PAR LA MONUSCO

Aucune de ces pressions occidentales n’aurait suffi si, parallèlement, ne s’était mise sur pied une initiative africaine. D’abord, à la suite de la situation de catastrophe permanente dans les deux régions du Kivu, à l’est de la RDC, l’Union africaine a permis l’émergence d’un “accord-cadre” crucial à Addis-Abeba, en février, qui jetait les bases d’une solution militaire.

C’est sur cette base que devait naître une Force d’intervention destinée à être hébergée par la Monusco. Les 3 069 soldats qui la composent (contre plus de 20 000 pour l’ensemble de la Monusco) ont été fournis par la Tanzanie, l’Afrique du Sud et le Malawi, signe du nouvel état des alliances.

La Tanzanie, qui entretient des relations exécrables avec le Rwanda et son allié d’Afrique de l’Est, le Kenya, s’est révélée un partenaire naturel pour Joseph Kabila. L’Afrique du Sud, de son côté, a identifié la RDC comme la destination d’investissements stratégiques. Une autre puissance régionale s’est jointe à ce groupe : l’Angola, qui exerce une influence discrète sur la partie sud de la RDC. Le président sud-africain, Jacob Zuma, doit beaucoup à ce pays, qui l’a aidé notamment à accéder au pouvoir.

L’AXE PRETORIA-LUANDA-KINSHASA S’EST DÉVELOPPÉ

Dans l’année écoulée, l’axe Pretoria-Luanda-Kinshasa s’est développé. Les accords qui ont scellé ce pacte incluent de grandes décisions. Notamment le prolongement de la ligne de chemin de fer (réhabilitée sur fonds chinois) partie de Lobito, sur la côte angolaise, et qui devrait être reliée au réseau congolais pour sortir le cuivre, le cobalt et le manganèse du Katanga.

De ce grand jeu d’échecs stratégique, l’est du Congo peut légitimement se sentir encore loin, d’autant que la situation sécuritaire est loin d’y être réglée. Il reste de nombreux groupes armés dans le Kivu. Les FARDC sont supposées s’attaquer à présent aux FDLR, les rebelles hutu rwandais avec lesquels elles ont souvent pactisé. Les FDLR peuvent-elles être poussées à la défaite comme le M23 ? Ce serait le début d’un nouvel ordre régional, et un moyen de donner aux communautés tutsi du Congo l’assurance qu’elles ne seront pas demain victimes de “génocidaires”.

À 1 500 KILOMÈTRES DE KINSHASA

D’autres groupes pourraient se révéler plus coriaces. Les multiples subdivisions des Raïa Mutomboki, les groupes nyatura, implantés dans leurs communautés, comme de nombreux groupes maï-maï devraient être neutralisés à leur tour pour que le Kivu retrouve la paix.

En admettant que les FARDC et le pouvoir central congolais se montrent à la hauteur de cette tâche, il faudra alors tout réinventer dans l’est du pays, éloigné de 1 500 kilomètres de Kinshasa. Tant qu’une coopération, notamment économique, ne permettra pas au Rwanda et au Congo de trouver leur équilibre, d’autres “rébellions”, fatalement, réapparaîtront. Dans l’intervalle, Kinshasa devra de surcroît payer le prix de ses alliances.

Le Zimbabwe, la Namibie, l’Angola (déjà) et même le Soudan et le Tchad, brièvement, avaient contré, lors de la deuxième guerre (1998-2003), les forces conjointes du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi. Cette “aide” s’était alors payée en ressources minières. La RDC vient de remporter une victoire contre ses ennemis. Il lui en faudra d’autres pour s’assurer que ses amis ne la lui factureront pas trop cher.

Par Le Monde
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