Crise au Congo: Charles Michel en long tête-à-tête avec le président Kabila à New York

-Le Premier ministre belge a longuement rencontré le président congolais, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, à New York. Les élections et le futur du président étaient vraisemblablement au menu des discussions, à huis clos. La rencontre a été qualifiée par l’entourage de Charles Michel d’« instructive et utile ».

Charles Michel a eu un long entretien en tête-à-tête avec le président congolais Joseph Kabila, vendredi après-midi, dans un prestigieux hôtel de Manhattan. L’entrevue a duré une heure et quart et a été qualifiée par son entourage de « instructive et utile ». Le Premier ministre, tout comme son interlocuteur, se sont refusés à dévoiler «  à chaud  » le contenu de leur conversation, forcément délicate dès lors que la situation sécuritaire au Congo est tendue à l’extrême tandis que le calendrier électoral va «  de glissement en glissement  » et que le président élu n’a toujours pas fait connaître son intention de quitter le pouvoir après les deux mandats autorisés par la Constitution.

C’était la première rencontre entre les deux hommes, sans aucun conseiller, depuis un seul autre contact bilatéral entre le Premier ministre et le président, en marge du sommet de la Francophonie à Dakar, il y a trois ans. Charles Michel avait cependant rencontré Kabila auparavant, lorsque l’actuel Premier ministre belge était en charge de la Coopération au développement.

Un premier contact établi par Charles Michel

Joseph Kabila, qui porte désormais une solide barbe, est arrivé jeudi à New York, en provenance du Kasaï. Il doit prononcer son discours devant l’Assemblée générale ce samedi. Le projet de l’entrevue belgo-congolaise au sommet avait été évoqué lors d’un échange téléphonique entre Charles Michel et le président de la RDC, apprend-on. Ce contact avait été établi par le Premier ministre. Charles Michel avait sollicité le soutien de Kabila, cet été, pour rapatrier du Congo des moyens militaires belges (armes, munitions, véhicules…) bloqués depuis de mois sur place après que le Congo avait rompu la coopération militaire avec la Belgique. Cette rupture avait été justifiée à Kinshasa par des critiques émises par le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, sur le choix du nouveau Premier ministre congolais. De son côté la mission de maintien de la paix de l’ONU au Congo avait refusé de se charger de cette mission, affirmant qu’elle n’entrait pas dans son mandat.

Une réunion à huis clos de tous les «  envoyés spéciaux  » chargés de la région s’est tenue cette semaine à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Dans les couloirs des Nations unies, il se dit que l’un des « paramètres » de la délicate situation au Congo concerne le sort – la sécurité ! – du président : comment garantir celle-là pour le convaincre de s’effacer ? On rappelle que son père a fini assassiné, tandis que d’autres ex-dirigeants africains ont trouvé un refuge sûr dans des pays voisins. En Côte d’Ivoire par exemple, pour l’ex-président burkinabé Compaoré, ou en en Guinée équatoriale pour le gambien Jammeh. Le sort des avoirs fait également partie de «  l’équation  ».

« Il faudrait convenir d’un cadre solide de sortie », indique une source proche du dossier. Bien sûr, l’initiative devrait émaner des acteurs régionaux, africains, plutôt que des « parrains » européens, occidentaux. Ceux-ci devraient davantage se mobiliser pour favoriser une sortie de crise, estime-t-on, d’autant qu’un risque de contagion n’est jamais à exclure, s’agissant du Congo, un pays qui partage ses frontières avec neuf pays !

Kabila pourrait être tenté de rester au pouvoir

Problème, comme le relève la source occidentale : « Les leaders régionaux sont eux-mêmes concernés par ce que l’on reproche à Kabila » (NDLR : de s’accrocher au pouvoir). Avec une opposition divisée et revancharde, une communauté internationale en ordre dispersé et les Etats-Unis de Trump désintéressés, le président Kabila, au pouvoir depuis janvier 2001, pourrait être tenté d’encore rester, malgré les risques de chaos, analyse-t-on. « Le moins mauvais choix, c’est donc les élections », reprend la source.

Dans son discours officiel à la tribune de l’Assemblée, Charles Michel a mis surtout l’accent sur la « situation sécuritaire » qui « s’est fortement dégradée » au Congo et la crise humanitaire, « préoccupante ». Sans rien dire précisément, Charles Michel a affirmé que « nous ne pouvons pas abandonner la RDC. Nous devons au contraire l’accompagner pour qu’elle puisse s’ancrer dans un processus démocratique irréversible au moyen notamment de l’organisation d’élections honnêtes, transparentes et inclusives ». « Je verrai les détails avec lui (Joseph Kabila) », avait dit au Soir Charles Michel dans la foulée de son discours.

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