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AMP, Kabila seul

Source: LE SOFT INTERNATIONAL

– Avec le grand retour de Tshisekedi et la mise en orbite de Kamerhe, les ténors du camp présidentiel se font soudain discrets.

Le P résident de la République réunit le week-end autour de lui le Comité Politique de l’Alliance de la Majorité Présidentielle – une trentaine de personnalités (quatorze chefs de partis dont treize membres de l’équipe gouvernementale Muzito-2, un chef de parti, l’Hon. Tryphon Kin-kiey Mulumba dont le parti (le Parti pour l’Action, P.A) a été admis à l’AMP lors du dernier Conclave (8-9-10 octobre à Kingakati) mais qui siégeait au Comité Politique depuis le début de la législature au titre de personnalité politique indépendante nommée, avec trois autres personnalités (l’ancien ministre des Finances Athanase Matenda Kyelu, le ministre des Affaires étrangères Alexis Thambwe Mwamba, l’ancien questeur de l’Assemblée nationale Modeste Bahati Lukwebo, celui-ci vient de créer son parti, l’Afdc), par le Président de la République, autorité morale de l’Alliance. Siègent aussi au sein du Comité politique de l’AMP des présidents de groupes parlementaires des deux Chambres, Assemblée nationale et Sénat, de même que le 1er Vice-président du Sénat membre de l’AMP Édouard Mokolo wa Pombo.

Au lendemain de l’annonce publique du départ de Vital Kamerhe du parti présidentiel PPRD, de l’annonce non confirmée – à l’heure où nous allons sous presses – de l’autorité morale de l’UDÉMO, l’Union des Mobutistes, François Nzanga Mobutu, de concourir à la Présidentielle mais rapportée par des médias et guère démentie, survenant après le retour d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba au pays – qui a été confirmé candidat à la présidence de la République par le congrès de son parti UDPS qui a connu un franc succès d’assistance -, l’heure a sonné pour l’AMP au moins de faire l’état des lieux en commençant par compter ses hommes.

L’officialisation du départ de Vital Kamerhe du PPRD et de l’AMP s’est accompagnée d’importantes défections. Nombre de personnalités proches du Chef de l’État dont des Députés nationaux ont rejoint l’ancien président de l’Assemblée nationale qui avait su longtemps soigner son image et bichonner ses hommes. De nombreuses autres seraient en voie de le rejoindre, du moins à ce qui s’en dit et à voir l’affluence lors de sa sortie publique le 14 décembre à l’Espace GB dans la Capitale. Alors que la Législature tend à sa fin, que 2011 que le pays s’apprête à saluer sera l’année électorale par excellence, l’organe de décision et d’orientation de l’AMP n’avait d’autres choix que de se réunir sans délai.

C’EST AVEC DES BOULETS ROUGIS AU FEU QUE FRAPPE L’ADVERSAIRE.
Déjà lors du premier Conclave du Comité politique survenu au lendemain de l’Université du PPRD réunie à Kisangani, en province Orientale, Joseph Kabila Kabange avait, par sa présence – trois jours durant – face à ses collaborateurs, montré toute l’importance qu’il accordait à ces assises. Jamais en effet auparavant, le Président de la République n’avait trouvé autant de temps pour les siens.

Prévues pour durer deux jours, ces assises avaient connu une rallonge d’un jour allant jusqu’à se tenir un dimanche sans cependant que les matières retenues à l’ordre du jour n’eurent été toutes traitées. Un nouveau rendez-vous fut pris…

La présence personnelle du Président de la République face aux siens témoignait de sa volonté de s’assurer que sa machine avait bien été lubrifiée et qu’elle était requinquée avant qu’il ne la lance à la conquête ou à la reconquête de l’électorat.

On avait déjà anticipé sur la violence des attaques électoralistes. On n’avait pas eu tort. C’est avec des boulets rougis au feu que frappe l’adversaire. Vital Kamerhe, Étienne Tshisekedi et d’autres fauves font parler non avec des lance-flèches mais des canons qu’on aurait tort de minimiser.

