Lecture sur la crise de longue date a l’UDPS

Par Albert Kisonga Mazakala

La personne qui, dans un récent article sur la toile, a qualifié Etienne Tshisekedi de “plus commun diviseur” de l’Udps, ne croyait pas si bien écrire, à voir les derniers développements au sein de ce parti. Certes, M. Tshisekedi écrase son parti de son aura et, en même temps, est la personne qui suscite toutes les crises majeures au sein de ce parti depuis quasiment sa création.  Pour faire court, l’Udps semble plus que jamais tributaire de deux conceptions antagoniques : l’une, de M. Tshisekedi, qui consacre le primat de la personne et de la parole du chef sur le parti et l’autre, plus conventionnelle, qui voudrait privilégier le règne des statuts.

En tout premier lieu, qui peut renseigner sur les conditions de l’accession de M. Tshisekedi à la présidence de l’Udps? Quelle est l’instance qui l’y aurait désigné, dans quelles circonstances de temps et de lieu se serait-elle réunie? Peut-on en publier le compte-rendu?

En vérité, il semblerait que M. Tshisekedi, à l’aide d’une presse qui l’a toujours porté à bout de bras et d’un réseau d’associations aussi bien au Congo qu’à l’étranger, s’était autoproclamé Président en dehors de toute procédure statutaire. Le personnage fascine ses partisans, de sorte que malgré ses nombreuses bourdes, leur soutient ne faiblit pas. Lorsqu’on étudie le personnage et qu’on essaie particulièrement de comprendre les fondements de son charisme, on est troublé. Malgré plusieurs tentatives je ne suis jamais parvenu, à l’époque où j’étais journaliste, de l’entrainer dans une discussion de manière à ce qu’il puisse expliquer sa pensée. Il disait une phrase du genre “il faut le changement” et se taisait. Ce sont ses camarades Lihau, Kibassa, Birindwa, voire Mbwankiem qui s’empressaient de prendre la parole.

Pourtant, peu de leaders politiques de notre pays ont l’aura du Président autoproclamé de l’Udps. En fait, cet homme porte les espoirs d’un des grands groupes ethniques du Congo, les Lubakas, d’accéder au pouvoir. C’est le groupe qui compte le plus grand nombre de cadres et qui, avant l’indépendance déjà, avait également le plus grand nombre de lettrés. Le paradoxe est que, malgré cet extraordinaire atout, les Lubakas semblent particulièrement maladroits en matière de stratégies politiques. Si M. Tshisekedi avait été en mesure de faire montre de lucidité, il aurait pu succéder à Mobutu Sese Seko. En effet, même au sein de la garde prétorienne de Mobutu, la fameuse Dsp, beaucoup d’officiers avaient fini par comprendre que le départ de Mobutu était inévitable, acceptant également son remplacement par le leader de l’Udps. Revenant d’une audience auprès du Maréchal du Zaïre, le prof. Nyembo Shabani, alors Gouverneur de la Banque centrale, m’avait fait part de la volonté du Chef de l’Etat de s’effacer. Il aurait suffi, à ce moment, que M. Tshisekedi ait un langage conciliant et rassurant envers les collaborateurs de Mobutu et  les ressortissants de l’Equateur en général. Les efforts inlassables de Mgr Monsengo, de M. Joseph Ileo, entre autres, pour le pousser à une attitude pragmatique, ne purent en rien entamer le caractère instransigeant de M. Tshisekedi.

Tout celui qui, au sein de l’Udps, tenta de s’opposer à lui fut exclu. Tant que les victimes étaient originaires d’autres régions, la base sociologique, Lubakasaïenne, de Tshisekedi, ne s’en émeuvait pas outre mesure. Aujourd’hui, avec les Belchika, Joseph Mulumba et autres, il s’agit de purs Lubakas, voire des Bena Mpuka, le propre clan de M. Tshisekedi. En somme, M. Tshisekedi s’annonce comme un des plus grands autocrates de l’histoire politique de notre pays. Alors qu’il n’a aucun pouvoir, qu’il n’est qu’un leader dans l’opposition, il fait preuve de tant d’intolérance, que se passerait-il si les rênes du pouvoir tombaient entre ses mains?

Cette longue introduction m’a mené loin de mon questionnement : comment se fait-il que M. Tshisekedi et ses collaborateurs, voulant participer aux élections, n’aient pas prévu d’identifier et de franchir tous les obstacles pouvant facilter la participation du “Mula Nkwasa” à la prochaine élection présidentielle? Comment est-il possible qu’ils n’aient pas pu imaginer les moyens pouvant contourner les dits obstacles? Par exemple, concernant les aspects de la procédure, pourquoi n’auraient-ils pas cherché à trouver un compromis avec les Belchika et autres, l’intérêt majeur étant que Tshisekedi soit candidat dans l’espoir de battre Joseph Kabila?

La seule réponse à ce questionnement, d’une brutale sincérité, il est vrai, est celle de M. Félix Tshisekedi, le fils de son père. Son opinion est que l’Udps doit être dirigée suivant un mode de gestion traditionnelle, c’est à dire, où le chef à tout à dire, les autres ne devant que s’incliner.

Mais la difficulté est que, historiquement, le parti politique est inconnu des traditions, luba en particulier, tout comme, les lois et reglèments de l’Etat, d’origine européenne, ne peuvent épouser les traditions des Bena Mpuka.

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