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Cinquantenaire de l’indépendance – Les grands espaces aux grands esprits

 Par Alphonse- Marie Luzayamo(Le Potentiel)

Le monde se trouve entre les mains d’une infime minorité de dirigeants, de surcroît, membres de sociétés initiatiques philosophiques dont on ne sait rien quand on n’est pas dedans. Plusieurs dirigeants africains font partie de ces sociétés ; mais ils ne siègent nullement dans le carré très restreint des décideurs de ce monde. Ils sont à la tête de pays pauvres. Alors que leurs maîtres dirigent des pays riches qu’ils sont parvenus à développer.

Dans cet ordre d’idées, Nejib Mekacher renchérit que « le système international est entre les mains d’une petite élite des pays du Nord qui se réunit et décide des règles globales : le G7, un club restreint qui manque même de légitimité et de représentativité. L’influence du G24 reste même limitée » (Mekacher, Nejib, « L’ONU, une vocation à une gouvernance mondiale légitime» in Géopolitique africaine n°26 avril-juin, Pasco, La Garenne-Colombes, 2007, p.206). On ne voit pas très bien où se trouvent les dirigeants d’Afrique.

L’Europe, l’Amérique et plusieurs nations asiatiques développées sont dirigées par des chefs « initiés ». Les Congolais d’une certaine catégorie croient mordicus que les chefs chrétiens seraient les dirigeants qui conduiraient leur pays vers les cimes du développement. Que nous sachions, le Japon est développé. La Chine est en passe de le devenir. L’Inde et la Corée du Sud sont de grandes nations émergentes. Ni le Japon, la Chine, l’Inde ou la Corée du Sud ne sont des nations chrétiennes. Il y a donc un problème qui nous échappe, celui du manque d’ingéniosité, d’élites, de leaders, de grands esprits.

NE REVONS PAS

Commençons par notre pays. La République Démocratique du Congo se trouve au bas de la liste des pays pauvres. Pourtant, la Thaïlande qui se situait en 1960 au niveau actuel de développement humain de la République Démocratique du Congo, est classée par le Pnud au 59ème rang mondial ; tandis que la R. D. Congo occupe le 143ème rang (Mayor, Federico, Un monde nouveau, Odile Jacob/Unesco, 1999, p.383).

Y aura-t-il un « miracle africain » comme il y a eu « un miracle asiatique » ?, s’est interrogé Federico Mayor, alors Directeur général de l’Unesco. Et nous de nous interroger sur un éventuel miracle congolais.

Depuis 1960, le pays souffre d’une vraie carence de grands esprits. A tous les niveaux de l’Etat, le problème semble être posé dans les mêmes termes : sommes-nous sûrs que ceux qui briguent les postes de responsabilités sont ceux-là qui devraient les occuper ? C’est la case-départ : dirigeants impréparés en 1960 ; dirigeants impréparés aujourd’hui. C’est une véritable tragédie.

VIVRE ENSEMBLE POUR RIEN

Rien ne semble avoir changé en cinquante ans d’indépendance. Les problèmes des Congolais dépassent l’entendement des dirigeants. Tout est à faire. Tout est à refaire. On se demande ainsi quelle théorie et quelle doctrine embrasser. Une dictature acrimonieuse mobutienne a « tué » le pays, victime aujourd’hui des pires difficultés pour emprunter le train du progrès, avant celui de la mondialisation. Une «démocrature» a pris le relais. Comme hier, le pays est encore et plus que jamais divisé en deux camps distincts : celui des sbires, panégyristes et thuriféraires, pays où coule le lait et le miel. Une minorité oligarchique dont maints caciques mobutistes se sont positionnés au Parlement de la Troisième République. Ce sont des opportunistes qui ont l’art de se placer toujours du bon côté. Pour continuer à se servir sur le dos du peuple.