Quand Tshisekedi brocarde sur «quelques avenues bitumées à Kinshasa», Kamerhe charge une «gestion calamiteuse des affaires de l’État par des gouvernements de la majorité présidentielle», liquide «un système défaillant», «un État gangrené envahi par des malfrats», dénonce «l’injustice» et prône «l’alternance pour 2011 avec d’autres forces de changement».

L’encore tout frais opposant à Kabila place la barre à un niveau que l’opposant historique Étienne Tshisekedi et Jean-Pierre Bemba Gombo – qui accuse le pouvoir de l’avoir livré impunément à la Cour Pénale Internationale – et dont il réclame le retour au pays apparaissent comme des enfants de chœur. Kamerhe lance sa charge après avoir écouté et consulté pendant près de deux ans outre le tour du monde des capitales occidentales qu’il a fait.

Certains assurent qu’il bénéficierait du soutien de la première puissance du Continent, l’Afrique du Sud où il se rend souvent, de même que des forces onusiennes de la Monusco qui lui auraient garanti la sécurité nécessaire. Il reste que nul ne saurait faire la part du vrai et du faux lorsque par exemple, des sources font état d’une audience au Département d’État et, même, à la Maison Blanche.

Mais où sont donc passés les ténors politiques de première force du camp présidentiel? Par timidité ou par flair politique, nombre d’entre eux paraissent soudain discrets s’ils ne se sont pas terrés en attendant que l’air soit plus respirable!

LA SITUATION TRAGIQUE DES PARTIS POLITIQUES TRADITIONNELS DE R-DC.
Si, sur certains médias, des silhouettes évoquent l’AMP, elles ne paraissent être investies d’aucune autorité et ne représentent aucune communauté d’où elles auraient tiré légitimité.

Là où on attendait des hommes politiques authentiques, on voit de sympathiques personnages anonymes qui disent des choses qui peuvent apparaître sensées mais que personne malheureusement ne connaît ni n’écoute. C’est dire si de la perte de temps.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Comme les hiérarques des années Mobutu, ceux qui entourent le Chef de l’Etat et qui tiennent les leviers du pouvoir ont-ils peur de l’ampleur de l’avalanche? Si c’est le cas à quoi auront-ils servi si comme les hommes de Mobutu, au lieu de livrer bataille, ils reculent devant le premier accrochage?

Il a souvent été fait état dans ces colonnes du casting qui pose problème dans l’entourage du pouvoir, d’absence de personnalités clés, d’érosion des volontés, des mensonges auxquels certains veulent bien croire. C’est dire si le piège existe, s’il est pensé, réfléchi, programmé.

Il n’est pas acceptable qu’en fin de législature, notre régime n’ait produit aucun système de séduction qui pousse au rassemblement des forces démocratiques et républicaines. Il est troublant qu’aucune personnalité politique indépendante n’a à ce jour pu rejoindre aucun parti politique traditionnel, chaque personnalité voulant faire cavalier seul.

C’est la tragique question de gestion de ressources humaines qui est posée. Le dernier en date à avoir pris – pour ainsi dire – la clé des champs est le Député constitutionnaliste Tshibangu Kalala (élu de Tshilenge, Kasaï Oriental). Président du Groupe parlementaire PDD (Paix, Démocratie, Développement), il vient d’annoncer lors d’une conférence de presse à Kinshasa la création de son parti politique, le NBP, Notre Beau Pays.

Pour sa légitimation, il n’a pas trouvé de mots assez forts pour se démarquer de ce qui se fait. L’ambition – la vision – qu’il projette pour son Beau Pays, il ne semble pas l’avoir trouvée dans les partis traditionnels. Sinon, il aurait pris la carte de l’une d’elles. Là, nul doute, apparaît tout grand l’échec d’une expérience de vie politique… Le fait de n’être point parvenu à séduire, donc à fédérer.

Pour le camp présidentiel, alors que les échéances pointent à l’horizon, il nous faut revoir maintenant la machine en procédant à des rectificatifs nécessaires.

L’heure d’envoyer un message au peuple a sonné. «Le temps certes nous est compté mais d’ici les échéances, il y a encore moyen de bien affûter les armes». C’est Kabila lui-même qui le déclarait en substance dans une récente interview. D’ici les échéances…

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