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Conflit de leadership dans l’Opposition Qui sera le premier entre Tshisekedi, Kamerhe et Muamba ?

Par  Le Potentiel

La déclaration sur la position commune de l’UDPS et des groupes de l’Opposition n’a pas eu lieu hier vendredi. Prévu à la place GB, certains ténors de l’Opposition ne justifient pas le choix porté sur ce lieu, une propriété de la famille Bemba. La rencontre a été reportée et fixée ce dimanche au Grand Hôtel Kinshasa. Il demeure qu’entre Tshisekedi, Vital Kamerhe et François Muamba, il y a une alliance qui est en voie d’être conclue. Question : Qui en sera le porte-étendard ? Lorsqu’on sait qu’à ce jour, faute de compromis, l’Opposition a été incapable de s’élire un porte-parole, bien que l’option ait été nettement levée par une loi votée au Parlement.

Pour faire face à la Majorité, plusieurs leaders de l’Opposition, dont Etienne Tshisekedi pour l’UDPS, François Muamba pour le MLC et Vital Kamerhe pour l’UNC ont décidé de faire bloc pour mieux jouer le jeu. Des tractations se multiplient dans ce bloc, associant d’autres leaders se réclament de l’Opposition, pour contenir la machine AMP et Alliés en pleine effervescence.

Cependant, il se pose des questions quant à la capacité de ce bloc à se solidariser autour d’un leader qui, à terme, incarnerait son idéal. Autre interrogation, c’est notamment la personne sur qui reposera cette charge. Invité surprise du bloc de l’Opposition, Vital Kamerhe, transfuge du PPRD (parti présidentiel) et président de l’UNC, a multiplié des gestes de bonne foi pour trouver grâce dans le rang de l’Opposition. Désormais, il fait partie de ceux qui, dans l’Opposition, devaient jouer ce rôle. Mais, c’est sans compter avec le doyen d’entre tous, Etienne Tshisekedi.

De retour depuis quelques jours à Kinshasa, l’homme appelle désormais à un grand rassemblement au sein de l’Opposition pour faire échouer la Majorité aux élections de 2011.

A côté de ces deux figures, il y a François Muamba qui, depuis l’incarcération de Jean-Pierre Bemba à La Haye, fait sa doublure au MLC. Bien au-delà de ces trois, il y a d’autres personnalités qui n’entendent que le moment opportun pour se faire une place au soleil au sein d’une Opposition plus que jamais hétéroclite.

Ainsi, dans l’Opposition il se pose, comme avec le choix non moins réussi d’un porte-parole, un vrai problème de leadership. Celui qui doit l’assurer serait-il automatiquement le chef de file de l’Opposition tel que prévu par la loi votée depuis des mois au Parlement ?

Les raisons d’un report

Le point de presse que l’UDPS et les regroupements politiques de l’Opposition dont le MLC, représenté par Thomas Luhaka, l’ODR par Roger Lumbala, et une délégué de la Démocratie chrétienne de Kiakwama kia Kiziki devraient tenir hier au chapiteau du « GB » pour rendre publique leur position commune sur l’élection présidentielle à un seul tour, a été donc reporté.

Deux versions ont été données pour justifier ce report. Apparemment, il aurait été question d’un côté, du conflit de leadership déjà rampant entre leaders de l’Opposition, et de l’autre, des raisons de sécurité.

Par rapport aux impératifs de sécurité, les initiateurs de la manifestation se sont montrés prudents face à la présence de nombreux éléments de la Police déployés autour de cette zone. Ils ont ainsi décidé de délocaliser la rencontre avec la presse à la résidence du président de l’UDPS, Etienne Tshisekedi wa Mulumba à Limete.

L’UDPS se justifie

En attendant la publication de la déclaration commune au sujet de l’initiative de la famille politique du chef de l’Etat de soumettre au Parlement une proposition de modification de la Constitution afin de ramener le scrutin à un seul tour, au lieu de deux tel que stipulé par l’article 71 de la Constitution, Albert Moleka, assistant et porte-parole du président de l’UDPS, a souligné hier devant la presse que « M. Etienne Tshisekedi ainsi que les présidents de regroupements politiques de l’Opposition se sont rencontrés afin de matérialiser et rendre publique la déclaration politique commune de l’Opposition par rapport au sujet de l’heure, c’est-à-dire au désir du pouvoir de revoir la Constitution en ce qui concerne le mode de scrutin présidentiel ». Et d’ajouter : « Nous voulons préciser que contrairement à certaines rumeurs qui ont couru ce matin, il n’y a aucun différend au niveau de l’Opposition sur la substance de la déclaration qui doit être promulguée dans les prochaines heures. Ceux qui se sont rendus à l’endroit même où l’on devrait faire la déclaration ont remarqué la forte présence militaire du Pouvoir sur place. C’est ainsi que, par souci de la sécurité de tous les participants, les organisateurs se concertent sur le meilleur endroit possible pour tenir cette rencontre importante qui se tiendra dans les prochaines heures », a-t-il souligné.