Puis, le reste des Congolais, nivelés par le bas, clochardisés. Et c’est la rupture de la démocratie et de la culture politique qui font défaut au pays. La culture politique exige un débat politique permanent. Or, hier comme aujourd’hui, il y a absence total de débat. Aujourd’hui, la RD Congo est ingouvernable, prisonnière du jeu des intérêts occidentaux et du schéma du Dialogue inter congolais de Sun City et Pretoria : les mauvais gestionnaires et les prévaricateurs ont pris ou repris le chemin du pouvoir. En somme, le pays a été pris en main non par des compétences, mais par des « composantes politiques ».

Les Congolais vivent ensemble pour rien. Leurs problèmes dépassent l’intelligence de leurs dirigeants. Les Congolais cohabitent pour ménager et servir d’exutoire aux débats politiques interminables. L’impolitique a atteint des proportions inquiétantes, notamment avec les débats pseudo idéologiques de bas étage.

Nous avons besoin de dirigeants qui visent le mieux-vivre collectif des Congolais et évitent des maladresses préjudiciables à l’unité encore très fragile du pays susceptibles d’engendrer des frustrations inévitables. Prenons un exemple quasi banal et donc imperceptible. Il y a trois langues sur le franc congolais : le français, langue officielle de communication ; l’anglais, peut être parce que c’est la langue des affaires dans le monde. Et puis le swahili. Ce n’est que l’une des quatre langues nationales de communication sur les deux cent cinquante ethnies congolaises. On a du mal à être moins disant que ça : serait-ce le signe évident de triomphalisme, de conquête, au lendemain du 17 mai 1997. L’Alliance des Forces Démocratiques de Libération du Congo aurait -elle libéré les Zaïrois de l’époque ? On ne libère pas un peuple s’il ne se libère lui-même.

LES FEUILLES MORTES

Maintenant, parlons un peu du continent lui-même. L’Afrique dispose de tous les atouts possibles pour se positionner en tant que puissance. Mais, à cause de mauvais dirigeants, les Africains meurent de faim comme des rats dans un sac plein de cacahuètes. Le temps presse. Les Africains devraient réagir.

Il y a un devoir de violence que les peuples d’Afrique, à travers des structures politiques et de la Société civile, doivent imposer aux chefs d’Etat élus démocratiquement. Ce devoir, à mon sens, consisterait essentiellement à créer un club de chefs d’Etat des pays démocratiques, libres et épris de paix, dans une structure autre que l’Union africaine. Bien entendu, il s’agit ici d’une démarche pour le moins révolutionnaire, quasi utopique. On peut se demander qui ferait sauter le verrou du carré des dirigeants africains capables d’abandonner, sinon de trahir, leurs pairs pour fonder une autre structure ? Nous pensons spécialement aux dirigeants de la Namibie, du Ghana, du Nigeria, du Botswana, de l’Afrique du sud, de la Tanzanie.

Je ne vois pas la RD Congo faire partie de ce carré. L’intolérance politique affichée par le pouvoir inquiète. La phobie du débat contradictoire est manifeste. Les Congolais ne peuvent jamais exprimer leur mécontentement. Ici comme ailleurs, il faudrait confiner les feuilles mortes dans la poubelle de l’histoire. Parce que les grands espaces doivent être gérés par de grands esprits.

Ces derniers sont susceptibles de transformer ces espaces en grandes puissances. Il est plus que temps pour nous d’inventer : une réelle vision politique, nos propres critères de développement, du PNB (Produit national brut), du PIB (Produit intérieur brut) et définir ce qu’est le développement, ce que représente la pauvreté, non pas nécessairement telle qu’elle est définie par le Nord. Le vrai développement doit être compris comme l’antithèse d’un « enveloppement ». Car, il s’agit d’extirper notre mental d’un carcan morbide, d’une enveloppe geôlière.

Terminons avec Henry Kissinger qui a écrit que « Singapour, dont les seules ressources sont, littéralement, l’intelligence de son peuple et de ses dirigeants, affiche un revenu par tête bien supérieur à celui des pays nettement plus vastes et plus favorisés par la nature» (Kissinger, Henry, La nouvelle puissance américaine, Fayard, Paris, 2003, p.20). En Afrique et en RD Congo, c’est le règne de l’impéritie et la prévarication.

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