Une « transition citoyenne » sans Kabila ?

-Un “manifeste du citoyen congolais” a été présenté à Paris par une dizaine d’organisations de la société civile. Le texte demande le départ du président Kabila et la mise en place d’une nouvelle transition issue de concertations nationales.

L’appel a été lancé depuis Paris ce vendredi. Autour de la table, plusieurs organisations de la société civile et des plateformes citoyennes comme la Lucha, Filimbi ou le tout nouveau mouvement du riche homme d’affaires Sindika Dokolo, Congolais debout. Pendant 3 jours, ces opposants accusent  le président Kabila de vouloir s’accrocher indéfiniment au pouvoir et d’être le principal responsable de la crise politique en République démocratique du Congo (RDC). Depuis la fin de son dernier mandat, fin 2016, et le report de l’élection présidentielle, Joseph Kabila avait réussi à négocier in-extremis une « rallonge » d’une année à la tête du pays à condition d’organiser le scrutin avant le mois de décembre 2017. Seulement voilà, les élections paraissent une nouvelle fois compromises et le pays s’enfonce dans une crise politique et sécuritaire des plus dangereuses.

Dans le manifeste du citoyen congolais publié à Paris vendredi, les signataires accusent le chef de l’Etat d’organiser volontairement le blocage du calendrier électoral afin de se maintenir au pouvoir. En cause : une Commission électorale (CENI) « instrumentalisée » et la mise en place de la « terreur, devenue un mode de gouvernance qui empêche le peuple congolais de revendiquer ses droits ». Selon ces mouvements citoyens, « les exécutions extra-judiciaires se multiplient, les fosses communes se remplissent et l’accès aux médias et aux réseaux sociaux est restreint ». Pire, le président congolais est également accusé « de créer des zones d’insécurité »  et « de susciter des tragédies meurtrières à travers le pays (…) dans le but de décréter indûment l’Etat d’urgence et retarder l’organisation des élections ». Les dernières violences dans les Kasaï auraient déjà fait plus de 3.000 morts selon l’Eglise catholique.

 Vers une  nouvelle concertation nationale?

Face à la crise politique qui perdure et au risque de chaos qui menace, le manifeste exige le départ du président congolais et propose l’instauration « d’une transition citoyenne dont les animateurs seront désignés à la suite d’une concertation nationale ayant pour mission d’organiser des élections crédibles, transparentes, ouvertes et libres ». Le procédé n’est pas nouveau puisque des concertations nationales se sont déjà tenues en 2013 après la réélection contestée de Joseph Kabila, et deux « dialogues » se sont tenus avant la fin du mandat de l’actuel président congolais… sans résultat. Mais cette fois, le manifeste affirme « ne pas rouler » pour un parti politique mais pour les citoyens congolais. D’ailleurs, les représentants désignés pour piloter la transition ne seront pas autorisés à se présenter à la présidentielle. Reste à savoir quelle personnalité pourrait avoir assez de poids politique et morale pour assurer cette délicate transition ? Sur le sujet, c’est plutôt silence radio, mais on pense bien sûr au célèbre médecin Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes » ou au cardinal Laurent Monsengwo.

Concernant le départ de Joseph Kabila, qui n’a visiblement pas l’air de vouloir céder son fauteuil, le texte ne dévoile pas non plus la stratégie qu’elle souhaite mettre en place pour faire partir l’homme fort de Kinshasa. Le manifeste appelle les Congolais à mettre en application l’article 64 de la Constitution qui permet « au peuple d’user de son devoir sacré de faire échec avec des moyens pacifiques à la tentative du président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà du 31 décembre 2017 ». Mais la répression est féroce à chaque mobilisation populaire et les Congolais semblent se lasser des opérations villes mortes alors que le pays traverse également une grave crise économique qui précarise un peu plus des Congolais qui vivent pour la grande majorité en dessous du seuil de pauvreté. Cette initiative lancée en dehors des cercles politiques congolais aura-t-elle plus de chance que le Rassemblement de l’opposition lancé en grande pompe l’été dernier, qui apparaît aujourd’hui bien affaibli ? C’est le principal défi de ce manifeste : faire adhérer massivement les Congolais afin « de mener le pays au retour de l’ordre démocratique »… un vaste programme.

Avec Christophe RIGAUD – Afrikarabia

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