RDC : Des rebelles M23 recrutés pour réprimer les manifestations

-L’organisation de défense des Droits de l’Homme américaine Human Rights Watch (HRW) a révélé lundi 4 décembre que des officiers supérieurs des forces de sécurité congolaises avaient recruté en Ouganda et au Rwanda des rebelles du M23 pour réprimer les manifestations anti-Kabila de décembre 2016, tandis que d’autres ont reçu une formation « spéciale » à la mi-2017 pour défendre le régime du président hors mandat.

Les manifestations exigeant le départ de Joseph Kabila (au pouvoir depuis 2001) à la fin de son deuxième et dernier mandat constitutionnel, le 19 décembre 2016, avaient commencé ce jour-là et avaient été suivies d’autres protestations dans les jours suivants. On déplora au moins 62 morts (certains cadavres ont été emmenés par les forces de sécurité), de nombreux blessés et de nombreuses arrestations.

Recrutés à partir d’octobre 2016

Selon des membres de l’ancienne rébellion congolaise du M23 (défaite en novembre 2013) réfugiés dans des camps en Ouganda et au Rwanda et interrogés par HRW, ils avaient commencé à être recrutés par des officiers supérieurs des forces de sécurité congolaises entre octobre et début décembre 2016. Au moins 200 rebelles ont répondu à cet appel et ont été intégrés à des unités de la police, de l’armée et de la Garde républicaine (garde prétorienne de Joseph Kabila, n’obéissant pas à la hiérarchie militaire) congolaises, après avoir reçu uniforme et armes. HRW a obtenu des confirmations de ces informations par des officiers de l’armée congolaise.

Les ex-rebelles – logés, nourris et payés – ont été envoyés à Kinshasa, Goma et Lubumbashi et ont reçu l’ordre de tirer « à la moindre provocation des civils », a raconté l’un d’entre eux à HRW. Ils savaient que cette « guerre » serait facile, les officiers congolais qui les envoyaient réprimer les protestations leur ayant spécifié qu’ils seraient déployés « contre des manifestants non armés ».

Incapable de former une bonne armée, le régime Kabila – père et fils – a, à plusieurs reprises, fait appel à l’armée rwandaise (formée de Tutsis et de Hutus), à d’ex-rebelles tutsis congolais (bien que recherché par la justice internationale, Bosco Ntaganda fut longtemps le « numéro deux » de l’armée congolaise au Kivu) et aux rebelles hutus rwandais FDLR ( issus des génocidaires) parce que ce sont de bons soldats, courageux et plus disciplinés que ceux de l’armée congolaise, mal payés et guère ravitaillés.

Selon les interviews menées par HRW, les ex-M23 défaits avaient accepté le recrutement de fin 2016 parce qu’ils vivent dans des conditions misérables en Ouganda et au Rwanda et qu’on leur promettait, outre la paie, de pouvoir revenir au Congo avec des postes et des grades. Seuls certains d’entre eux ont toutefois vu ces promesses respectées; les autres ont été renvoyés en Ouganda et au Rwanda fin décembre 2016 et en janvier 2017.

Selon HRW, certains d’entre eux ont à nouveau été recrutés par les forces de sécurité congolaises entre mai et juillet 2017, en vue d’une formation, à Kisangani (nord-est du Congo) pour des « opérations spéciales ». L’inquiétude est donc grande que ces ex-soldat rebelles soient à nouveau utilisés pour réprimer les protestations contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila au-dela du 31 décembre 2017, voire plus tard encore. Le 31 décembre avait été fixé comme date limite de son départ par l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016, signé sous la pression des manifestations de rue réprimées avec l’aide des ex-M23.

MFC- La libre Afrique

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