Au sujet de la position de l’Opposition en rapport avec la révision constitutionnelle pour l’élection du président de la République en un seul tour, M. Albert Moleka a déclaré que ce n’est pas la proposition qui n’est pas constitutionnelle, mais bien la démarche, la procédure qui exaspère étant donné que : « certains articles de la Constitution dont l’article 71 sont révisables et d’autres qui ne le sont pas. Nous sommes préoccupés par le fait politique que l’on est appelé à réviser une loi qui constitue un paramètre important de la vie politique et de l’avenir de notre pays en utilisant des raisons fallacieuses», a noté Albert Moleka. Il s’est en plus interrogé : « Qu’est-ce qui justifie aujourd’hui la révision de la Constitution qui a été votée par référendum par le peuple ? » Il a conclu : «La moindre preuve de respect pour le peuple congolais serait de soumettre une autre révision de cette Constitution au peuple congolais ».

Conflit de leadership

En creusant dans les raisons évoquées pour justifier le report de la rencontre de vendredi, il apparaît clairement, comme ce fût le cas lors du choix, maintes fois reportées du porte-parole de l’Opposition, qu’un autre mobile a obstrué les discussions au sein de cette plate-forme politique.

En effet, une autre version donnée à ce report serait le conflit de leadership qui couve au sein de l’Opposition. Par respect pour le président national de l’UDPS, «le MLC n’aurait pas dû proposer la place GB pour abriter la rencontre», estime un cadre de l’UDPS, sous le couvert de l’anonymat.

Pour ce combattant « Tshisekediste », l’élégance aurait voulu que le MLC propose un lieu autre que son siège symbolique de GB pour qu’une décision commune soit prise plutôt que de tenir à recevoir tout le monde «aux allures d’allégeance». C’est pour cette raison qu’un lieu neutre a été accepté par tous, à savoir le Grand Hôtel Kinshasa.

Le Sphinx de Limete et le leader de l’Union pour la nation congolaise, Vital Kamerhe, ainsi que le secrétaire général du MLC, François Muamba, devaient donc se déplacer pour se retrouver en ce lieu, supposé «neutre».

En l’absence d’une plate-forme clairement mise en place pour réunir toute l’Opposition, il ne serait pas aisé de gérer les ambitions au sein de l’Opposition qui, depuis cinq années, peine à se choisir un porte-parole comme le prévoit la loi.

Le fauteuil de porte-parole

Le fauteuil de porte-parole de l’Opposition risque de constituer l’enjeu majeur. Trois prétendants sérieux sont en lice, à savoir l’historique Etienne Tshisekedi, le leader ad intérim du MLC, François Muamba, et le tout frais opposant Vital Kamerhe.

Les trois prétendants présentent des atouts indéniables pour occuper ce poste. N’empêche que les Romains risquent de s’empoigner à l’occasion. Etienne Tshisekedi, dont le combat pour l’émergence de la démocratie en RDC ne souffre d’aucune contestation, se présenterait comme un porte-parole naturel de l’Opposition en RDC. Comme handicap, le Lider maximo de l’UDPS avait boycotté les élections de 2006. N’étant pas dans les institutions, il serait difficile pour lui de rallier à sa cause tous les députés et sénateurs de l’Opposition.

Quant à François Muamba, il est en droit d’occuper ce poste, à l’absence de Jean-Pierre Bemba. Etant attendu qu’il assume actuellement le leadership du MLC, son parti peut revendiquer le poste de porte-parole en faveur du parti majoritaire de l’Opposition au sein du Parlement.

Enfin, il y a Vital Kamerhe, dont la montée fulgurante à la suite de sa sortie en fanfare et de ses prises de position, pourrait jouer aux outsiders et mettre en difficultés les deux premiers prétendants.

La gestion de cette question cruciale pour l’Opposition sera déterminante dans la suite des événements notamment la présentation des candidatures lors de prochains scrutins présidentiels.

Que ce soit à un tour ou à deux tours, l’Opposition sera appelée à se mettre ensemble pour faire face au candidat de la Majorité. Une inflation des candidatures ferait alors l’affaire de la Majorité. La capacité des uns et des autres à transcender leurs intérêts personnels au profit de ceux du groupe et de l’Opposition est le moyen le plus indiqué pour que l’Opposition démontre à la face du monde qu’elle constitue une alternative pour 2011.

Sera-t-elle à mesure de parvenir à ce qu’elle n’a pas pu faire lorsqu’il s’est agi d’élire son porte-parole ? Le scepticisme est donc permis.

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